A cheval ferré ou paré, toutes les questions

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 Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)

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letback74
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 6 Sep - 0:36

CHAPITRE VI

Cette satanée tête me tourne toujours. Tant pis, je laisse mon lit tanguer, m'arrime correctement aux draps et exerce mon cerveau aux souvenirs.

Je commence donc à trier, ranger, épousseter tous les évènements de la journée et essaie de les arranger harmonieusement dans l'antichambre de ma mémoire.

Fixant le plafond couleur crème de ma chambre, je me souviens qu'Ariette, puis deuxième papa m'ont téléphoné chacun à leur tour, ainsi que ma soeur Laurie.
C'était il me semble peu après mon réveil et je ne sais pas trop ce que j'ai bien pu leur dire...oh ! Ce n'est pas grave, ils me rappelleront bien demain.
Leurs voix timides et maladroites m'ont émues; mon père est passé, je ressent sa présence. Nous avons du parler, mais de quoi ? Je n'arrive pas du tout à situer le moment de sa visite.
C'est étrange, j'ai l'impression qu'une matière épaisse et molle à la fois se meut dans les couloirs de mes souvenirs et m'empêche d'avancer plus loin.

Hier à la même heure, j'avais enfin diné et terminé toutes les tâches que je m'étais fixée, afin que Jean n'ait à manquer de rien pendant mon absence, le pauvre...je lui ai seriné encore et encore toutes les choses à dire et à faire, à ne pas oublier.
Je m'étais barricadée jusqu'au bout derrière mes préoccupations domestiques et professionnelles, interdisant farouchement tout passage à d'éventuelles angoisses, doutes ou tout autre vision négative.

La nuit fut plus difficile à combattre. Sournoise, elle tapait de son doigt noir la porte de l'imagination.
J'avais pourtant pris soin de cacher la clef, mais mon subconscient tentait par traitres murmures d'en révéler la cachette au chef du Royaume des Rêves.
Résultat, le peu d'heures de sommeil que j'ai pu glaner à l'issue de ce combat épuisant, furent absolument cauchemardesques.

Pourtant au matin, Jean fut surpris de me retrouver calme, posée et résignée, alors qu'il avait lui-même joué à Lancelot du Lac durant toute la nuit.
Mon sommeil finalement avait drainé ma peur, l'avait comme filtrée aux travers des cauchemars et même mes genoux avaient enfin cessés de trembler.
Jean m'a emmenée à la clinique et j'y suis arrivée totalement sereine.

Il me semble que c'était il y a déjà un bon siècle.

Misère, en fait je ne dois pas être à la clinique là, mais sur le paquebot France, par forte houle en plein milieu de l'Atlantique. Toute la pièce vacille et le matelas fait mine maintenant de vouloir m'aspirer au tréfonds de ses ressorts, je m'enfonce, je pèse une tonne.
Je sens que j'ai un truc métallique scotché au bout d'un doigt et je tapote dessus, dans le secret espoir que cela déclenche le gonflage d'une bouée hypothétique qui ferait "plop" en surgissant du dessous de mes draps.

En lieu et place, Orphée arrive dans la chambre et me surveille du coin de l'oeil :

-"Alors mademoiselle G, ça va ? Dis donc, on ne peut pas dire que vous ayez beaucoup de couleurs vous ! Vous avez mal, dites-moi, comment vous sentez-vous ?"

Sa voix se veut joviale et énergique, mais trop douce, je sens qu'elle est quelque peu surprise par mon teint livide.

-"La douleur se calme, mais j'ai des vertiges et je me sens..toute molle. Peut-être la fatigue, c'était une longue journée...pire que le boulot !".

Je m'essaye à la plaisanterie, toutefois j'entends ma voix plutôt éteinte, comme atonale et fluette et au même moment, je sens comme un jet se propulser hors de mon vagin, suivi d'une désagréable sensation de liquide chaud coulant entre mes cuisses.

-"Oups..Je crois bien que j'ai une fuite ! Je suis désolée mais je ne l'ai pas senti venir...oh je suis navrée Orphée !".

Je suis tellement gênée, je sais qu'elle a bientôt terminé son service et la honte m'envahit de ne pouvoir me changer moi-même.

Orphée rejette les draps et dédramatise l'incident :

-"Eh bien ! On est partie pour changer l'alèse, la chemise de nuit et le drap de dessus, on ne va tout de même pas vous laisser dans du rouge ?! Le blanc c'est plus joli, non ?".

Elle me fait un clin d'oeil et appelle une collègue.
Je fais alors mine de me lever, mais Orphée m'en empêche prestement :

-"Ah non ! Vous restée couchée, ce n'est pas le moment de bouger ! Mais ne vous en faites-pas, c'est normal. Le Dr Storm vous a ôté la mèche ?".

-"Oh oui ! Je l'ai bien sentie celle-là !".

-"Ma pauvre, je sais que cela est douloureux. Vous savez, vous risquez de perdre encore un peu de sang, alors vous appelez, on est là pour ça, ne vous inquiétez pas, tout va bien".

Comme une enfant, je me laisse laver, mon corps me semble tout à coup bien misérable, transformé en pantin manipulé, oh que j'aimerai tant qu'il ne soit pas le mien.

Orphée perçoit ma gêne et ses yeux me regardent tout sourire :

-"Allez, on est entre femmes, ne vous faites pas de souci, ce n'est rien du tout, j'ai l'habitude, d'accord ?"

-"Oui, mais pas moi ! Je suis tellement navrée, vous deviez partir et pouf ! C'est comme quand j'étais petite, je tombais toujours malade le jeudi, le dimanche ou les jours fériés et il n'y avait jamais de médecin nul part !"

Elle rit et me presse l'épaule tendrement :

-"Voilà ! Vous êtes toute propre..et je vais rester un peu jusqu'à ce que le veilleur de nuit arrive. Tiens ! Je vais prendre votre tension...Moouiis, c'est pas très haut ça..mais après une bonne nuit et un solide petit déjeuner, ça ira mieux, j'en suis sûre !".

Elle me propose de me donner un calmant pour m'aider à dormir, mais à ma grande surprise, mon instinct me dicte la réponse :

-"Ben...je ne voudrais pas faire la difficile, mais je préférerai ne rien prendre, si c'est possible. Vous voyez, si je devais avoir d'autres...petites fuites, j'aimerai pouvoir sonner et en plus, je me sens tellement droguée...que j'aimerai assez ne pas en rajouter".

Avant son départ, j'ai dû appeler au moins trois fois et Orphée s'est occupée de moi, patiemment, presque maternellement, toute douceur et sourires, en me confiant à demi-mots qu'elle savait, parce qu'elle aussi était passée par là, devenant ainsi un peu complice.

Je ne lui ai même pas demandé ce qu'elle avait eu exactement car cela ne me regardait pas et puis, bien trop épuisée pour tenir une véritable conversation.
Mais elle m'avait apaisée et j'envisageais la nuit d'une manière moins angoissée, apte à réagir à la moindre alerte intempestive, sans peur.

J'étais prête à plonger dans un sommeil puissant et opaque, sans rêve, de ceux qui nous saisissent lorsqu'on veut oublier ce que l'on ne veut plus se souvenir.

Avant de sombrer complètement dans cet océan sans vague, Orphée est venue me dire au revoir, m'avisant que le veilleur avait le numéro d'appel du Dr Storm, que ce dernier était un des meilleurs médecins qu'elle connaisse et que je n'avais pas de soucis à me faire.
Elle m'a pris la main et la serrée bien fort dans les siennes.

C'est la première fois de ma vie qu'en si peu d'heures il m'ait été donné de rencontrer une personne alors totalement inconnue, qui m'ait offert autant de bonté et en qui j'ai eu résolument confiance.
Un courant était passé entre nous, sans que nous nous en rendions compte vraiment, il faudra des années d'évènements pour que cette amitié se déclare.




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Sarah
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 6 Sep - 9:40

...
Les rendez-vous, l'attente des résultats, le courrier qui vous dit de prendre rdv "rapidement" au vu des résultats des examens... Le diagnotic... Le coup d'assomoir... La solitude du moment... la peur... comment le dire... quels mots choisir... à qui le dire... je vais mourir d'un cancer à cause d'un virus qui s'appelle papillotrucmachin à 34 ans... La révolte, l'injustice, l'incompréhension... la peur, encore... Le regard de fifille, 11 ans... L'hospitalisation... l'opération... le réveil... ça a marché ? dites moi que ça a marché ?... la douleur... la peur encore et encore... la convalescence... l'angoisse du 1er rdv de contrôle... l'attente des résultats... ça fait 4 ans que j'ai peur d'ouvrir la boîte aux lettres pendant 10 jours après chaque frottis chez mon gynéco...

Wahou... je croyais tout ça bien enfouit et enterré... pas tant que ça en fait...

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 6 Sep - 14:28

...n'est-ce pas ? Neutral
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 6 Sep - 15:56

Je fis hélas très rapidement connaissance avec le veilleur de nuit.

Endormie en l'espace d'une heure, me voilà entrain de rêver tout-à-coup que je me trouve sous les tropiques, envahie par une chaleur torride et terriblement humide. Tout me colle désagréablement à la peau.
Je suis si mal que cela me force à me réveiller. J'ai compris.
Je ne m'inquiète pas plus que cela, mais la seule chose qui me dérange vraiment à cet instant-là, c'est que j'avais entendu parler d'un veilleur, et non d'une veilleuse de nuit.

Soulevant mon drap et apercevant l'étendue des dégâts, je soupire profondément et me résigne à sonner.

-"Mademoiselle G, bonsoir. Que se passe-t-il ?". Il a l'air gentil, plus vieux que moi. Bon point. Moins dérangeant.

-"Euh...je crois que j'ai une petite fuite, je suis désolée..".

-"Oh, mais vous auriez dû m'appeler plus tôt vous savez, il ne faut pas hésiter à sonner, je vous apporte le pot".

Il le fait exprès ou quoi ?!

-"Non, mais quand je dis fuite...je ne veux pas dire que j'ai fait pipi au lit ! J'ai une petite hémorragie !".

Je sens que je rougis franchement. J'aurai nettement préférer être frappée d'une soudaine incontinence, cela m'aurait moins gênée.
Mais là, quelle horreur, je me retrouve avec un homme qui devra me laver, me changer, me mettre une serviette hygiénique et cette absolument renversante culotte en plastic, et pire que tout, voir mon sang ?!
Même mon homme n'a jamais vécu ça !

J'aimerai me retrouver six pieds sous terre, enfouir ma tête dans le sable comme une autruche, lui dire de ne pas me toucher, j'ai envie de crier et je tire le drap jusque sous mon menton, l'agrippant fortement d'un air méchant, prête à mordre sa main si elle s'approchait de trop près. D'un ton peu agréable, je lui lance :

-"Eh mais, il y a bien une femme qui peut s'occuper de moi, non ? Vous n'allez pas, enfin...il n'y a vraiment que vous dans toute la clinique ?".

C'est vrai ça ! Une femme, n'importe laquelle, une aide-soignante, une femme de ménage, la directrice, une réceptionniste, n'importe laquelle je m'en fiche. Elle saura s'occuper de moi, mais un homme ? Que peut bien faire un homme en pareille situation, ce n'est pas possible, voilà tout !

Une extrême mauvaise foi m'envahit. Pire, elle ne m'étouffe même pas.
J'arrive même à me convaincre que d'avoir un gynécologue-mâle n'a strictement rien à voir avec l'instant présent.
Un gynécologue, lui, ne fait que regarder et...tâter oui, mais je ne saigne pas pendant le temps de la consultation d'abord, donc il travaille dans du propre.
Ce n'est pas la même chose.
Bon d'accord...il a bien fallu qu'il touche à mon sang pendant l'opération, mais là c'est normal, il s'était transformé en chirurgien.

Du coin de l'oeil, l'air oblique, je regarde à nouveau ce veilleur qui derrière un sourire interrogateur de patience, laisse tout de même filtrer une expression résolue à m'aider.

Je me mors les lèvres..je me sens coinçée, je remets à plus tard l'ingestion d'un bout de sa main..il faut que je marchande :

- " Vous avez fait ça souvent ?".

Il s'assied alors au bout de mon lit :

-"Ecoutez mademoiselle. Je devine ce que vous ressentez, je suis un homme, mais avant tout un infirmier, d'accord ? Vous savez, pour moi du sang, c'est du sang et c'est tout. J'ai l'habitude, c'est mon métier. Tout se passera bien, vous verrez."

Je tords la bouche dans un rictus des plus élégants et me laisse convaincre sous conditions :

-"Bon, si j'ai bien compris, je n'ai pas le choix ! Alors d'accord, mais j'aimerai au moins me laver moi-même et remplacer ma serviette, ça marche ?"

-"Si vous y arrivez, pas de problème ! Vous vous soulevez sur un coude, mais ne bougez pas trop et interdiction de s'asseoir, sinon ça coulera encore plus !".

Entièrement satisfaite du contrat, je souris, soulagée. Top-là, nous commençons donc à nous attaquer à mes petits problèmes.
Il me tend des compresses stériles, une bassine pleine d'eau, une serviette, puis il se charge de me déshabiller, me changer et remplacer l'alèse.
Nous avons pu tenir cette complémentarité de rôles environ trois ou quatre fois jusqu'au milieu de la nuit.
Je sonnais, il arrivait aussitôt et me lançait en rentrant dans la chambre :

-"Allez, on y va, au boulot !".

Je lui disais que j'avais la chance d'avoir un infirmier particulier et que j'espérais qu'il n'aurait pas à faire à deux patientes comme moi au cours de cette nuit !

-"Bah ! Au moins, il y a de l'action ! Quelques fois les nuits sont longues. Et puis, on peut papoter un peu ! Allez, je vous dis à tout à l'heure."

Je me sens bien à vrai dire. J'ai l'impression d'être totalement détendue, tout le stress accumulé avant l'intervention a disparu miraculeusement. Un peu fatiguée, mais tellement bien.

Tiens, minuit passée. Plus que sept heures avant le petit déjeuner, ça c'est cool !
J'aurais du jus d'orange, du café, des petits pains au lait, comme à l'hôtel ! Pas besoin de bouger, on vous apporte tout ça sur un plateau, les vacances quoi !

Oups, ce coup-ci il me semble que le jet s'est transformé carrément en geyser, aïe, bonjour les dégâts...vraiment je ne l'épargne pas ce pauvre veilleur.

Il arrive tout sourire et me plaisante :

-"Encore ! Mais vous ne pouvez plus vous passer de moi ma parole !".

-"Heu...non...en fait, c'est encore pire que les autres fois, mais pas de panique, je me sens bien ! "

-"Ah...bon. Pour limiter les dégâts, on va mettre le pot. Vous arrivez à soulever vos reins ? Doucement, voilà..."

Lorsqu'il enlève l'ustensile, nous sommes tous deux franchement impressionnés par la quantité de sang qui s'y trouve.

Je lui suggère calmement :

-"Il faudrait peut-être appeler le Dr Storm, vous ne croyez pas ? Parce que si ça continue comme ça, on va me retrouver demain matin aussi épaisse que mon drap et...de la même couleur !".

-"Ce qui est sûr...c'est que vous ne perdez pas le sens de l'humour, vous !"

-"Jamais. Humour noir...ou blanc...ou plutôt rouge ! Ca sauve ! Bon, on fait quoi là ?"

-"Je vais jeter un coup d'oeil à votre dossier, il y a des injections que je peux vous faire, les instructions laissées par le Dr Storm sont très précises. Ne vous inquiétez pas, je reviens."

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'inquiétude justement, ne fait absolument pas partie de mon état d'esprit actuel. Une paix étrange m'envahit, je n'ai pas mal, je suis bien.

D'injections en bassines, le rythme et la quantité s'accélèrent nettement.
Je sais que le Dr Storm a été prévenu, mais il ne vient pas.
Donc je me dis qu'il y a deux possibilités : Soit il pense qu'il ne peut rien faire, que du temps d'arriver cela sera trop tard...soit il est parti passé une nuit mémorable chez sa maîtresse et qu'il est injoignable.

De toute façon, je m'en fiche éperdument ! Quelle importance ?
J'ai eu la chance de voyager à travers le monde, j'ai une vie sentimentale et professionnelle bien remplie, que demander de plus ?
Ma foi, si c'est l'heure, c'est l'heure et mourir si légèrement, franchement, c'est le top !

Je me sens juste triste pour Jean. Après sept ans de vie commune, cela va être dur pour lui, mais je chasse aussitôt cette idée de mes pensées, je ne veux pas de point négatif, je me sens trop bien pour assombrir mon esprit.
Et puis, je dois aider l'infirmier, il a l'air de plus en plus angoissé, il faut que je le rassure :

-"Vous savez, je n'ai pas peur, on fait ce que l'on peut et on verra bien !".

Il m'adresse un sourire crispé; Il sait que malgré que je sois dans un état totalement conscient, mes réactions euphoriques et dépourvues de tout sens réel prouvent un certain manque d'oxygénation de ma petite cervelle.
Pourtant aussi étrange que cela puisse paraître, de ça aussi j'en suis consciente.

Il me tend à nouveau la bassine, d'un air fataliste et résigné.




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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 6 Sep - 16:46

Bientôt six heures du matin.
Mon instinct et mon corps me murmurent subitement que c'est fini, il n'y aura plus de sang, je peux enfin dormir tranquille.
J'appelle le veilleur une dernière fois et lui annonce triomphante :

-"Voilà, c'est terminé ! Vous pouvez aller vous reposer, ça ne coule plus ! Moi, je vais dormir un peu".

Mon air détendu et dégagé ne l'a pas vraiment convaincu. Il me regarde sans doute surpris par une telle assurance et ne répond rien.

A sept heures tapantes, le Dr Storm rentre dans la chambre, les traits tirés, en bougonnant :

-"Eh bien mademoiselle G, vous nous avez fait quoi cette nuit ?".

-"Ah docteur ! Heureuse de vous voir. J'ai passé une nuit des plus hémorragiques, si l'on peut dire...Le veilleur a été sensationnel, vous savez ? Tiens, vous allez l'air plus fatigué que moi ?"

-"Evidement, cet infirmier m'a téléphoné toutes les heures ! Il a un peu paniqué je trouve, c'est normal que vous perdiez un peu de sang !".

Je sursaute de ma toute dernière énergie, je suis outrée, scandalisée, vexée :

-"Un peu de sang ! Je n'ai pas réussi à compter le nombre de bassines, ni de chemises de nuit, ni de...."

Il me coupe, un petit sourire flottant aux lèvres, ravi d'avoir réussi à me taquiner. Il prend ma main dans les siennes et tout en me la tapotant :

-"Allons, allons tout va bien maintenant, non ? J'étais occupé hier soir : Appelé en urgence pour un accouchement très difficile et particulièrement pénible, j'ai opéré toute la nuit, branché sur l'interphone pour répondre à votre infirmier toutes les heures. On supervisait très bien la situation. Mais...vous nous en avez fait voir !"

Je le regarde alors, une petite étincelle d'amusement flottant dans mes yeux...j'étais prête à lui ruer dans les brancards, m'insurgeant sur son manque de considération, de conscience professionnelle, en plus mon élucubration de soirée torride avec sa maîtresse tombe piteusement à l 'eau...

Mince, ma pauvre Let, tu ne changeras jamais ! Démarrage au quart de tour, en plein côte, sans recul aucun.

Je ne peux pas rire, cela avouerait mon échec. Mais je dois reconnaître que j'en ai bien envie. Il m'a eue.

Un peu plus tard, le veilleur est venu me dire au revoir, alors que je m'endormais paisiblement.

Je n'ai jamais su son nom, ni goûté à mon fameux premier petit déjeuner.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 7 Sep - 15:23

CHAPITRE VII

24 décembre 1993.

Je n'ai pas eu de règles depuis l'opération du trois novembre, ça, c'est le côté agréable.

Le versant sombre lui, est un peu raide à escalader.

Je me sens bizarre, tiraillée entre une tristesse pesante et adipeuse, sorte de gigantesque toile d'araignée dans laquelle je suis venue m'échouer, et un sentiment de gratitude immense.

Un amour de la vie, des petits riens gonflés de beauté, fouler des feuilles d'automne toutes craquelantes dans leurs teintes rougeoyantes, humer l'odeur musquée de la terre campagnarde lors d'une promenade, capter un sourire, entendre un rire, et apprécier l'autre, emprunt d'amour et de patience, chaleureux et câlin. Une gratitude à la vie.
Et l'envie presque un besoin de servir cette vie, confusément, étrangement, remercier.

Ce soir nous avons décidé Jean et moi, d'aller dîner au restaurant. Pour nous retrouver tranquillement.
Mes parents son partis en vacances, nous verrons la famille de Jean demain et Fanny est chez sa mère.

Nous n'avons pas réservé et à notre grande surprise, aucun restaurant n'est ouvert. Nous n'avions pas pensé à ça, évidemment le soir de Noël, complètement à côté de la réalité !

Toutefois en passant devant la gare, nous constatons que le buffet est ouvert.
Endroit lugubre, énorme, crûment éclairé par des néons, nous ne nous décourageons pourtant pas.
Jean m'encourage à y entrer et me dit avec un sourire crispé :

-"C'est pas vraiment un palace, mais...avec un peu d'imagination..et puis, il paraît que l'on mange plutôt bien dans les buffets de gare, non...?!".

-"Euh...de toute façon, j'ai faim et puis j'en ai marre de marcher...j'ai un peu mal au ventre, alors on s'installe !".

Tout de même un peu pomponnés pour l'occasion, nous faisons un peu tâche parmi les dizaines de personnes présentes.
J'essaye de rester naturelle et de garder un air dégagé, ne voulant pas dévisager les autres convives.
Le nez dans ma carte, je m'applique à lire les plats proposés avec une concentration assidue.
Pourtant, j'entends une voix provenant de la table d'à côté qui répète sans cesse les mêmes paroles :

-"Bonsoir, bonsoir, bonsoir, ça va bien, ça va bien, ça va bien, je suis venu pour manger, pour manger, pour manger...". Voix monocorde, doucement rythmée.

Malgré moi, je glisse un oeil hors de mon texte et aperçois un homme âgé d'une vingtaine d'années, qui me sourit furtivement, puis fixe obstinément son assiette, en balançant le haut de son corps comme un pendule.
Il essaye de maîtriser ses mains et ses avant-bras, agités par de petits mouvements saccadés de gauche à droite.
Et plus sa concentration est forte, plus ses gestes s'accélèrent.
Une petite faille commence à mordre mon coeur.

Toujours voilée derrière ma carte, je risque un rapide regard circulaire.
Plus loin, il y a une famille. Les parents et deux enfants en bas âge. Le couple est très jeune, tous deux mal habillés, la femme est maigre et pâle. Les enfants ont les cheveux en bataille, pourtant leur frimousse est littéralement éclairée par un magnifique sourire.
Pour eux, les sorties en famille doivent être plutôt rares et peut-être que de pouvoir manger à l'abri et au chaud est déjà en soi une absolue félicité. Bonheur furtif de quelques heures.

Au fond de la salle, il y a un couple âgé. Ils ne se parlent guère et leurs yeux sont vides ou épuisés, mais ce soir ils sont ensemble.
A droite, un homme seul face à sa bière, puis un autre, derrière lui.
Dommage, s'ils avaient été assis face à face, ils auraient pu se rejoindre à la même table et partager leur solitude.
A gauche, une dame toute échevelée échange quelques paroles avec une autre assise à la table voisine.

Là-bas, il y a un monsieur qui mange des frites, vêtu de trois manteaux, l'un n'étant sans doute pas assez chaud, l'autre tout troué, devant réchauffer le premier et dernier, cacher tous les trous du deuxième.

Je regarde Jean avec des yeux de cocker larmoyants, la bouche grande ouverte. Mon coeur est cette fois-ci littéralement lacéré.
Il s'inquiète :

-"Si tu veux partir, on y va, ce n'est vraiment pas gai par là...".

Mais la serveuse arrive, munie d'un large sourire coupant court à nos hésitations :

-"Alors m'sieur dame, et pour vous, ça sera quoi ?".

A vrai dire et malgré mes efforts, je n'ai pas vraiment lu la carte, mais à tout hasard, je vois qu'il y a de l'agneau :

-"Euh..les côtelettes d'agneau, elles sont servies avec quoi ?"

-"Oh ! Je vous les déconseille, trop grasses !"

A son tour, Jean se lance bravement :

-"Et le chateaubriand, ça va ?"

-"Ah non ! Y a que le nom qui est appétissant !"

Vision : "Le Père Noël est une ordure"...J'ai le chic pour ça !
Prise d'un fou rire totalement incontrôlable face à cette soirée si misérable, j'essaie tant bien que mal de me cacher entièrement derrière ma carte, tellement j'ai honte de rire dans un lieu pareil.
J'ai si peur de blesser quelqu'un et, pour couronner le tout, alors que je n'arrive absolument pas à réprimer mes rires, bien au contraire, de grosses larmes coulent maintenant sur mes joues.

Jean n'ose plus croiser mon regard et lance d'une voix plate et détachée, en articulant bien :

-"Bon....et bien...ça serait plus simple de nous conseiller, non ?".

-"Si vous voulez digérer votre repas, je vous recommande le poulet-frites ou l'entrecôte-frites, sorti de là...sans garantie !".

Tant pis, je ne cherche même plus à me retenir, de toute façon je n'y arrive pas, là, j'explose de rire.
Et puis cela me fait du bien, car mes douleurs au bas ventre deviennent de plus en plus aigües.
Jean a honte, je le vois bien, il n'a jamais réussi à comprendre le sens même de l'humour noir.

Notre voisin de table sursaute et finalement ri aussi; l'espace d''un instant, son pauvre corps cesse de jouer à l'horloge.
Maintenant autours de nous, les gens parlent plus fort, peut-être pour couvrir mon rire, et certains plaisantent.
Cet endroit gris et inerte reprend goût à la vie.

Je les regarde tous avec un large sourire, haussant les épaules en guise d'excuse, mon coeur se recolle et à cet instant précis, franchement heureuse, je m'adresse à Jean :

-"Tu sais, Noël, c'est fait pour ça après tout ! Essayer de communiquer un peu de bonheur et de gaieté à des êtres qui n'ont pas beaucoup de chance...Ce soir Jean, on est là pour ça !".

Jean, que j'ai transformé en statue du musée Grevin, commence à se détendre :

-"J'espère juste que l'on ne passera pas le reste de la soirée à l'hôpital, à cause d'une intoxication alimentaire..."

Et ce coup-ci enfin, il rit avec moi.

Un père Noël à la robe défraîchie et la barbe de travers vient s'enfiler une bière et déambule entre les tables.
Un petit sourire, deux ou trois plaisanteries, il est présent, avec ces gens, il réconforte comme il peut sans affliction, ni pitié. Simplement là.
Tous le monde relève la tête, échange quelques mots avec lui, les enfant sont ravis et nous aussi.

Mes douleurs sont de plus en plus violentes, elles sont si fortes qu'elles me coupent le souffle. Jean lui, mange de bon appétit et s'inquiète de mon teint soudain devenu blafard :

-"Ca ne va pas, qu'est que tu as ?"

-"Oh rien du tout, ce n'est pas grave. Je crois que je devrais à nouveau avoir mes règles, mais du temps que la machine se remette en route...pas évident ! Mais ne t'en fais pas, je suis fermement décidée à passer une bonne soirée !"

Un élan d'amour emplit tout mon être. Oui, franchement, j'ai atrocement mal, mais je suis presque fière de pouvoir partager en quelque sorte cette infernale incertitude avec mes voisins de table.
Eux souffrent de pauvreté, d'abandon et moi, d'un cancer.
Et à cet instant précis, je mesure l'énorme chance d'être aimée, entourée, d'avoir un toit et un travail et je m'adresse à Celui qui est en haut, lui demandant que toutes ces personnes soient au moins épargnées par la maladie et Le remercie de m'avoir donné cette soirée.

Nous sortons du restaurant en saluant nos proches voisins, qui nous gratifient de chauds sourires merveilleux, nous offrant ainsi la sensation profonde que nous nous devions d'être là ce soir parmi eux. Merci à vous tous, inconnus.

J'ai tellement mal que je n'arrive pas à me redresser complètement, mais lorsque nous franchissons le seuil de la gare, de gros flocons nous accueillent, tombant silencieusement du ciel recouvrant tout ce noir d'un manteau d'espoir.

Alors, je m'efforce de me tenir bien droite et de marcher d'un pas assuré, afin de mériter tout cela.

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 14:56

je me décide suite à vos témoignage, car une question me taraude depuis quelque temps...........

Le fameux vaccin pour nos filles, il faut le faire ou pas ???? moi, j'étais pour, mais maintenant, on nous dit tant de choses négatives avec le recul.... (comme le Médiator, le produit pour l’ostéoporose....).

Ma fille arrive à l'âge où il est conseillé de le faire, et je ne suis plus sure de mon choix..... No

Les filles, je vous embrasse fort, et que cela vous donne l'énergie que vous avez besoin, quand vous en aurez besoin........
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Sarah
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 15:10

Ma fille a plus ou moins le même âge que la tienne, et je me suis également posée la question...

On en a parlé avec Laeti, je lui ai parlé du virus, de ce qu'il pouvait (ou pas) déclencher, des traitements, des évolutions possibles, y compris le fait que cela pouvait provoquer un cancer dont le traitement serait lourd et incertain. Je lui ai également parlé de la conisation du col, de l'ablation de la matrice, bref j'ai été le plus claire possible en essayant de ne pas diminuer les risques liés au Papillotrucchose virus. Puis je lui ai parlé du vaccin, du manque total de recul sur ses éventuels effets secondaires (et effets tout court d'ailleurs). Je lui ai dit aussi qu'à titre personnel, j'étais plutôt contre les vaccins mais que là, c'était son choix et qu'il ne fallait pas qu'elle s'occupe de mes avis réactionnaires ! lol !

Bref on a discuté, elle s'est renseignée de son côté auprès des copines, elles en ont discutés même avec un enseignant... et elle n'a pas voulu du vaccin, comme la majorité de ses copines.

Îl était important pour moi qu'elle soit associée, voire qu'elle décide elle-même, vu qu'on a aucune idée de l'incidence que ce vaccin pourrait avoir dans 10 ans, ni de son efficacité...


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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 16:36

je crois sarah que tu as répondu exactement comme je l'aurais fait.
Il serait déjà décrié en france..pourquoi ? par qui ? et l'est-il à tort ou à raison ?
je pense qu'il est préférable en tous les cas de demander l'avis de plusieurs médecins. Car ils ne seraient pas tous forcément pour.
Et ensuite, de tout poser devant soi et y réfléchir.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 16:37

CHAPITRE VIII

1994. Aux premières minutes de la nouvelle année, le bouchon de champagne fait plop.
Un verre de petites bulles à la main, je dresse silencieusement ma liste de bonnes résolutions. En fait, elle est très courte, il n'y figure qu'une seule chose, cette année j'aurai un enfant.
Pour le surplus, la liste de mes défauts de caractère est bien trop longue a dresser pour tenter pour la xième fois de ma vie de m'essayer à les corriger, je n'en ai pas envie. De toute façon, je ne m'y tiens jamais.

Je regarde Jean et nous nous embrassons, sorte de marque d'amour désespéré, un baiser qui tente fiévreusement de gommer les évènements de ces derniers mois.

Je suis très impatiente car dans quatre jours, j'aurais rendez-vous avec un cancérologue, le Dr Faure.
J'ai confiance envers le Dr Storm, mais à chaque fois que je lui pose des questions précises sur mon cancer, au sujet des traitements existants éventuels, des risques encourus pendant la grossesse, que sais-je encore, des suites prévisibles postnatales, je n'ai droit qu'à des réponses avares, dépourvues de détails.

Peut-être parce qu'il ne veut pas m'alarmer, ou parce qu'il sait que dans ce genre de cas, on ne peut qu'avancer à petits pas, selon l'évolution.

Et puis je dois bien avouer qu'il m'intimide. C'est un trait de caractère que je n'avoue pas volontiers. Cette timidité n'est pas constante, mais suivant mes interlocuteurs, il n'y a rien à faire, blocage je pile, ils m'intimident.
Dans ces moments-là du coup, je perds mes moyens. Alors même lorsque le Dr Storm se décide à m'éclaircir sur quelques aspects concernant cette affection virale, quand je quitte son cabinet, rien à faire, ses explications s'envolent comme un courant d'air.

Ce phénomène m'irrite au plus haut point et c'est avec un agacement plus que certain que je me dis que ma cervelle doit être bien trop petite pour contenir toutes ces informations ou alors...que je souffre du syndrome du patient ignare !

En outre, la situation est bien claire pour lui. Il n'existe pas trente-six-mille possibilités : Je tombe enceinte le plus rapidement possible, j'accouche et ensuite, on n'en parle plus.

Oui, c'est cela Dr Storm...Seulement voilà, j'ai dû vouloir un enfant au moins quarante fois du moment que j'ai appris mon mal, mais également décidé de ne pas en avoir trente-neuf autres fois, si ce n'est pas quarante-et-une.

Jean et moi avons peur de ne pouvoir l'assumer financièrement, nous avons contracté une lourde hypothèque, la ferme n'est actuellement que tout juste habitable même pour nous, pourtant fervents adeptes du camping...à la ferme !
Nous travaillons et vivons en ville durant la semaine et tous nos week-ends, jours fériés et vacances sont réservés exclusivement aux travaux.
Alors exilés dans nos montagnes, armés jusqu'aux dents de pelles, pioches, marteaux, nous cassons, vidons, rebâtissons, imposant des kilomètres au pneu de la brouette, emmitouflés jusqu'aux oreilles de plusieurs couches d'habits d'une élégance des plus douteuse, afin de résister au froid local.

Durant l'hiver, nous chauffons deux petites pièces habitables à l'aide d'un fourneau à bois, du vendredi soir jusqu'au dimanche, ce dernier jour nous laissant enfin profiter d'une large chaleur de 15 à 17 degrés, avant notre retour pour la ville.

Accueillir un enfant dans un environnement pareil, laisse présager à coup sûr de fréquentes visites chez le pédiatre, à moins que cela ne renforce ses défenses immunitaires d'une manière si fulgurante que l'on pourrait croire qu'on l'entraîne pour un raid spécial couches-culottes en Alaska.

Non, vraiment, restons sérieuse, mon bébé ne sera pas Inuit, je ne me transformerai pas en indienne portant son rejeton sur son dos durant mes lourdes tâches manuelles et ne le bercerai pas au doux son du marteau piqueur.

Et puis..surtout...j'ai peur de mettre au monde un futur orphelin, cette fois-ci, de mère.

Dr Storm, Mère Nature, Dieu ou Toutes Autres Puissances, j'ai besoin de temps, laissez-moi le pouvoir de réflexion, je vous en supplie.

04 janvier.

Je me tortille d'impatience sur ma chaise dans la salle d'attente du Dr Faure.
Un grand monsieur très souriant surgit tout-à-coup devant moi. Il me plait immédiatement. Il est aussi grand et fin que deuxième papa, il porte le même regard. Je me sens à l'aise, point de timidité.

Je lui fait part de mes doutes, le questionne sans relâche; il répond à tout et miracle, je comprends la moindre de ses paroles.
Je m'inquiète beaucoup au sujet de l'étroitesse de mon col. Devrais-je si je suis enceinte, être cerclée, y a-t-il plus de risques de perdre le bébé, est-ce que je vais le contaminer, est-il vrai qu'une propagation de métastases est pratiquement nulle pour un pareil cancer, dois-je vraiment prendre une décision aussi vite, comment se fait-il qu'aujourd'hui encore des femmes meurent des suites de ce cancer ici en Suisse, quelles sont les probabilités pour que je puisse guérir définitivement de ce virus et d'ailleurs, en guérit-on définitivement ?

Je reprends mon souffle, je suis certaine que j'ai du oublier quelque chose à quelque part, mais en gros, j'ai du tout poser sur la table.

Le Dr Faure m'écoute patiemment, il a pris des notes et vu la vitesse de mon débit, je le soupçonne d'avoir appris la sténographie, et répond enfin à chacune de mes questions.

Non, il n'est pas forcément nécessaire de devoir cercler car un col même petit, se contracte fort bien; non, il n'y a pas plus de risque que pour une femme dite saine de perdre le bébé.
Non, au moins ce que l'on peut lui reconnaitre de positif à ce virus, c'est que je ne vais pas contaminer le foetus par mon sang, ni ensuite à la naissance par voie naturelle.

Il marque toutefois une pause, pour la suite. Je m'y attendais. De plus, il inverse l'ordre chronologiques des réponses.
D'une voix lente :

-"Etre totalement guérie de ce virus ? C'est une autre histoire; théoriquement, si on prélève toute la partie malade, cela devrait suffire, mais un virus, reste un virus...donc en l'état actuel des recherches, la médecine n'a pas encore suffisamment de recul. Les femmes qui ont du subir des conisations au stade un ou deux de ce cancer, n'ont pas rechuté, mais cela ne fait pas dix ans non plus qu'elles ont été opérées".

J'encaisse et j'attends cette suite, m'accrochant de toute mes forces à son regard. Lui non plus ne baisse pas les yeux, j'apprécie cela.

-"Maintenant, vous êtes assidûment suivie par le Dr Storm, qui est et je le souligne avec force et respect, un excellent chirurgien. Si des femmes meurent encore aujourd'hui de ce cancer, c'est parce qu'elles ne voient pas régulièrement un médecin, ou parce que leur virus a été détecté bien trop tard."

J'encaisse à nouveau, sûr, je vais devenir riche.
Toutefois, j'ai aimé le "ou", il sait donc que j'ai toujours fait mes contrôles, mais qu'un imbécile est passé à côté de ce monsieur HPV. Par contre, j'espère que c'est la dernière pause qu'il prend avant de me donner la dernière réponse, sinon je l'étrangle ou je me pends. Non je l'étrange, puis je me pends.

-"En ce qui vous concerne...théoriquement..le risque que vous développiez des métastases est quasiment nul, vu l'intervention pratiquée par le Dr Storm et qui sera suivie d'une seconde conisation. Mais, vous en étiez au stade trois.
Donc, nous en avons parlé avec le Dr Storm et je me dois de vous l'annoncer aujourd'hui, il faut que suiviez une chimiothérapie, afin d'écarter tout risque de métastases. Toutefois, je tiens à vous préciser que ce traitement sera suivi sur une période courte, il faut le considérer comme un atout supplémentaire pour votre guérison, même si cela est particulièrement pénible".

J'ai un pincement au coeur. Je crois que j'oublie de respirer. Je dois être livide et j'ai froid.

-"Comprenez moi bien mademoiselle. Certes, la chimiothérapie est un cap difficile à passer, c'est douloureux. Mais dans votre cas, je puis vous assurer qu'au moins vous ne perdrez pas vos cheveux, enfin presque rien, pas sur le temps que vous allez la subir et je sais que pour une femme, c'est un aspect préoccupant; et c'est tout à fait légitime.
Mais nous ne pouvons et ne voulons pas nous permettre de ne pas réunir tout ce qu'offre la médecine aujourd'hui. Vous êtes un cas complexe, en fait, la première femme de votre âge en tout cas en Suisse, atteinte d'HPV.
Et on va miser la-dessus : Votre âge. Vous êtes jeune, alors entre ce facteur, les interventions et la chimio, on va gagner."

Et le winner est : mademoiselle Let. A remporté la première place sur la troisième marche du podium, avec mention au titre honorifique de première jeune femme helvète mariée à monsieur HPV.

C'est tout ce qui me passe par la tête, cette tirade. C'est ridicule. Il y a des fois où je me demande si je suis vraiment tout à fait normal pour réagir comme cela...
Pourtant, je me sens soulagée. J'ai enfin mes réponses. Ou plutôt, celles que je veux bien entendre pour l'instant.











Dernière édition par letback74 le Jeu 8 Sep - 16:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 16:39







*******je n'écrirai aucune ligne sur la chimiothérapie, aucune. Désolée.********
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 16:51

Après l'opération, le chrirugien-gynéco m'a suivie tous les 3 mois pendant une année, puis on a espacé à 5-6, et maintenant, je dois reprendre rdv pour un contrôle après une année... enfin je devais... j'ai raté le coche, c'était pendant une période de vacances... et j'ai oublié pendant un temps... et maintenant j'ai peur d'y retourner. Déjà je me dis que je vais me faire engueuler... et ensuite, qu'il se sera peut-être passé quelque chose et que vu que j'ai traîné... j'suis même pas capable de me souvenir quand était mon dernier contrôle...

Bon... demain matin j'appelle...

Merci ma Let...

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 16:54

Désolée de quoi Let ? t'as pas à être désolée, c'est ton droit le plus compréhensible et le plus légitime, ne t'excuse pas.

Ayant vu les effets de la chimio sur plusieurs proches, je te remercie même de ne pas écrire là-dessus...

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gitane
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 21:51

Sarah a écrit:
Désolée de quoi Let ? t'as pas à être désolée, c'est ton droit le plus compréhensible et le plus légitime, ne t'excuse pas.

Ayant vu les effets de la chimio sur plusieurs proches, je te remercie même de ne pas écrire là-dessus...


oh que oui, on comprend ......
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 8 Sep - 22:20

I love you merci.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Ven 9 Sep - 13:44

Après avoir donc tant encaissé de chocs, et ayant du coup fait fortune, Le Dr Faure m'apprend une nouvelle qui va sans nul doute horrifier mon pauvre Jean.

Dans le chapitre un virus, c'est un virus, il serait préférable pour lui de consulter un urologue.

Aïe. Je n'avais absolument pas pensé à cet aspect du problème et je ne me voyais pas du tout annoncer cette alléchante perspective à Jean.

Mis à part ce côté un peu noir et épineux de l'épisode, je suis soulagée. Je sens que je peux enfin combattre ce monstre à armes égales. Mieux le cerner symbolise déjà pour moi une virgule de supériorité remportée sur lui.
Pour la première fois, j'arrive enfin à lui coller une étiquette, à l'imager.
Pas très flatteuse l'image d'ailleurs. A vrai dire dans mon esprit cette chose aurait eu une mère Allien, bien libidineuse, gluante et baveuse et peut-être un père de l'ordre de la famille des Taz. Beau gosse quoi.

Je tourne autours de Jean toute la soirée. Je lui relate mon entrevue d'avec le Dr Faure, sans omettre le moindre détail, insistant beaucoup sur le mot virus, lourdement même, le nommant à plusieurs reprises, virus HPV par ci, HPV par là et lorsque je sens que Jean est prêt à m'étrangler de lassitude, je me lance enfin :

-"Ecoute Jean...tu sais ce virus...HPV, il est très virulent, donc...comme tout virus, il aurait peut-être tendance à se...transmettre, je veux dire que tu pourrais..ce n'est pas sûr ! Mais tu pourrais l'attraper, tu ne crois pas ?"

L'attraper ! Terme propre aux patients, qui doit bien faire rire tout médecin. Si seulement nous pouvions attraper un virus, au moins, on pourrait l'enfermer !

-"....Et ? Tu veux me dire quoi par là ?"

-"Et...bien oui ! il serait préférable que tu te rendes chez un urologue. Pour un simple contrôle, hein ?! Comme nous, lorsqu'on va chez le gynécologue. Cela éviterait un effet ping-pong dans la contamination"

Ouf ! C'est fait, c'est dit.

Jean sursaute :

-"Quoi, un urologue ! Mais je n'ai jamais été chez un urologue ! Il faudra que je lui montre mon pénis..et puis ton HP machin-chose, on peut le voir comme ça ? Tu crois qu'il est à l'intérieur ou à l'extérieur de la verge ? Ca ressemble à quoi ?".

Je passe sur le "ton" HP...et honnêtement, je sens qu'à quelque part au fond de moi, j'avoue, je jubile un peu.
Je sais, ce n'est pas joli, mais c'est plus fort que moi.

Nous y voilà : Qu'une femme aille chez le gynécologue, normal. Se faire toucher, palper, pénétrer par des objets médicaux toujours trop froids, par une main qui fouille votre intimité, normal.

Mais qu'un homme doive aller voir un urologue, ça, ça, c'est une affaire d'état !

Horriblement dénuée de toute honte face à mon manque total de commisération, et tentant tant bien que mal à réprimer un large sourire qui ressemble ma foi franchement à ce que l'on pourrait nommer un certain goût de revanche, je lui précise :

-"Et bien normalement, on devrait apercevoir les mêmes verrues que les miennes, sauf que les tiennes si tu en as, se situeraient à l'extérieur de ton pénis"

Dans un vague grognement contrarié, Jean bondit hors de son siège et se précipite à la salle de bains :

-"Leeeet !" Me crie-t-il du fond du couloir, "Viens voir, je crois que j'ai trouvé quelque chose"

Et nous voilà partis en pleine exploration. Hudson, Delaware, et tout autre explorateur imminent, n'ont plus qu'à céder un petit paragraphe dans les atlas de géographie.
Faites place Messieurs, Jean et Let font leur entrée.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Ven 9 Sep - 13:48

ok j'avoue...
j'ai souris dans un premier temps... pis j'ai ri... j'ai beaucoup aimé la manière de raconter cet épisode de "l'annonce faite au conjoint" !

Sinon... je vous le dis... j'ai appelé... et j'ai rdv le 30.09... mon dernier contrôle date du... 2 juin 2010...
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Ven 9 Sep - 14:26

Wink
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Ven 9 Sep - 14:37

Nous examinons alors l'objet avec une attention soutenue, sur toutes ses faces, l'oeil critique.
Ce dernier commence petit à petit à se sentir observé et se rétracte timidement.

Je hausse un sourcil et pose mon regard droit dans les yeux de Jean, un point d'interrogation flottant au bord de mes cils.

-"Ah...cela ne va pas faciliter nos recherches, mais tout à l'heure avant que tu n'arrives, il me semble avoir aperçu un petit quelque chose, là, sur le côté."

-"Ou ça exactement..?" Ma voix tremble et explose dans un fou rire incontrôlable.
Plus je regarde son pénis, plus il rapetisse, c'est infernal.

Jean, tout d'abord un peu piqué au vif, me dit que ce n'était pas malin de rire, parce que maintenant, l'auscultation va être encore plus difficile, pour finalement éclater de rire lui aussi.

A force de concentration inouïe, nous arrivons enfin à apercevoir une sorte de protubérance, de la grandeur d'une tête d'épingle.
Je scrute cette minuscule verrue, presque avec émerveillement.
Enfin il m'est donné de voir à quoi ressemble un condylome.

-"Mais c'est tout petit ! Tu es sûre que tu ne l'avais pas déjà ?"

-"Non, je l'aurai vue quand même ! Dis, tu crois qu'il existe des femmes urologues ?"

-"Ah mon chéri, je l'ignore ! Mais vu comment tu as réagis dès que je suis rentrée dans la salle de bains, tu serais à mon avis moins gêné d'aller chez un homme. Note, que si tu tombes sur une vamp, elle bénéficiera peut-être d'une vision...plus élargie sur le sujet...".

Je ne peux pas m'empêcher de rire et Jean, malgré son inquiétude, n'arrive également pas à garder son sérieux.

-"Oui, mais quand même...tu te rends compte, si c'est un homme et que j'ai une érection, il va croire que je suis homosexuel, c'est gênant !"

-"Non, mais arrêtes, tu veux bien ?! Parce que tu crois que cela m'excite d'aller chez le gynécologue ? Franchement, les femmes qui soi-disant jouissent chez leur médecin, à mon avis, elles sont plutôt tordues ! Tu sais, leurs gestes sont tellement techniques, qu'à part te contenter de fixer le plafond du temps qu'ils terminent, tu n'as pas particulièrement de pensées érotiques qui te traversent l'esprit, fais moi confiance !".

Je sens bien que Jean est un peu nerveux, toutefois nous tournons résolument cette affaire dans un sens de dérision humoristique.

Quelques jours plus tard, nous nous rendons chez le Dr Storm, afin de fixer la date de ma prochaine conisation au laser et profitons de l'informer de notre historique découverte.

Goguenard, ce dernier se cale confortablement dans son fauteuil, deux petites étincelles scintillant malicieusement au fond des ses prunelles :

-"Ah..Monsieur doit consulter..Vous voulez voir une ou un urologue ?" Il ne peut réprimer un rictus moqueur.

-"Si c'était moi, je préfèrerai me faire ausculter par un homme, quoique que par une belle blonde..pourquoi pas ? Cela pourrait s'avérer intéressant..."

Mais il serait un peu salace le Dr Storm...je ne le voyais pas sous cet angle-là.
Nous éclatons tous trois de rire et Jean se détend.Nous optons pour un praticien de sexe résolument mâle et le Dr Storm entreprend de rassurer Jean :

-"Bon, si vous avez vraiment un condylome, le médecin vous anesthésiera localement, vous l'enlève au laser et c'est tout ! Chez l'homme, ce genre d'affection virale ne porte pas à conséquence. Mais je préfère vous prévenir, c'est tout de même un peu douloureux au réveil...mais c'est bien connu, les hommes sont nettement moins courageux que les femmes. Allez..contactez le Dr Sauge, c'est un ami, il est très bien vous verrez. Vous serez à l'aise, vous entrez le matin en ambulatoire, on vous garde une heure histoire d'être sûr que vous avez bien supporter l'anesthésie et ensuite, votre compagne se fera un plaisir de vous ramener chez vous".

Nous laissons Jean dans la salle d'attente et je passe en consultation une dernière fois avant l'intervention qui aura lieu dans un mois.
A ma grande surprise, le Dr Storm profite de l'occasion pour me chuchoter d'un air complice :

-"Vous savez mademoiselle, il n'y a rien de grave dans ce que va subir votre ami, heureusement ! Mais je n'aimerai pas être à sa place, car il parait que c'est assez douloureux au réveil...et qu'ensuite, il aura un petit trou, et la verge restera extrêmement sensible pendant quelque temps. Ma pauvre, alors là, vous n'avez pas fini de l'entendre se plaindre votre homme !!"

D'un air entendu, il me tapote l'épaule en me gratifiant d'un sourire on ne peut plus large.

Je vais libérer Jean de la horde de petites dames toute émoustillées à la vue de cet homme dans la salle d'attente, tout en m'appliquant de bien mordiller mes lèvres, afin de ne pas risquer de lâcher une plaisanterie qui à mon avis, n'aurait pas forcément plu à mon homme !

Une verge flanquée d'un petit trou, je crois que s'il l'avait su à l'avance, il ne se serait jamais rendu avec un courage si exemplaire chez son urologue.

Au moins, au fil des prochains jours, j'allais pouvoir penser à autre chose qu'à peser, soupeser, contre-balancer le pour et le contre d'avoir un enfant, mon esprit pouvait se consacrer entièrement à Jean, je serai enfin en mesure de stopper tout net cette torture cérébrale.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Ven 9 Sep - 14:54

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 10 Sep - 15:35

J'emmène Jean à l'hôpital de jour. Il s'essaie à la plaisanterie, il est terriblement crispé.
Je crois qu'il meurt d'envie de fumer une cigarette, boire un café et prendre ses jambes à son cou.
Bref, très calme, le comble de la sérénité.

Histoire d'étayer la conversation durant le trajet en voiture, je lui demande à quoi ressemble ce Dr Sauge, qu'il a rencontré quelques jours plus tôt :

-" Spécial, vraiment ! Il a une drôle de tête, tu le croiserais dans la rue, je suis sûr que tu ne penserais pas du tout qu'il est médecin. Plutôt prof, mais pas du genre fonctionnaire. Il a l'air brouillon, mal fagoté et tu as la nette impression qu'il ne doit pas savoir utiliser un peigne...on dirait qu'il sort tout droit d'une bande dessinée ! Sinon, j'ai pu apprécier sa consultation. Il est rapide, précis et m'a bien expliqué comment l'intervention allait se dérouler et il m'a dit que ce n'était pas du tout douloureux !".

Nous attendons bien sagement à la réception, lorsqu'une vieille Peugeot se gare devant la clinique.
Il en sort un bonhomme, mégot de cigarette coincé au coin des lèvres, lunettes carrées d'un autre âge posées au bout du nez, les cheveux en bataille.

-"Tu vois, c'est lui. Je t'avais bien dit qu'il a l'air spécial..."

J'ouvre tout grand mes yeux et pince fortement mes lèvres afin de retenir un rire nerveux. Une vraie caricature !
Mon dieu, si j'avais du être opérée par cet homme, je crois bien que je serai déjà partie en courant.

-"Non...t'es sûr que c'est bien lui ?!"

Je commence sérieusement à m'inquiéter pour mon pauvre Jean et à cet instant, j'admire vraiment son courage.

-"Si, si ! Mais tu verras lorsqu'il parle, tu sens bien que c'est un bon médecin, et puis, c'est un ami du Dr Storm, il ne m'aurait pas envoyé chez n'importe qui !".

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne se ressemblent pas du tout...

Effectivement, sa voix tranche d'avec son allure. Je remercie Dieu au passage, de l'avoir doué du sens de la parole, cela me rassure quelque peu.

-"Alors mademoiselle, vous êtes prête à me confier votre homme ? Pourtant, c'est à vos risques et périls, j'ai une très belle assistante vous savez !"

-"Oh oui je vous le confie, mais à la seule condition c'est que vous me le rendiez entier ! Et puis, s'il le faut, je me vengerai à ma prochaine hospitalisation, j'ai fait la connaissance d'un très sympathique veilleur de nuit !"

Il éclate d'un rire franc et sonore et précise encore :

-"Bon, nous n'en avons pas pour longtemps. Après vous le rentrez, ne le faites pas manger tout de suite, qu'il se repose un peu à cause de l'anesthésie locale. Ce soir, il faut qu'il se désinfecte bien, qu'il change son pansement et c'est tout, dans deux jours il pourra recommencer à travailler. Il n'y a pas d'autres suites, je vous donnerai une ordonnance et lui fixerai un petit rendez-vous de contrôle. Attention mademoiselle ! Pendant trois ou quatre jours, pas de relations sexuelles, cela risquerait non seulement de l'infecter, mais empêcherait une bonne cicatrisation, c'est bien compris ?".

Son ton est jovial, quoique sans réplique. En attendant qu'une infirmière vienne chercher Jean, nous nous embrassons furtivement et je lui fais part de certaines recommandations :

-"Jean, si tu te sens mal, préviens le Dr Sauge tout de suite et puis ne regarde pas forcément ce qu'il te fait...et n'en profites pas pour draguer son assistante !"

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 10 Sep - 15:58

Je feuillette nerveusement des magazines, me lève, me promène, me rassied et adresse une litanie aux Instances Supérieures :

-"Faites que cela se passe bien, O, faites que cela se passe bien, s'il vous plait, faites que cela se passe bien...".

Tout à coup, Jean apparait au fond du couloir, le visage d'un blanc éclatant, son pull coincé sous le bras et marchant d'un pas léger.
Je me lève tel un ressort et me précipite vers lui :

-"Il ne t'a pas opéré ?! Que se passe-t-il ?".

Ma voix tremblotante trahit mon angoisse. Si le médecin a retardé l'intervention, jamais, plus jamais je ne réussirai à traîner mon bonhomme jusqu'ici !

-"Mais si, c'est fait ! Tout va bien, du calme, quoi !".

Jean m'embrasse tout sourire et je sens qu'il a plein de choses à me raconter.
Je n'en reviens pas :

-"Mais tu marches normalement ! Ca ne te fais donc pas mal ? Tu ne ressent aucune gêne ?"

Stupéfaite suis-je, car mis à part son teint d'ivoire, rien ne laisse paraître qu'il a subi une intervention chirurgicale...précisément là...à cet endroit si particulier.
Sur le chemin du retour, je n'y tiens plus :

-" Alors, racontes enfin ! Comment ça c'est passé, comment te sens-tu ?"

-"Tu vas rire, mais je ne sens rien du tout...mais quand je dis rien, on est loin de la vérité ! C'est la première fois de ma vie que je n'ai pas conscience d'avoir un pénis, tu peux me croire, c'est vraiment étrange comme sensation...".

J'éclate de rire :

-"Excuses-moi, mais es-tu certain que tu n'es pas victime d'une mauvaise manipulation ?"


Dernière édition par letback74 le Sam 10 Sep - 19:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 10 Sep - 16:33


......et au milieu de tout ça tu arrives à nous faire rire I love you I love you I love you
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 10 Sep - 19:29

je l'espère bien léna !! Il y a toujours un instant d'humour à saisir à n'importe quel moment, il faut juste ne pas le rater !! Wink
notes que pour l'instant...seuls les membres du site de sexe féminin ont ri...je pense que les autres...ont du instinctivement serrer les jambes !! Laughing Laughing Laughing
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 10 Sep - 22:24

oh purée, je les imagine bien ..... Laughing
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   

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Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)
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