A cheval ferré ou paré, toutes les questions

Répondre à toutes les questions sur les pieds des chevaux, et même celles que vous ne posez pas.
 
AccueilPortailGalerieS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 25 Aoû - 0:27

Préface

Rien ne vaut mieux qu'un 24 août finalement. Oui, un jour comme celui-ci est justement..idéal pour oser. D'ailleurs, je dois être proche de l'heure..où un flingue, une tête et une photo m'ont subitement happée dans le cri du silence, celui sans écho, celui tellement profond qu'il vous fait mal aux tympans.

Alors subitement besoin de mots, mêmes tus, au bout de mes doigts, je les entends et je les vois prendre vie.

Et puis...il y a un petit carton embarqué sous le bras il y a quelques mois, dans mon petit refuge à moi, pèle-mêle mes petits grigris, ceux qui m'ont toujours suivi, les inséparables, objets hétéroclites, une plume d'oiseau, un petit fer à cheval, quelques photos, un mobile....de petits et grands souvenirs et une grosse enveloppe un peu lourde.
Mon enveloppe...la fameuse, oubliée dans la bibliothèque, bien fermée, pleine de mots restés silencieux.

Encore ce silence...alors qu'un jour, justement, je voulais que ces mots là éclatent, respirent, rient, expliquent, se moquent, dansent, aident, déculpabilisent, accompagnent.

Mes mots. J'ai le trac. Leur redonner vie après si longtemps, espace temps, du haut de ton fond bleu, tu me donnes le vertige..comme si...mes doigts étaient au bord d'un plongeoir, hésitant à sauter dans le vide.

Tant pis, trop tard, j'y suis.

Introduction

1993. Par une froide matinée de novembre, j'ouvre les yeux, à la vie peut-être, en fait, je n'en sais trop rien.
J'ai tellement froid que je tremble de tout mon corps, une douleur sourde assaille mon bas ventre, sournoisement comme un serpent enserrant petit à petit tout mes viscères...pas de répit, plus de doute, cette souffrance c'est bien la vie, je suis toujours là.

Quelqu'un hurle dans la salle. Cela me dérange. En fait, j'aimerai pouvoir assommer cette personne, ou la découper au bistouri.
Mais c'est pas vrai ça, faites la taire enfin ! Et puis je comprends pas, elle n'arrête pas d'appeler ma mère :

"Madame G, Madame G, réveillez-vous ! Non, non, gardez les yeux ouverts !"
"Madame G, s'il vous plait, faites un effort"

Et là, elle commence à me secouer. Je comprends enfin que ces cris me sont adressés...mais personne ne m'appelle jamais "madame"...moi c'est Let ! Et puis d'abord je ne dors pas. J'aimerai lui expliquer tout cela, mais je n'essaye même pas, trop fatiguant.

"J'ai soif, fr..froid !" Mes dents s'entrechoquent, ma voix a un timbre riduculeusement enfantin et je suis d'une humeur de hyène.

Madame la crieuse me fiche une sorte de grosse sucette humide et molle dans la bouche et me rajoute une couverture.

Pendant que je me jette sur cet énorme coton tige humide comme une chienne sur un os (je me demande d'ailleurs si quelqu'un ne l'a pas déjà mâché ?!), je tente un tour d'horizon du coin des yeux :

Gémissements à ma droite, toux à ma gauche, hélas une montagne de coussins et de draps blancs me barrent la vue.
J'imagine alors que nous sommes vraiment des oignons en ligne, plantés là dans un couloir.
Il me semble que j'ai ri, puis plus rien.

Mon lit bouge, il est lancé à pleine vitesse là...choc frontal. Un autre lit. Vacarme métallique, des blouses blanches partout, du blanc, encore du blanc, plein de visages inconnus qui se penchent sur vous, qui vous disent plein de trucs, certainement dans une autre langue..et ce crotal qui me fait si mal !!

Puis, quelqu'un ferme une porte, les blouses disparaissent, O silence, plus d'agitation, on a baissé le rideau comme à la fin d'un spectacle.

J'apperçois alors ma mère, sagement assise au bout de mon lit, qui tout à coup se lève d'un bond et me brandit une bassine en forme d' haricot sous le nez.

Et enfin, je vomis toute ma peur, mes angoisses, je vomis mes pleurs, ma révolte, je vomis ma douleur.

Je me suis toujours demandée pourquoi ces ustensiles étaient si petits...



Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 25 Aoû - 15:17

CHAPITRE I

En fait, tout à commencé près de 3 ans plus tôt. J'avais alors 28 ans.
Infections vaginales à répétition, pertes de poids considérables, règles hémorragiques, prises d'ovules multiples et diverses, antibiotiques, rien n'y fit, j'avais bien contracté quelque chose de mystérieux.

Mon vieux gynécologue d'alors apaisait mes angoisses de sa douce voix et mettait en cause l'acidité de ma peau de rouquine, la qualité de l'eau, de l'air et des aliments, et avait un argument imparable : "Tour rentrera dans l'ordre quand vous aurez un enfant".

L'enfant n'est pas venu, mes infections perduraient, j'avais épuisé les marques des ovules disponibles sur le marché et les résultats des frottis étaient de plus en plus alarmants, ceux là même que vous receviez sous pli pas poste comme un fait exprès le samedi matin, vous priant de bien vouloir contacter votre médecin au plus vite, histoire de vous faire grimper votre taux d'adrénaline à une altitude explosive, du temps d'être enfin à lundi, jour ouvrable !

A vrai dire, je lui faisais entière confiance. Il était médecin, il portait une blouse blanche, il avait été à l'université, il avait la connaissance, pas moi. Il s'occupait de ma mère, de ma soeur, il était mon premier gynécologue, le premier homme à avoir découvert mon corps d'adolescente, le premier être à qui je pouvais confier mes doutes intimes, à qui je pouvais poser des questions précises et directes sur la sexualité. Il avait suivi mon évolution physique et mentale durant treize ans, donc inévitablement il ne pouvait que savoir.

Jusqu'au jour il me parla de condylomes. Il m'expliqua du haut de sa science de thérapeute :
-"Un condylome, mademoiselle, ce n'est qu'une vulgaire verrue, qui décide un jour de s'installer dans le col de l'utérus. Votre corps n'accepte pas cette étrangère et c'est pour cette raison que vous subissez des infections à répétition.
Ne vous en faites donc pas, une petite cautérisation, la prise d'un fongicide puissant et tout rentrera dans l'ordre".

-"Euh..mais cette verrue, elle est bien bénigne, n'est-ce pas ?" demandais-je timidement et humblement, ne voulant surtout pas froisser sa docte connaissance, juste histoire de balayer tout doute éventuel.

-"Oh vous savez, il y a bien des médecins outre-Atlantique qui ont tendance à se montrer fâcheusement alarmistes sur le sujet...mais à mon avis, vous êtes une patiente si jeune, non vraiment il n'y a pas lieu de s'inquiéter, la moindre anomalie aux Etats Unis est considérée comme un danger. C'est presque une manière de penser systématique chez eux, non, non, d'autant plus que nous traitons votre mal dès son apparition."

Alors qu'une odeur âcre de chaire brûlée envahit la pièce et soulève mon coeur, une pensée sournoise mais encore furtive me traverse l'esprit. Trois ans...Peut-on vraiment considérer avoir traité le mal dès son apparition ?!
Vite je m'applique à chasser ces mots de ma tête, je ne peux pas douter de lui, si je le faisais, plus rien n'aurait de sens, qui croire alors, que faire ? Soyons raisonnable, je dois lui faire confiance, lui il sait, moi je ne suis qu'une profane de patiente.

Aïe ! Je m'assied au bord du lit, la position me fait mal, alors je me lève, m'habille et quitte son cabinet, une ordonnance à la main.
Je marche péniblement jusqu'à ma voiture, mais je suis soulagée, tout va aller bien maintenant, cette odeur m'assaille toujours, mais la douleur me parait supportable et je serai bientôt guérie, j'en sûre, puisqu'il l'a dit !
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 25 Aoû - 23:35

Le mois suivant, je retourne chez le Dr Bell, je le nomme comme ça car c'est plus élégant à l'oreille que de le traiter de cloche.
Je suis confiante, j'ai consciencieusement vidé mon tube de fongicide, scrupuleusement respecté une hygiène des plus parfaites, bref ce coup-ci, le résultat de mon frottis ne peut être qu'idéalement négatif.
On m'accueille tout sourire, je subis le prélèvement sans sourciller et au revoir, merci.

Dix jours plus tard, l'assistante du médecin me rappelle car cette fois-ci le laboratoire d'analyses médicales à envoyer les résultats directement au cabinet.
La petite voix embarrassée et toussotante que j'entends alors au travers du combiné, me laisse perplexe :
-"Mademoiselle G, ici le cabinet du Dr Bell. Il aimerait vous rencontrer le plus rapidement possible, en fait...dans les vingt-quatre-heures".

Surprise, je ne pose pas de question; je ne veux pas penser non plus, si je me mettais à penser, je sais pertinemment bien que cette angoisse tapie tout-au-fond de moi jaillirait brusquement comme un diable hors de sa boîte et prendrait le dessus sur ma matière grise.
Stop ! C'est comme lorsqu'on doit passer un examen oral à l'école, si vous vous laissez gagner par la panique, celle-ci profite de vous tordre l'estomac, puis grimpe jusqu'à la hauteur de votre glotte, l'écrase au passage et enfin vous enserre la langue, vous obligeant à balbutier, bégayer misérablement et transforme votre cerveau en un monstrueux espace blanc !
J'enferme donc l'angoisse en question à double tour, jette la clef et me rends chez le gynécologue.

Cette fois-ci, il n'y a plus de sourire, un ton condescendant et mielleux d'embarras me fait asseoir, je place mes mains entre mes genoux, histoire de ne voir trembler ni les unes, ni les autres, me tenant bien droite sur mon siège..et j'attends.
Silence.
Je me lance alors bravement :
-"Alors, docteur, que se passe-t-il ?" Ma voix ne chevrote presque pas, je m'en suis bien sortie.

-"Euh...hum, mademoiselle G, je dois vous dire que...enfin, malgré les traitements suivis, qui normalement auraient dû suffire...d'ailleurs je ne comprends pas vraiment pour quelle raison ils ont échoués..bref ! Il serait peut-être préférable, en fait non ! Vous devez impérativement consulter un de mes collègues chirurgien car finalement votre condylome a pris de l'ampleur et de plus, il est fort possible qu'il se soit multiplié, donc...vous devez subir une intervention chirurgicale de toute urgence."

Là, il reprend son souffle et me lance la dernière salve :

"-Je l'ai déjà contacté, il s'appelle le Dr Storm, il attend votre appel, moi vous comprenez, je ne peux plus opérer, je suis trop malade du coeur...mais ne vous faites surtout, mais surtout pas de souci, tout ira bien !"

Je le regarde hébétée, j'essaye d'assimiler ce flot gigantesque de paroles, je sens instinctivement que je suis proche de la noyade, ne sachant toutefois dans quel océan je suis entrain de surnager.
Brusquement, la colère monte en moi et je la saisis au passage, telle une bouée :

-"Pardon ?! Mais docteur, je ne comprends plus très bien là ! Cela fait trois ans que je suis des traitements, que vous me certifiez qu'il n'y a rien de grave, qu'il ne faut pas s'inquiéter, que tout va s'arranger et en l'espace de dix minutes, vous m'apprenez subitement qu'il a urgence absolue à subir une intervention chirurgicale, de plus avec un médecin, collègue ou non, que je ne connais même pas ! Excusez-moi, mais j'ai un peu de peine à vous suivre là !".

-"Oui, mademoiselle, je suis désolé, bien sincèrement, croyez-moi. Mais vous êtes la seule patiente avec qui nous sommes obligés d'en arriver là, je vous assure, ce n'est pas commun ! Prenez contact avec le Dr Storm au plus vite et si vous le désirez, continuez à vous faire suivre à l'avenir par lui, ce serait mieux je pense et bien entendu, j'attends de vos nouvelles."

Mon regard se fige, sans doute glacial. Je me lève alors, il me semble sans lui dire au revoir, j'ai simplement tourné les talons et tout-à-coup je me suis rendue compte que j'étais dans ma voiture.

Sur le chemin du retour, l'image de la scène si insolite que je venais de vivre a surgi devant mes yeux. J'ai vu subitement ce visage de médecin comme un portrait figé dans un cadre immonde, un vieux tableau peint à l'huile, tout craquelé et enlaidi par le temps.
La blouse blanche sacro-sainte flottait dans le vent comme un étendard déchiqueté, usé et délavé par les intempéries.
Je n'avais plus confiance.

Lorsque je suis arrivée à la maison, mon compagnon s'est enquis de ma visite médicale et quand il m'a demandé :

-"Mais finalement, de quoi dois-tu te faire opérer ?"

Je n'ai pu que lui répondre lamentablement :

-"Je ne sais pas."

Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 27 Aoû - 14:45

CHAPITRE II


Pauvre Dr Storm. J'étais assise devant cet homme, emplie de méfiance et de crainte.
Parfaitement sur la défensive, j'ai dû lui paraître bien agressive ce jour-là. Nous étions bien loin de nous douter tous deux que nous allions devoir nous engager ensemble dans une réelle jouxte diplomatique.
Afin d'éviter le combat à tout prix, il faudra apprendre à nous connaître et surtout, chacun de nous devra impérativement respecter les limites du territoire de l'autre, sous peine de subir des morsures verbales aiguës ou des griffures d'ironie et de cynisme.
Nous nous sommes vite rendu compte que nous étions deux dominants.

Alors que le Dr Storm prenait connaissance de mon dossier médical envoyé par son cher collègue, je l'observais.
Bien que déjà d'un âge mûr, il était plus jeune que le Dr Bell. De grandeur moyenne, il se tenait très droit sur son siège, blouse blanche oblige exactement ajustée à sa taille, nette, sans faux plis.
Une magnifique crinière d'un blanc étincelant encadrait son visage, adoucissant ses traits droits, francs mais quelque peu sévères. Son regard clair semblait autoritaire mais juste, ce n'était pas un homme à s'apitoyer ni sur lui-même, ni sur ses patientes.
Bel homme pensais-je, plus d'une femme a dû frémir à son approche.
Et puis, j'ai toujours eu un faible pour les tempes grisonnantes...

Plongée dans mon inquisition, je me rends compte tout-à-coup qu'il m'adresse la parole :

-"Le Dr Bell m'a fait parvenir une petite lettre, m'expliquant que vous souffriez de condylomes..." dit-il avec un accent étrange, peut-être slave.
-"Depuis quand exactement ?".

-"Trois ans je suppose. Vous savez j'ai des règles hémorragiques et douloureuses, des infections à répétition. Le Dr Bell m'a prescrit une multitude d'ovules, d'antibiotiques, m'a cautérisée, mais rien n'y fait ! Oui, ça fait bien trois ans qu'à chaque frottis je reçois un mot du laboratoire me priant de contacter mon gynécologue. Mais...je ne comprends pas pourquoi tout-à-coup le Dr Bell me presse de vous rencontrer ?!" dis-je d'un ton énervé, chargé de reproches.

-"Ah ça mademoiselle, ça, je ne peux pas croire un seul instant que mon collègue vous ait laissé ces condylomes depuis trois ans, ce n'est pas possible" me coupe-t-il d'un ton sec et péremptoire.
-"Non, non ! D'ailleurs il m'a bien précisé qu'il m'a justement contacté dès réception des dernières analyses transmises. Et si vous aviez eu des doutes mademoiselle, il me semble que vous n'auriez pas attendu si longtemps pour changer de médecin !" rajoute-il d'une voix savamment empreinte d'une sorte de cynisme moqueur.

Je le regarde choquée. Non mais il veut en venir où là exactement ?! Bientôt il va me dire que si je suis ici aujourd'hui, c'est de ma faute peut-être !

-"Mais docteur, je n'ai même pas imaginé qu'il y avait matière à douter de son diagnostic !" . Vexation profonde et colère. Et j'enchaîne, ma foi je le reconnais, avec exhaltation :

-"Vous m'excuserez, mais je n'avais jusque là jamais entendu parler de condylomes et le Dr Bell m'a toujours certifié qu'il ne s'agissait que de verrues bénignes, donc je ne vois pas pourquoi j'aurai du m'inquiéter plus que cela. D'autant plus qu'avec l'acidité de ma peau, j'ai tendance à avoir des problèmes...", là, le Dr Storm me coupe à nouveau la parole, franchement agacé :

-"Mais qu'est-ce que vous me racontez là ! Cela n'a rien à voir avec une quelconque acidité, ces condylomes sont causés par une affection virale, vous n'avez rien compris du tout !".

Ebahie, perdue, révoltée, en colère, illettrée, coupable de naïveté, je ne sais plus trop comment je me sens.
Je ne peux pas le croire...un virus, c'est nouveau ça !
Et comment je l'aurais contracté ce virus, hein, mais qu'il me le dise donc !

Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 27 Aoû - 15:10

On me serine profondément dans mon cerveau durant trois longues années que l'eau, l'air, patati et patata sont coupables de mes maux et maintenant, il faudrait que je porte crédit à la version d'un homme que je ne connais pas, qui me parle de virus et qui a l'air de me prendre pour une illuminée parfaitement abêtie, de plus sous-entendant qu'en ma qualité de simple patiente, je n'ai pas le niveau intellectuel pour m'insurger contre les pratiques d'un de ses vénérables collègues.
Je suis fautive, je n'ai évidemment rien saisi.

Oui, je vous en veux bien sincèrement Dr Bell.
Je vous reproche de ne pas avoir su traiter le mal comme vous auriez dû le faire.
Je vous en veux pour avoir estimé qu'une formation médicale continue et évolutive n'était pas nécessaire à vos connaissances acquises.
Je vous en veux pour vous être considéré comme accompli.
Et finalement je vous en veux, parce que j'estime que j'ai le droit de vous en vouloir.

Je ne serai plus jamais une patiente passive et ignare, messieurs les blouses blanches, vous ne déciderez plus à la place de mon corps, je vais m'instruire, je veux comprendre.

Bien des années plus tard, un chirurgien, qui pour moi reste un exemple tout-à-fait exceptionnel, tant son respect de l'être humain est grand, sa droiture et son coeur n'ayant sans doute jamais été inhibés par sa profession, m'a dit un jour :

-"Let, je n'ai jamais vu un visage aussi expressif que le vôtre, c'est extraordinaire, on peut y lire tout, même y lire que vous ne voulez rien y faire paraître."

Je ne sais pas si c'est grâce à ce visage là que le Dr Storm a subitement changé d'aptitude envers moi, mais vraisemblablement ce dernier a du y lire tout le combat empli de désarroi révolté qui m'emplissait à ce moment-là, il a dû y appercevoir certainement bien avant moi, cette résolution farouche de m'en sortir, avec à la clef cette pointe de cynisme qui se dessine souvent à la commissure de mes lèvres et qui, accompagnée d'un certain sens de la dérision, me permet de toujours continuer.

La partie à trois joueurs pouvait commencer : Le médecin, la patiente et le mal, tous combattraient quelque fois l'un contre l'autre, mais aussi ensemble, pour le meilleur et contre le pire.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
Rachou77
Jeune hobbit


Messages : 39
Réputation : 0
Date d'inscription : 12/06/2011
Age : 45
Localisation : seine et marne

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 28 Aoû - 13:18

..........
Revenir en haut Aller en bas
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 28 Aoû - 14:48

gné...? rachou, ça veut dire quoi les petits points ?
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
Rachou77
Jeune hobbit


Messages : 39
Réputation : 0
Date d'inscription : 12/06/2011
Age : 45
Localisation : seine et marne

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 28 Aoû - 15:05

Juste que je te lis, et que mon dieu je ne comprendrai jamais ces espèces de pseudo médecins.......enfin je vais me calmée car je suis hors de moi.
Revenir en haut Aller en bas
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 28 Aoû - 15:14

Wink comme tu dis !! bon allez, je continue mon chapitre III study
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 28 Aoû - 17:17

CHAPITRE III

-"Un virus ? Quel virus ". J'attendais une vraie réponse.

-"Et bien, c'est un virus de l'ordre des VPH, Virus du Papillome Humain, qui s'installe dans le col de l'utérus, entre autre.
D'après de récentes études américaines, il ne se propagerait que dans l'endroit où il a décidé de s'installer.
Il provoque une désordre des cellules et les tissus s'en trouvent affectés; par conséquent, des verrues ou excroissances de peau apparaissent, que l'on nomme des condylomes."

Nous continuons la discussion d'un ton plus calme, le premier orage est passé, malgré que nous sentions bien que nous n'avions fait face qu'à la première crise.

Je joue le rôle de l'élève face au professeur, et m'applique très fort, je veux apprendre, donc je dois écouter.

-"D'accord, mais comment contracte-t-on ce virus ? Est-il transmis sexuellement, est-ce que les hommes en souffrent, est-ce que beaucoup de femmes en sont atteintes ?" Les questions se bousculent en pagaille dans mon cerveau.

Patiemment le Dr Storm continue son exposé :

-"Il peut effectivement être transmis sexuellement, c'est le cas en général, mais pas forcément. Nous pouvons en l'état actuel des recherches, imaginer le contracter par l'alimentation, l'eau, les lessives, les tampons hygiéniques, allez savoir ! Les hommes peuvent également être porteurs, mais sans s'en rendre compte.
Quelques fois, lors d'une visite chez un urologue, on dépistera des condylomes sur leur verge, sans autre conséquence pour eux que de transmettre l'affection à leur partenaire ! Et comme peu d'hommes se rendent chez un urologue..
Enfin, il n'est pas rare que des femmes en souffrent, par contre que ce soit de jeunes femmes comme vous, ça, c'est un phénomène relativement nouveau".

Puis, il prend une pose et se carre un peu plus dans son siège, cherchant à capter mon regard avec insistance. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai subitement l'impression que je ne vais pas aimer la suite :

-"Il faut bien reconnaitre que jusqu'à présent, les femmes atteintes, sont des...prostituées d'un certain âge. Alors il me faut savoir si vous avez pour habitude de fréquenter assidument plusieurs hommes ?".

Ah ben celle là, elle est bien bonne, je ne m'y attendais pas !
D'abord il faut que je m'applique à refermer ma bouche qui me semble grande ouverte, puis réfléchir à toute vitesse à ce que je vais lui répondre.

Si j'ai bien saisi, il est entrain de me demander si je suis une prostituée; je ressemble à une prostituée ?
En fait, ça ressemble à quoi finalement une prostituée ?
Si du moins, j'ai autant d'hommes que ça à la fois...ou séparément ? Voyons...un homme par jour, 5 jours par semaine, multiplié par 4, ça fait combien de passes et combien d'argent de gagné à la fin du mois ?

Pour le coup j'hésite là, je pencherai pour la réponse provocation, lui soumettre mon savant calcul mental, oh que j'en ai une furieuse envie !

Bon, je respire profondément et répond d'un ton glacial qui se veut posé et serein :

-"Monsieur, (non, là, je ne vais pas l'appeler "docteur" !) Si vous vous étiez donné la peine de lire la fiche que j'ai du remplir à la réception, vous auriez lu que ma profession est comptable et que c'est vrai, cela ne veut pas dire que je ne cherche pas à faire des extras le soir pour arrondir mes fins de mois, mais...c'est non !
Et non, je n'ai pas pour habitude de faire l'amour avec plusieurs hommes et moins encore à plusieurs en même temps.
Et oui, il y a sept ans, j'ai eu des aventures entre deux séparations. Et puis si j'étais une prostituée, il me semble que j'aurai eu tout de même l'intelligence de vous en parler en priorité, non ?!"

Le Dr Storm se redresse alors de son fauteuil, une pointe de malice dans les yeux, petit sourire aux lèvres :

-"Bon, ce point étant éclairci, si on allait vous ausculter pour en savoir plus ?".

Je me lève à mon tour, ayant malgré moi un léger rire chargé d'ironie, je ne peux pas m'en empêcher car je sens que je ne suis qu'aux prémices de ce genre de scène surprenante.

Je me déshabille en secouant la tête, partagée entre le cynisme de la situation et la nervosité.

Ayant revêtu la fabuleuse robe-sac d'usage, je le rejoins dans la salle de soins, gagnée subitement par une timidité incroyable.
Honnêtement, je n'en mène pas large...Je n'ai jamais connu un autre gynécologue que le Dr Bell et celui-ci est bien différent dans ses manières.
Il ne laisse pas place aux fioritures, très technique, enfile ses gants qui font "clac-clac", s'installe et ne réchauffe pas ses outils. Merci pour elles.

Je prends place sur la "planche-tortures" toujours trop dure, les étriers toujours trop froids et fixe obstinément l'affreuse rosace du plafond, fichée par un lustre immonde, en retenant un "mmmrff" durant la pénétration glaciale.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 29 Aoû - 23:03

-"Alors, voyons tout ça...les trompes et les ovaires sont parfaitement en place, et...oh ça alors !! Votre col est tout petit !
Mais..il est minuscule ! On dirait une jeune fille de 15 ans ! Il faudrait que j'en parle à mes collègues de Boston, il faudrait que je leur montre ça, incroyable !!"

Il relève la tête ébahi, à la limite de l'admiration.

Je le fixe très certainement d'un sale oeil...entre le coup de la prostituée et ses commentaires des plus poétiques, franchement, considérer mon col comme une attraction foraine...

Je fais un effort surhumain, afin de ne pas lui expulser son matériel d'exploration à la figure, me lever, le gifler et me rhabiller.
En lieu et place, je respire profondément et dans un grincement de dents je lui réponds platement et très vexée :

-"Ah bon ? Contente de l'apprendre, vous ne pouvez pas savoir à quel point ! Et à part ça..."docteur", vous voyez quoi exactement?"

-Ah mais quand même...un si petit col...! Ca y est, j'y suis ! Voyons voir...effectivement, vous avez une zone étendue de condylomes, il y en a pas mal...au fait...vous n'avez pas encore eu d'enfant n'est-ce-pas ?"

Sans attendre la réponse, sans doute morphologiquement évidente pour lui, il enchaine :

-"Vous en voulez ?"

-"Euh...ben oui, enfin...je suppose.."

Cette question si abrupte me désarçonne, si j'ose dire.

Un enfant. Oui, je me suis toujours dit qu'un jour j'aurais un enfant, mais de là à dire quand, il me semble que j'ai encore le temps.

A mes vingt ans, le jour même de mes vingt ans, j'ai reçu une bague de fiançailles et simultanément une déclaration de séparation..quelques jours plus tard je prenais la "pilule du lendemain" en pleurant des larmes de crocodiles au pluriel, les deux ans qui suivirent furent peuplés de voyages et de retours-retrouvailles tumultueux, pour finalement revivre une période passionnelle et destructrice de vingt-quatre-mois, dont l'issue prouvera qu'au moins je n'aurais pas enfanter un futur orphelin de père.

Ensuite, le jour de mes trente ans, je me suis donnée encore cinq ans....

Il faut dire qu'après avoir passé de longues années à aiguiser mes neurones dans des études commerciales, puis de longs mois à me percer et me couper les doigts sur l'établi de bijoutier chez mon père en apprenant sur le tas, je ne me sentais pas prête de me lancer dans le difficile et accaparant rôle de mère.

Ma vie professionnelle plus que remplie me satisfait pleinement, Jean mon compagnon et moi venions d'acquérir une vieille ferme en forme de ruine, totalement inhabitable et enfin, point essentiel, Jean était pour l'instant absolument réfractaire à la simple émission d'idée de se retrouver à nouveau père.

En effet quelques années plus tôt, il avait dû faire face à un divorce particulièrement difficile et avait beaucoup souffert de la séparation d'avec sa fille Fanny, alors âgée de trois ans.

Lorsque je l'ai rencontré, une année après son divorce, il avait coeur à refonder une famille, mais avec sa fille.

Toutefois, cela me convenait. Fanny était une enfant pétillante de surprises, toute ronde avec de beaux cheveux
châtains, un magnifique regard et de belles joues bien roses.

Pendant environ six ans, j'ai donc appris à devenir une "mère intérimaire" comme nous m'avions baptisée, d'autant plus que Jean avait obtenu de son ex-épouse en accord à l'amiable, une garde alternée. Fanny vivait donc quinze jours chez nous, quinze jours chez sa mère.
J'ai donc adapté mes horaires aux siens et ai essayé de remplir mon rôle au mieux. Trajets école-maison, devoirs scolaires, disputes et rires, vacances, bref notre couple fut agité et secoué dans la tempête du savoir-faire parental comme bien d'autres familles, à la différence énorme que dans ce cas précis, nous devions composer avec un autre couple et tenter non sans étincelles, d'éduquer un enfant à quatre adultes !

Malgré toutes ces turbulences, je ne regrette rien et encore moins aujourd'hui; il m'a été donné de materner, même à mi-temps.

Malheureusement, tout c'est gâté, du jour où la maman de Fanny a décidé de déménager, bien trop loin pour pouvoir continuer notre système de garde.
Jean a saisi le tribunal, clamant ses droits de père, il a réclamé la garde de sa fille évidemment sans succès et a tout perdu : Ses espoirs, ses illusions, sa stabilité, sa force et...nos économies.

Nous nous sommes donc retrouvés comme deux ânes assis sur les marches du seuil de notre énorme maison soudain bien vide.

Le Dr Storm est très contrarié, voir choqué par ma réponse évasive :

-" Comment ça, vous supposez ?"

-"Oui...nous en aimerions un...mais pas tout-de-suite....Nous venons d'acheter une ferme, il y a tout à refaire et puis...bref, pour l'instant, nous ne pouvons l'envisager."

J'écoute ma propre explication et je sens que je me justifie. J'ai honte de ne pouvoir lui répondre plus précisément.

-"Ah bon ?! Pourtant, vous devriez y songer sérieusement. Surtout avec ce genre de problème".

Le Dr Storm me parait soudain bien grave, me prie de me rhabiller et de le rejoindre dans son bureau.

Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 30 Aoû - 0:09

Ne pas penser, s'exécuter rapidement et me voilà assise en face de lui, dans l'attente patiente qu'il ait terminé de noter les appréciations sur ce qu'il a vu en moi, toutes ces choses mystérieuses qui bien qu'elles m'appartiennent intimement, me resteront à jamais inconnues. Ce n'est pas juste.

Dès qu'il relève la tête, je prends une grande respiration :

-"Pourquoi voulez-vous que je sois rapidement enceinte ?".

Le Dr Storm fronce les sourcils et proteste d'un geste de la main :

-"Ah non, mademoiselle ! Je n'ai jamais dit que je "voulais" que vous soyez enceinte, j'ai dit qu'il ne faudrait pas attendre pour l'être !...Laissez moi vous expliquer".

Il me dessine alors un simple rond ovalisé, à l'intérieur duquel il trace une sorte de tranche de gâteau, parsemée de petits points noirs, que l'on pourrait prendre pour des raisins secs.

-"Voilà ! Ca, c'est votre col de l'utérus" me dit-il en plaçant son index sur le rond, "-et le triangle que j'ai dessiné à l'intérieur, c'est la zone envahie par le virus".

Je scrute avidement le schéma scientifique, prête à avaler la tarte et me dis que le Dr Storm ne remporterait sans doute jamais un prix académique de dessin.

Par contre, je dois bien avouer que je me sens comme une adolescente pubère face au tableau noir, cherchant d'entre mes lointains souvenirs, l'image floue de la planche du livre de sciences naturelles, illustrant le système des organes reproducteurs femelles. En vain.

Bien que me sentant parfaitement stupide, j'ose lui demander d'un air détaché :

-"Ah..oui..mais ce rond ovale là...c'est pas l'utérus ?"

Patiemment avec toutefois un petit sourire que la science lui confère, il me précise :

"-Mais non voyons ! C'est votre col que j'ai dessiné en coupe, si vous préférez, votre col est là, et votre utérus, ici ".

Triomphant, il m'illustre alors un petit ruisseau, bordé de rochers sur une des rives d'un grand canyon.

Ma foi, ce coup-ci je comprends mieux.

Apercevant mon air satisfait de compréhension, il poursuit :

-"Nous allons donc couper tout ce triangle, on appelle ça une conisation, puis reconstruire votre col. Mais comme votre col est tout petit, nous devons faire attention à ne pas l'abîmer si vous désirez enfanter.
De plus, comme vous pouvez le constater, la zone du triangle est passablement importante...Il faut vous préparer en fait, à devoir subir deux opérations, à peu de temps d'intervalle."

Le Dr Storm m'impose une pause. Il m'observe.

Un coup de massue, hop, deux coups de massue. Chic, ça doit être sympa ça...on se réveille et on se dit génial ! Faudrait pas que je traîne à l'entracte...sinon je risque de rater le deuxième acte, ça serait dommage ça, hein !!

Sans me laisser le temps de lui demander s'il fournit la corde pour se pendre, il enchaîne :

-"Il faut que vos tissus se cicatrisent afin que le reste de la zone soit atteignable, mais la deuxième intervention sera plus légère, juste au laser".

Je suis passée du gâteau aux raisins à la guerre des étoiles !

J'essaye de garer toutes ces informations quelque part dans mon cerveau, avec la ferme intention d'y réfléchir plus tard et m'applique pour l'instant à ne pas perdre le fil.

-"Oui...j'ai compris, c'est comme un carottage...mais après, je serais tranquille, vu que vous aurez complètement enlever la zone infectée, alors pourquoi se presser d'avoir un bébé ?".

Le Dr Storm se montre très ferme et son ton de voix n'engage pas à la réplique :

-"Vous devez comprendre mademoiselle G que vous êtes atteinte d'un virus. Il est en vous, il se réveillera à nouveau et se réinstallera un jour où l'autre sur votre col. Croyez-moi, je suis en contact constant avec des collègues américains, nous sommes tous d'accord sur le sujet, il faut pratiquer une conisation, voir plusieurs si vous désirez un enfant, puis réaliser une hystérectomie et ce, dans les plus brefs délais !
Beaucoup de femmes ont subis des conisations, c'est une pratique courante."

Dr Storm, si vous saviez comme je me fiche éperdument de savoir si plusieurs femmes ont déjà subi ce genre d'intervention, là on parle de moi, de mon corps, de mon col et de mon utérus, même si je ne les situe plus vraiment très bien, ce sont les miens et il ne repoussent pas comme des secondes dents !

Un formidable bric-à-brac de mots se bousculent dans ma pauvre cervelle. Virus, laser, bébé, conisation, histiri machin-chose, vite, je les enferme dans une armoire qui traîne là-bas, dans une anti-chambre de ma matière grise et je lance, partagée entre une panique sourde et une colère incroyablement gorgée de sentiments d'injustice :

-"Laissez-moi quinze jours pour réfléchir".

Comment est-ce qu'une femme, dont sa morphologie profonde lui parait finalement plutôt abstraite, peut-elle seulement réfléchir ?!

Le Dr Storm n'apprécie guère ma réponse, c'est clair, c'est un chirurgien, pour lui tout parait évidence. Normal.
Une jeune femme souffrant d'un mal déjà bien étendu vient le voir. Il est de son devoir d'exiger une intervention chirurgicale, nous sommes à un stade de la maladie où ne pouvons plus nous contenter de conseiller, mais où il faut agir et vite.

Mais peut-il seulement imaginer à quel point un de ses collègues a déstabilisé cette patiente ? La décevoir, elle qui pensait qu'un médecin ne peut se tromper parce qu'il a suivi des études du savoir, elle n'a simplement plus confiance et pire que tout, elle n'a même plus confiance en elle-même.

Croire en soi, alors qu'un virus ronge votre corps, a pris possession d'une partie de vous, sans que vous ayez ressenti quand a eu lieu cette intrusion, se sentir habitée par cette chose, qui se contente de n'avoir que trois lettres en guise de nom, dont vous ignorez la provenance, la forme, non...on ne peut plus avoir confiance en soi.
Ca, c'est une évidence de patient.

On se sent sale, paria, on a honte, et on ressent de la peur, de l'horreur et du dégoût, alors la louve se réveille, agressive, prête à mordre.

Les deux joueurs se retirent, le troisième reste lové dans son antre.

Et maintenant, il faut encore affronter le monde extérieur.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
lulu74
Clou argent
Clou argent
avatar

Messages : 428
Réputation : 3
Date d'inscription : 19/01/2011
Age : 31
Localisation : Confignon

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 31 Aoû - 14:27

Les médecins ne sont apparement pas tous d'accord......

Moi on m'a jamais dit ça : " Il est en vous, il se réveillera à nouveau et se réinstallera un jour où l'autre sur votre col. "
Juste qu'après la conisation je devais être suivie mais que si dans l'année à suivre rien ne revenait je serais tranquille.......qui croire et que penser maintenant !!!!

Mes pensées du passé m'auraient elles finalement rattrappées.....moi qui est toujours dis que je n'aurais pas d'enfant la nature aurait elle choisie d'écouter.....
Revenir en haut Aller en bas
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 31 Aoû - 14:33

lulu, n'oublie pas que là, nous sommes en 1993 Wink
je ne me suis pas documentée sur la question à ce jour.
Mais cela ne vas pas tarder.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
odile
Rogne pied d'argent
Rogne pied d'argent
avatar

Messages : 1202
Réputation : 6
Date d'inscription : 25/01/2010
Age : 55
Localisation : Versailles

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 31 Aoû - 15:07

J'en suis au chapitre III, je reprendrais ma lecture ce soir !!
Revenir en haut Aller en bas
lulu74
Clou argent
Clou argent
avatar

Messages : 428
Réputation : 3
Date d'inscription : 19/01/2011
Age : 31
Localisation : Confignon

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 31 Aoû - 17:27

Oui mais pas sur que l'on puisse plus faire confiance aux médecins !!!!
Et pour avoir certaines sensations je sais que tout ne va pas bien là dedans......mais ceci est une autre histoire qui n'a pas sa place ici.

Revenir en haut Aller en bas
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 1 Sep - 9:28

et pourquoi pas ? si tu es à l'aise ici et que cela peut t'aider d'écrire ici lulu, fais le.
De plus, tu es sur le "bloc" sécurisé. Les non inscrits n'y ont pas droit.
de toute façon, je te tel ce soir.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Ven 2 Sep - 0:37

CHAPITRE IV


Le monde extérieur...Comment annoncer toutes ces magnifiques nouvelles à mon conjoint, mes parents, mes amis intimes ?
Je n'ai envie de ne rien dire, de faire comme si ce jour n'existait pas, hop, on le saute et on oublie !
Je me vois tout-à-fait leur annoncer, à eux, aux autres :

-"Salut à tous ! Je vous informe que je suis malade, c'est viral, je ne sais pas de quelle manière j'ai contracté la chose, je ne sais pas vraiment comment elle s'appelle, mais ne vous inquiétez surtout pas, on m'a assuré que vous ne risquiez rien !".
Autant déménager de suite sur une île déserte.

Et puis après tout, le Dr Storm se trompe peut-être, c'est vrai finalement la question se pose, est-ce que je n'ai pas échangé un médecin aveugle, contre un chirurgien borgne ?
N'oublions pas qu'il m'a été conseillé par le Dr Bell, symbole définitif pour moi du fonds du puits de l'ignorance.

Prenons donc contact avec mon médecin traitant, en qui j'ai entière confiance, vu que lui au moins ne manie pas le scalpel.

D'ici là, il faut que je rentre à la maison et que j'explique tout ça à Jean, du mieux que je puisse faire, puis à Ariette, mon amie de sept à soixante-dix-sept ans, celle avec qui nous avons monté des scénarios incroyablement trépidants de la vie exhaltante de Barbie et Ken, et à son père, mon deuxième papa, celui qui m'a déjà sauvée plus d'une fois...dans une autre vie.

A mon père également, qui se trouve être aussi mon patron, mais d'une manière brève et concise, pour qu'il ne me pose pas trop de questions, auxquelles je ne pourrais de toute façon pas répondre.

Et à ma mère. Mais plus tard. lorsque j'aurais suffisamment amassé de courage pour deux.

Je résume donc tout à Jean, en vrac, pas très clairement, j'ai le trac parce qu'il se trouve être le premier spectateur et je me sens bien seule sur cette scène, où va se produire une pièce dans laquelle je n'ai vraiment pas envie d'y tenir le premier rôle.

Jean absorbe cette cascade de mots, reconstruit les phrases et vu le peu de réponses concrètes en notre possession, approuve ma décision de contacter le médecin traitant.

Nous sommes fidèles l'un à l'autre, nous le savons, autant que peut le savoir un couple, pourtant, nous nous le confirmons tout de même, histoire d'apposer un trait radical sur ce terrible doute car nous sentons instinctivement que seule une confiance absolue empêchera résolument la tentation du reproche, si facile et si honteusement vil.
Nous optons donc farouchement pour l'option "contamination-air-aliments-eau", point final, ça sera et reste encore aujourd'hui notre seule version.

Rendez-vous pris et le médecin traitant me confirme que son collègue est un excellent gynécologue-chirurgien, à la pointe du progrès et que oui, je peux le suivre en toute confiance.

Tout va très vite dès cet instant. J'ai l'impression de me transformer en microprocesseur, en carte à puce, une vulgaire plaque métallique qui transmet et emmagasine des données.
Je ne veux ni émotions, ni sentiments, je refuse la tendresse, l'angoisse, la peur, je ne veux pas trembler.

Cette fois-ci, Jean m'accompagne chez le Dr Storm, nous ne serons pas trop de deux matières grises pour ingurgiter puis tenter de saisir toutes les informations relatives à mon cas.
Il me transmet suffisamment de force pour que je pose enfin la question si soigneusement pliée comme un drap propre dans un tiroir et d'une voix lente :

-"Docteur, la dernière fois, vous m'avez dit que ce virus créée un désordre dans les tissus. Or, qui dit tissus...dit cellules...Donc, pour moi, cela équivaudrait à dire qu'il s'agit d'un désordre de cellules, n'est-ce pas ?".

Le Dr Storm se cale un peu plus dans son fauteuil :

-"Oui, c'est exact. Et....?" Il m'encourage à poursuivre :

-"Eh bien...cela ne ressemblerait pas à un cancer, ça ?". Enfin, enfin je l'ai dit.

-"Oui. Effectivement, votre virus à provoqué un cancer du col de l'utérus. Mais in situ. Cela veut dire qu'il ne se propage pas dans une autre région. Mademoiselle G, de quoi pensiez-vous que nous parlions jusqu'à cet instant ?"

Il me dévisage, testant sans doute ma capacité à encaisser le coup et reprend doucement :

-"Bien sûr qu'il s'agit d'un cancer, mais comme je vous l'ai déjà dit, on enlève la première partie malade, on attend la cicatrisation, puis on élimine la deuxième zone et c'est fini. Après, vous décidez si vous voulez tomber enceinte ou non. Ensuite, on verra la suite des évènements."

Il ré explique patiemment l'historique de la première consultation à Jean et pendant ce temps-là, une profonde inertie monte en moi.

Je me sens vide, toute mes sensations, mon vécu, mes souvenirs, mes projets, mes organes, mon sang ont disparu.

Il n'y a plus qu'une chose en moi, un cancer.

Il n'y a plus qu'un but pour moi, m'en débarrasser au plus vite, le faire sortir de mon corps. Tout de suite.

Sans consulter Jean, ma décision est prise :

-"Alors, si c'est un cancer, enlevez-moi tout docteur, je ne veux pas vivre avec ça !".

Les deux hommes me regardent médusés. Ils n'ont pas compris mon dégoût horrifié. Ils n'ont pas saisis que je refusais catégoriquement de cohabiter avec cette chose.

Jean se tourne vers moi et m'adresse la parole d'une voix posée et douce :

-"Non, Let ! Ecoutes, c'est un geste irrémédiable, tu ne pourras plus faire marche arrière ! Si on t'enlevait ton utérus froidement, sans y réfléchir, je suis sûr que tu le regretteras ta vie entière. Subis déjà ces opérations, après on verra bien, non ?".

-"Mais tu m'as dit que de toute façon tu ne voulais pas d'enfant, Jean ! Moi, je ne veux pas vivre avec cette...chose-là, tu comprends ?!" Je hurle presque.

Jean essaie de me calmer et temporise :

-"Pour l'instant ! Mais on ne sait pas de quoi sera fait l'avenir ! Peut-être qu'après...notre situation va changer, tu verras !".

J'ai envie de pleurer. Une grosse boule de tristesse tend mes cordes vocales. J'aimerai pouvoir le croire, mais je ne suis pas convaincue.

Je sens déjà tout au fond de moi, sans pouvoir me l'expliquer, qu'une solution définitive et radicale serait la bonne réponse, celle qui doit être.
Mais malgré tout, je n'arrive pas à tenir tête à Jean, je n'ai pas la force de suivre ce que mon instinct me dicte, ni d'écouter cette petite voix qui me murmure durement : "Vas-y, fais-toi enlever ton utérus, vas-y, il le faut".

Presque à contre coeur, autant dire lâchement, j'accepte cette première conisation, sans doute parce que je ne peux pas barricader à tout jamais cette image de famille parmi laquelle j'aimerai vivre un jour, parce qu'une parcelle de moi-même aimerait connaître son accomplissement de femme, parce que Jean, à cet instant en tous cas, me laisse une chance.

Malgré que je sente que je ne prenne pas la bonne décision, la date de cette toute première intervention est enfin fixée.
Très proche la date.

J'apprends que le cancer se développe en plusieurs stades : le un, le deux et le trois. Comme un podium. Mais à l'envers.
Le un, c'est un vrai nul, le deux un peu plus doué et le trois, c'est le plus fort. Quand au quatre...lui, il ne connaitra jamais le podium.
J'ai remporté la médaille de bronze. Je fais toujours bien les choses.

Je glace alors mon coeur et mon cerveau, garder la tête froide est chez moi une expression tout à fait littérale, prise à la racine du mot près et transplantée directement dans ma manière à réagir face aux évènements douloureux auxquels chaque être est confronté dans la tourmente de la vie.

Par expérience, je sais pertinemment bien que si je n'applique pas ce genre d'exercice, je ne suis simplement plus capable de maîtriser ma panique.

Et c'est grâce à cet état presque mécanique, que j'ai pu affronter la réaction de ma mère, quelques jours plus tard, en fait, deux jours avant l'opération.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 3 Sep - 2:45

Comme je m'en doutais, cela fut dramatique, tristement orageux, lamentablement violent et usant.
A l'image de notre relationnel.
Je ne peux pas accepter son alcoolisme. Je lui en veux.
Elle se détruit. Je m'en veux.
Pourtant, elle est ma mère.

Elle n'accepte pas ma colère. Elle m'en veux.
Elle me détruit. Elle s'en veut.
Pourtant, je suis sa fille.

Elle s'est effondrée, à crié, s'est culpabilisée, a voulu vivre ce drame à ma place et a pleuré pour deux.

J'attendais, sans mot dire.

Lorsqu'enfin elle me posa la question si redoutée, d'un ton agressif chargé de reproches, net, sec de sanglot :

-"Mais pourquoi tu me l'as caché ? Pourquoi je suis la dernière informée ? Je suis ta mère quand même Let ! Tu te rends compte comme ça fait mal à une mère que sa propre fille ne lui parle pas de ça ?!"

Je ne veux pas rentrer dans son jeu de lamentations ou chaque joueur avance sa tour, son fou et sa reine sur l'échiquier de celui qui est le plus à plaindre là. Je ne le connais que trop bien.

Oui maman, je m'en rends compte. Je sais que je suis entrain de te faire du mal. Mais moi, dis, quand est-ce que je pourrais venir enfin vers toi et te dire que moi aussi j'ai mal. Fais moi signe.

Plongée dans cette réflexion là, je la regarde et en lieu et place lui répond froidement :

-"Maman, tu dois comprendre que je n'ai pas besoin de gens qui pleurent autours de moi, même si c'est pour moi, j'ai besoin de présence forte, j'ai besoin de ressentir de la solidité autours de moi. Maman, je ne peux pas me permettre de craquer maintenant, sinon le mal va prendre le dessus...Je ne peux pas gaspiller mon énergie, j'en ai besoin, je ne veux pas de ton chagrin, c'est trop lourd, pas ce que coup-ci maman. Ce n'est pas à moi de te consoler."

Ma mère me fixe du regard sans un mot. Je lis dans ses yeux qu'elle a compris mon message et mon combat.
Elle a compris aussi qu'une autre femme se tenait devant elle et qu'aujourd'hui, c'était justement cette femme-là qui avait un problème de mère à résoudre.

Calmée, elle me dit tristement :

-"Let...je ne sais pas comment tu fais pour encaisser le coup comme ça..ni où tu puises toute cette énergie...moi je n'y arriverai pas. Tu...es d'accord pour que je sois là à ton réveil ?"

Je retiens de toute mes forces mes larmes, j'y arrive tout juste, j'empêche mon menton de trembler, et je ne peux qu'effectuer un signe de tête affirmatif, aucun mot ne franchit mes lèvres.

Mais mes pensées galopent. C'est la toute première fois que ma mère me montre son estime, et son respect.

Maman...je t'aime.





Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 3 Sep - 23:27

Durant les 24h qui suivirent, je me suis appliquée à mettre mon travail à jour, à laisser des directives et indications à mon père pour notre travail, j'ai tapissé de post-it le bureau, l'appartement et la maison, sorti tous les modes d'emploi des machines à calculer, à écrire, payés nos factures personnelles, rédigé un testament olographe au cas où, prévu suffisamment de courses pour Jean, rangé, trié, épousseté.

Tout pour ne pas penser. Ne pas sombrer dans la panique.
J'ai également téléphoné à Ariette et enfin, j'ai pu lui confier mes craintes et mes angoisses, j'ai pu m'accrocher à elle pour recevoir son énergie et sa confiance.

Et nous avons beaucoup parlé avec Jean.

Je lui ai confié que je ne le croyais pas lorsqu'il disait qu'un jour peut-être nous aurions un enfant. Je lui ai répété que j'avais peur de mon cancer et que je préfèrerai que l'on m'enlève mon utérus.

Mais il ne voulait lui non plus, abolir définitivement cette image de famille. Nous en discutâmes longuement pour nous convaincre que cette première conisation était la meilleure solution et aussi bien certainement, pour pouvoir conserver nos illusions.

Cette nuit là nous avons fait l'amour, acte que nous nous devons d'honorer avant chacune de mes hospitalisations.
Symbole d'élan de sincérité vraie, d'honnêteté absolue, permettant également de transmettre et de recevoir la vie, chargée d'espoir.

L'odeur, le toucher, le souvenir de sa poitrine large et solide, de ses mains gigantesques enlacées autours de ma taille ne me quitteraient pas, même si c'était pour la dernière fois.

Mon corps, mes cheveux dans ses doigts, il gardera mon empreinte, même si c'était pour la dernière fois.

Et cet acte-là, particulièrement à cet instant, est un véritable rituel vital.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 4 Sep - 0:03

CHAPITRE V

Un sommeil lourd d'au moins trois cents ans pèse sur mes paupières, sûr, la belle au bois dormant peut se rhabiller là.

J'essaye vaguement de me rappeler ma matinée, lorsqu'un goût amer envahi ma mémoire. Je me souviens.

En bas dans la salle d'opérations, le Dr Storm n'était pas content. Et il y a de quoi, le pauvre !

Je ne me souviens plus de mes paroles exactes, mais je sens très nettement que je me suis montrée farouchement désagréable au réveil.
Je lui ai passé une sorte de savon, toute ma panique refoulée, ainsi que mon entière révolte se sont manifestées dès que j'ai été en mesure d'ouvrir un oeil et de parler.

Un sentiment de honte m'envahit. Il faudra que je lui adresse mes excuses.

C'est un souvenir étrange car je vois la scène, je sais que je l'insulte, mais il n'y a pas de son, comme si les mots avaient été rayés de ma mémoire. Proprement, paniquant !

La salle de réveil, la course en lit, ma mère, le crachoir-haricot trop petit, tout me revient, le serpent et la nausée aussi.

En plus, je ressent l'étrange sensation de marcher dans mon lit, à mon insu.

Sentant le mal de mer arriver, j'ouvre un oeil, soulève mon drap et constate que l'on m'a chaussée de bizarres bottes qui marchent toute seules.

-"MMMMM...enlevez moi ces machins !! Je veux pas marcher dans mon lit, laissez-moi tranquille ! "

Jean et l'anesthésiste sont là, je ne les ai même pas vu, et ont le culot de rire.

-"Mademoiselle G, je suis contente de vous revoir parmi nous ! Les bottes que l'on vous a mis sont du dernier cri, vous savez ! Nous venons de les recevoir et les testons. Elles permettent d'éviter les thromboses en vous massant les jambes par ondes électriques, il faut les laisser encore un peu, ça vous fera du bien !"

Malgré sa voix douce, je m'énerve là. Je veux que l'on me fiche la paix, je veux qu'on m'enlève ces choses, je suis fatiguée et point à la ligne !

Jean sent ma colère monter et prie l'anesthésiste de m'enlever ces fameuses bottes, avant que je n'arrache tout moi-même, il sait que je suis capable d'en saisir une, et de m'en servir pour étouffer ladite anesthésiste, avec plaisir, conviction et soulagement.

Je suis parfaitement consciente que je suis exécrable, mais je ne peux simplement pas m'empêcher de l'être, c'est plus fort que moi !

Cette manière de réagir doit être de la peur. Peur que l'on continue à me faire des choses mystérieuses durant mon inconscience, mon sommeil, peur que l'on n'écoute pas ma douleur, peur de mon avenir, peur de ma mémoire si fragmentée, peur de ne pouvoir maîtriser ma propre raison, mes sens et ma pensée.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 4 Sep - 15:40

La présence de Jean me rassure. Il prend ma main dans la sienne, si chaude et bien large, et me parle doucement.
Je commence à peine à me calmer, lorsqu'une armada d'infirmières débarquent dans la chambre, menée par une grande femme noire, pétulante de dynamisme.
J'ai l'impression qu'elle va me plonger tout droit dans une grande marmite et me faire bouillir au beau milieu de la forêt vierge, quelque part dans une contrée lointaine, histoire de se venger du colonialisme blanc...

De sa profonde voix autoritaire, au fort et étonnant accent londonien, elle prie Jean de bien vouloir quitter la chambre, du temps de refaire le lit.
Je la regarde médusée.
Mais où va-t-elle me mettre ? Parterre peut-être ?! Elle ne va pas me lever, ce n'est pas possible, je me sens bien trop faible, je ne veux pas bouger, j'ai trop mal là...non, pas question !
Je m'agrippe comme une forcenée à mon drap, bien résolue à lui résister.
Orphée a du lire mes pensées, elle rit et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle m'assoit au bord du lit, puis sur un fauteuil à grand dossier. Je n'ai rien vu faire.
Je la hais, elle a gagné. Je me retrouve assise là pauvrement, la tête me tourne, non en fait c'est la pièce qui bouge et je claque des dents.

J'ai l'impression que les drogues que l'on a injecté dans mes veines se glissent comme un abondant liquide du haut de mon corps pour chuter au niveau de mes mollets, puis au bout de mes orteils, dégageant ainsi mon cerveau de cette huile opaque dans lequel il semble goger. (en langage helvète, cela veut dire macérer).

Orphée m'enveloppe dans ma robe de chambre et frotte mes épaules pour me réchauffer. Puis me soutient, je dirais même me porte et me force à effectuer quelques pas.Elle me recouche dans un lit bien frais, sans un faux-pli, me presse le bras tendrement, m'adresse un large sourire Mont-Blanc et me confirme qu'elle s'occupera de moi jusqu'à que le veilleur de nuit prenne son service.
Elle aimerait que je sourie un peu et que je quitte cet air bien triste.
J'ai envie alors d'être une petite fille, pelotonnée dans ses bras ébène, elle a vraiment gagné, j'ai confiance et j'apprécie son ton énergique, qui tranche de celui des autres personnes qui s'adressent à moi comme si j'étais mourante.

Jean regagne la chambre accompagné du Dr Storm.
C'est clair, je dois être proche de mes dernières heures à vivre, parce que lui aussi m'adresse la parole avec une douceur dont je ne le croyais pourtant pas capable...:

-"Alors mademoiselle G, comment c'est passé le premier lever, comment vous sentez-vous ?".

-"Ca va." Je suis toujours très loquace quand j'ai mal à quelque part.

-".......". Il me regarde d'un oeil légèrement surpris par mon long discours, il me semble déceler dans son regard une brève étincelle d'amusement, armée toutefois d'une résolution redoutable de patience et d'attente, quant à la suite que je vais donner aux mots "ça" et "va".

En fait, j'ai honte. Terriblement. J'aimerai me trouver six pieds sous terre. Sentant que je n'ai pas le choix si je ne veux pas y passer la nuit, je prends mon souffle et me lance dans l'élaboration de plusieurs phrases :

-"J'ai mal, mais je n'ai plus de nausée. Euh....en fait, je ne sais plus trop ce que je vous ai raconté en bas à la salle de réveil, mais il me semble que je vous ai insulté....j'espère que vous voudrez bien m'en excuser. Hum...j'ai franchement honte, mais..je ne me souviens plus de mes mots..."

Le Dr Storm me coupe net :

-"Oh vous savez, cela n'a aucune importance. D'ailleurs, je ne m'en rappelle plus non plus, c'est une réaction, un reflex, c'est tout !".

Menteur. Et quelle horreur ! Devrais-je rester toute ma vie avec cette mémoire à trous, cette partie de mon intimité que je n'ai pu maîtriser, ce n'est pas possible, il ne va pas me laisser avec un tel point d'interrogation ! Si !
Il ne me reste plus qu'à espérer que cette amnésie partielle s'estompe au fil des jours.

Le Dr Storm reprend la parole :

-"Comme je vous l'ai expliqué avant l'intervention, il y a avait de fortes probabilités que je ne puisse abolir toute la partie malade en une seule fois. L'opération s'est très, très bien passée, vous avez perdu un peu plus de sang que prévu, mais j'ai pu reconstituer votre col sans problème, et vous savez...il est vraiment petit ! Nous attendrons donc la cicatrisation, puis hop, une petite conisation au laser et nous pourrons alors définitivement supprimer cette petite zone restante. Maintenant le plus gros est fait, je suis vraiment content !".

J'accuse le coup un peu tristement. J'avais espérer secrètement qu'une seule conisation suffirait, je me sens encore plus fatiguée, mais je garde confiance en lui.

Pourquoi finalement ? Tout simplement parce que j'aime sa façon de me parler franchement, de me regarder droit dans les yeux, il sait où il va et je le ressent très nettement.

Jean est plus navré que moi, comme s'il se sentait coupable de ne pas avoir à subir ce qu'une femme doit accepter de supporter.

Je sens qu'il admire ma réaction résignée et cela me fait du bien.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 4 Sep - 16:04

-"Bon, je vais vous ausculter. Il faut juste qu'au préalable je vous enlève une petite mèche de coton que j'ai du vous placer pour stopper votre hémorragie...Je vais la saisir depuis votre vagin, on va y aller doucement, cela vous fera un petit peu mal, mais ça ira !".

Ca ira il a dit...c'est sûr, notes qu'il n'a pas dit pour qui "ça ira" !

Alors qu'il commence doucement à tirer le bout de tissu, en guettant d'un oeil mes réactions, j'ai soudainement l'impression qu'il est venu saisir mes amygdales et qui les traînent sadiquement en tirant dessus tout le long des mes organes jusqu'à mon vagin !
Douleur ? Mot trop faible. Douleur incroyablement aigüe, oui !

J'ai du blanchir et des gouttes de sueur froide coulent le long de mes tempes. Je regarde Jean, qui n'a pas l'air de se trouver en meilleur état que moi..

Le Dr Storm s'arrête et plaisante d'un ton jovial mais pourtant ferme, histoire de nous secouer un peu :

-"Ah, ah monsieur ! Alors ça va pas ? C'est vrai ce que l'on dit ?! Plus les hommes ont l'air costaud, moins ils supportent la vue du sang ?"

Jean réagit et moi aussi, on plaisante sur le sujet, en serrant les dents pour ma part et en étouffant des murmures de jurons non retranscriptibles, pendant un temps qui m'a semblé incroyablement long, la "petite" mèche mesurant au moins...trente centimètre dépliée.

Fini. Remise de mes émotions, je me rends compte qu'il est plus de vingt-heures, tout le monde est fatigué, Jean m'embrasse très tendrement et me laisse à contrecoeur passé ma première nuit toute seule, dans la cage aux lions.

Toute seule, non. Orphée est encore là, elle me veillera régulièrement jusqu'à l'arrivée de son collègue.

Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
odile
Rogne pied d'argent
Rogne pied d'argent
avatar

Messages : 1202
Réputation : 6
Date d'inscription : 25/01/2010
Age : 55
Localisation : Versailles

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 5 Sep - 22:44

Ton récit est magnifique, let. Que tu oses enfin nous le devoiler, me remplit d'émotions impossible pour moi à décrire. Coté proféssionel, ce récit ferait un tabac en librairie. Si un jour tu te décides à puplier ton "manuscrit", je serais la première à le proposer aux lecteurs de ma bibliothèque, non parceque tu es mon amie (et encoren ça c'est un superbe raison) Mais parceque tu as un magnifque style d'écriture qui je suis sur leurs plaira énormément.
Revenir en haut Aller en bas
letback74
Fer de platine
Fer de platine
avatar

Messages : 4201
Réputation : 6
Date d'inscription : 22/01/2010
Age : 55
Localisation : nomade

MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 5 Sep - 23:26

Embarassed ton compliment me va droit au coeur odile, surtout pour une "sang-mêlée" d'helveto-franco-italiano-germanophone....
mais ce n'est pas le but. Like a Star @ heaven
Revenir en haut Aller en bas
http://www.aupaysdeletback.com
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   

Revenir en haut Aller en bas
 
Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 4Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
 Sujets similaires
-
» Ma puce ne fait pipi que dans sa couche
» j'ai fait un chapeau !
» l'union fait la force 'a Meknes
» titre du signataire (sommaire 24)
» le fromage fait maison

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A cheval ferré ou paré, toutes les questions  :: ... LE PUB :: Conversations de comptoir et bla bla bla ...-
Sauter vers: