A cheval ferré ou paré, toutes les questions

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 Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)

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letback74
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 10 Sep - 23:09

-"Ecoutes, j'ai dû regarder pour être sûr qu'il était toujours là ! Par contre, l'assistante, un vrai canon ! Mais cela me faisait une belle jambe, je ne sentais même pas lorsqu'elle me le soutenait dans ses mains...Tu verras ce soir, j'ai une magnifique bande bleue et blanche, c'est ravissant ! Le laser, c'est génial, c'est tellement précis ! Par contre, je n'avais pas qu'un condylome, mais quatre !".

En fin de journée, Jean entreprend de se désinfecter. Entendant alors un râle depuis le salon, je me précipite à la salle de bains et trouve mon homme agrippé au lavabo, le teint défait et grimaçant de douleurs.

Je découvre alors l'objet tout percé, dans un piteux état.

Constatant que Jean est prêt à tourner de l'oeil, je prend les choses en main, si je puis dire, le fait asseoir au bord du bac de douches, désinfecte la place et lui met une bande propre.
L'anesthésie ne fait maintenant plus d'effet et malgré les cachets, Jean aura à souffrir le martyre pendant quarante-huit heures, se demandant si tout cela était bien normal.

Dans la nuit, je lui ai avoué que le Dr Storm n'avait prévenue que la douleur serait plutôt aigüe, en omettant soigneusement le reste de notre conversation.

A mon humble avis, je ne suis pas prête de ramener Jean se faire opérer de quoique ce soit, ou que ce soit, par qui que ce soit...et ce...avant bien longtemps !
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 10 Sep - 23:16


Ca,c'est évident........ même un "simple" femme peut le comprendre !!! geek
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Sarah
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 12 Sep - 8:54

Je souris encore... Mari a du subir une opération au même endroit... Pareil... "Même pas mal" en sortant de la clinique... mais qu'est-ce que je l'ai entendu après ! Par contre, j'ai pas la vocation "infirmière" moi, il a du se débrouiller tout seul... pauvre Chéri...
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 12 Sep - 16:02

CHAPITRE IX

Je me trouve dans la cuisine et prépare le café du matin.
Dans l'attente devant la plaque de cuisson que l'eau veuille bien bouillir, je m'étonne que la maison soit si silencieuse, pas de radio réveil puissance dix et ma chatte Kim dort de tout son long sur le canapé du salon.
Je me retourne alors, faisant face à la table et j'aperçois deux tasses, deux cuillères et la boîte à sucre. Curieux, je n'ai pas souvenir de les avoir sorti de l'armoire.
Et Jean, que fait-il ? Pas un bruit n'émane de notre chambre à coucher, bizarre...Une sensation empreinte d'étrange m'enveloppe et mon regard s'arrête par hasard sur l'horloge : Horreur ! Il est deux heures du matin.
Un frisson glacial glisse le long de ma colonne vertébrale, j'éteins la plaque, la lumière et retourne me coucher.

Dès que le réveil s'enclenche, je saute du lit et me précipite à la cuisine.
Tout est comme je l'ai laissé quatre heures plus tôt, non, je n'ai pas rêvé.
Le nez collé au fond de ma tasse à café, je sens mon coeur battre très fort dans ma poitrine et c'est d'une voix chevrotante d'angoisse que je relate mon escapade nocturne à Jean.

Cette fois-ci nous nous trouvons dans notre ferme, enfin notre esquisse de ferme.
Nous sommes vendredi soir et c'est avec délice que nous nous pelotonnons sous notre couette. Enfin un peu de chaleur bien méritée, ayant claqué des dents depuis notre arrivée cet après-midi.
Jean a bourré la pipe de bois et j'entends les braises crépiter.
Avec un peu de chance, il n'aura pas besoin de la recharger avant six heures du matin.

Les paupières encore chargées de sommeil, j'aperçois la neige tomber, de beaux gros flocons bien ronds, comme ceux que dessinent les enfants sur du papier noir.
Le foyer a dû mourir car mon nez et mes joues sont si glacés, qu'il me semble qu'ils vont se rompre tels des stalagmites.

Particulièrement romantique et douce comme à mon habitude au réveil, j'enfonce mon coude dans les côtes de Jean, en l'interpellant d'une voix autoritaire :

-"Eh, réveilles-toi ! Eh, oh ! Faudrait remettre du bois, on se gèle et puis il neige !".

-"...Mmmmh, qu'est-ce que tu dis ?"

Et Jean se retourne vers moi, un oeil vaguement ouvert.

-"J'ai froid, va remettre du bois, allez, s'il-te-plaît !"

-"Let, il est trois heures du matin ! Le feu ne peut pas mourir si vite ! Et puis comment peux-tu savoir s'il neige ? Il fait nuit noire dehors, tu es allée regarder à la fenêtre ?".

-"Euh..non ! Je ne pourrais même pas sortir du lit, tellement il fait froid ! Tu ne trouves pas ?"

-"D'accord, mes tes histoires de neige, tu as dû rêver ! Bon, passons, maintenant que je suis réveillé, je vais contrôler le fourneau !".

Quelques instants plus tard, Jean vient se recoucher et me gratifie d'un regard lourd de suspicion, souligné par une parcelle d'incompréhension :

-"Tu m'as bien dit qu'il neigeait ?" Me demande-t-il d'un ton sec.

-"Moui....mais j'ai dû rêver, pourquoi tu me regardes comme si j'étais une extra-terrestre, que se passe-t-il ?"

Je me dresse sur un coude, tout à coup inquiète de cet interrogatoire serré, les images me revenant petit à petit en mémoire :

-"Si je te dis que je l'ai vu tomber dans la pièce d'à côté, tu me crois ou tu me fais interner ?".

-"Je te crois parfaitement car la porte était grande ouverte, il neigeait à l'intérieur et c'est pour cette raison que nous avons si froid, puisque le feu carbure très bien !"

Un grand frisson me secoue de la tête aux pieds :

-"Tu...tu crois que...je suis sortie dans la nuit, toute seule ?" dis-je dans un souffle, tellement ma gorge est serrée. Ais-je contracté une angine ou est-ce l'anxiété qui tenaille autant mes cordes vocales, ça je ne le saurai sans doute que plus tard.

-"Mais non, tu es bien trop frileuse pour ça ! On aura dû mal fermer la porte et une rafale de vent l'aura ouverte, c'est tout ! Allez, rendors-toi maintenant !".

Jean se veut rassurant, mais honnêtement, son histoire de vent, je n'y crois pas trop.
Pourtant, je me sens si fatiguée tout à coup, que je décide de croire à sa version des faits, du moins jusqu'à l'heure du réveil.
J'enferme donc mon esprit pour qu'il ne me pose pas de question, éteint le plafonnier de mon cerveau et plonge dans un sommeil lourd de cauchemars, dignes des plus fameux films d'horreur.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 13 Sep - 15:32

Nous nous retrouvons tous les trois devant notre petit déjeûner.
Fanny s'étonne devant notre silence et nos traits tirés :

-"Ben alors, vous n'avez pas dormi ? Qu'est-ce qu'il y a ?"

Jean prend les choses en main et se racle la gorge :

-"Tu n'as rien entendu cette nuit ?"

-"Non pourqoi ?"

Fanny nous fixe maintenant d'un oeil interrogateur.

-"Parce que cette nuit, nous avons retrouvé la porte grande ouverte. Tu n'es pas sortie faire pipi par hasard ?"

-"Non, je ne m'en souviens pas..et puis il fait bien trop froid, j'aurai utilisé la bassine..Papa, tu penses que c'est Let qui a fait le somnambule comme l'autre nuit avec les tasses ?"

Le mot est lâché. Je sursaute violemment et tente de me convaincre de l'autre explication :

-"C'est possible...mais peut-être que le vent a effectivement ouvert la porte ou je ne sais pas moi...le fantôme Arthur est de retour !".

Fanny éclate de rire. Nous avions inventé Arthur en réponse aux nombreux mystères auxquels sont confrontés tous parents d'enfant en bas âge. Les biscuits qui disparaissent, la lumière qui reste allumée, les objets non remis en place, bref le quotidien.

Du haut de ses onze ans, Fanny trouve la situation comique, m'imaginant gambadant en chemise de nuit, pieds nus dans la neige et allant rendre visite aux deux sorcières qui logent dans une vieille bâtisse délabrée, cinquante mètres au dessus de notre habitation.

Je riote un peu histoire de donner le change, mais le coeur n'y est pas. Plutôt nerveuse et irritable, je m'enferme dans un mutisme réfléchi.
D'abord, ne pas paniquer. Respirer profondément et analyser la situation, comme une spectatrice, ne pas s'impliquer et garder la tête bien froide où chaque déduction sera soigneusement pesée, soupesée et rangée à sa place, en parfait esprit cartésien.
Chercher une explication rationnelle à tout phénomène. Simple !

Je baisse donc la tête et regarde mes pieds. Je les aime bien mes petits pieds et ils vont tout me dire, sans eux, je ne serais pas sortie !

Propres. Au moins je ne serais pas sortie pieds nus, cela m'évitera une pneumonie. Je regarde sous la couette, aucune trace d'humidité ou de boue. Raid jusqu'aux pantoufles...sèches. Quant aux bottes, difficile à dire, elles restent humides du matin au soir.
Examen visuel attentif et scrupuleux du carrelage, pas d'empreinte de pas.
Gros soupir. Je secoue la tête de désespoir, rien, pas un indice.

De deux choses l'une, soit on opte pour l'histoire du vent, soit le somnambulisme développe chez moi un nouveau sens de maniaquerie inattendue du style, je nettoye tout après mon passage, ce qui fait dire à Jean que ce serait bien que je "somnambule" également durant la journée.
Merci. Je ne suis pas d'humeur à plaisanter là.
Piquée au vif, toute la journée justement, je m'applique à associer mon esprit à mon corps, me lançant avec une rage particulière dans nos travaux de bâtisseurs.

Telles deux fourmis, Jean et moi cassons, décrépissons les murs sur lesquels plusieurs générations d'hôtes ont laissés un nombre incalculable de matériaux, préparons et coulons nos chapes, découvrons des poutres en chêne revêtues par des années de crasse et de suie, isolons la charpente du premier étage à moins quinze degrés, clouons, frappons, scions, bref, une journée de week-end parmi tant d'autres.

A la différence prêt que les fourmis, elles, au mois de février, ont la sagesse d'hiberner.

Harassés de fatigue, nous soupons tranquillement tous les trois puis, comme à notre habitude, nous terminons la soirée en jouant aux cartes, jusqu'à ce que Fanny commence à bouder ou a tricher, le sommeil la poussant du coude, l'empêchant de gagner.
Une petite visite nocturne aux toilettes situées dans une charmante maisonnette miniature à l'angle du jardin, armés d'une torche électrique, d'un gros manteau et d'un pic à glace, histoire de décoller le couvercle en bois figé par le givre et hop, au lit tout le monde.

Avant de fermer les yeux, un petit doute malin assaille obstinément l'angle gauche de ma cervelle.
Allons-nous retrouver la porte ouverte demain matin ?!
D'une manière enfantine et cajoleuse, je demande à Jean de cacher mes pantoufles. Il s'exécute en riant, sachant pertinemment bien que s'il ne le faisait pas, il ne dormirait à coup sûr pas de la nuit, tant je gigoterai dans tous les sens à côté de lui.


Dernière édition par letback74 le Mar 13 Sep - 19:27, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 13 Sep - 17:10

Huit heures du matin.
Je me lève d'un bond, enfile ma robe de chambre, cache mes yeux sous ma main et me dirige à tâtons jusqu'à la porte d'entrée.
Je prends une grande respiration, risque un regard entre mes doigts et aperçois avec horreur cette satanée porte entrebâillée.
Mon coeur fait mal dans ma poitrine, j'ai mal au ventre aussi, pourtant je ne hurle pas.

Ayant trop peur de réveiller Fanny qui dort à poings fermés, je referme doucement la porte et commence à préparer le petit déjeûner, tremblante d'émotion, de grosses larmes coulant silencieusement sur mes joues.
Un immense désespoir mêlé de peur m'envahit toute entière.

Ca y est, j'y suis. Allien ou le Grand Taz a gagné la partie, enserrant encore un peu plus mes pauvres organes de ses bras libidineux et velus, il devient le maître absolu de mon mental, qu'il me vole au passage tel un traître durant mon sommeil.

Je m'habille alors, chausse mes bottes et sors me perdre dans la campagne enneigée, secouée par de gros sanglots si injustes, gonflés de rage, d'impuissance et de panique.

Dans quelques jours, je vais subir ma deuxième conisation, je n'aurai jamais d'enfant, je ne reverrai plus jamais la neige et malgré sa blancheur éclatante, tout en moi est obscur, pesant et résigné.

Jean, inquiet, est parti à ma recherche.

Pourtant, il sait. Mes chagrins, ma peine, je ne les partage pas. Jamais à chaud, jamais sur le vif. Ils font partie de ma sphère, mon intimité, vitrine sans tain me reflétant mes propres échecs, gestion volontaire de mon moi sans l'autre.

Lorsqu'il me retrouve au bout du chemin à l'orée de la forêt, son coeur prend le risque de tenter de me réconforter :

-"Hé, Let ! Tu ne vas pas craquer maintenant ! Allez, tu verras, tout se passera bien, j'en suis certain. Le Dr Storm te l'as dit, cette intervention est bien plus minime que la première. Et puis on se fiche d'avoir froid tous les matins, il neige dedans, c'est pittoresque !"

Tir d'artillerie. Explosion. Je lui hurle dessus, lui crache mon angoisse à la figure :

-"Ouiiii, mais je crève de trouille ! Tous les chirurgiens sont pareils, ils te disent tous que tout se passera bien, ils s'en fichent éperdument que cela puisse tourner mal ! Tout va toujours bien pour eux, mais ce ne sont pas eux qui sont malades au réveil, qui ont mal, qui mettent des semaines à s'en remettre...et de toute façon, je ne sais même pas pourquoi je subis tout cela, alors que l'on n'aura jamais de bébé, je ne serais jamais mère, et puis...et puis cela t'arrange bien d'ailleurs !".

Jean se tait. Son silence me fait mal. A lui aussi, son non dit lui fait mal. Ne pas admettre...ne pas vouloir se l'avouer..encore, pas tout à fait.

De toute façon, Jean ne peut pas lutter contre ce désespoir, ni cette déchirure.

J'ai un cancer, pas lui.
Il a déjà en enfant, pas moi.

Sans jamais le lui reprocher, je lui en veux d'avoir vécu avant moi, sans moi.

Mon premier amour m'a quitté sans avoir jamais su qu'il aurait pu être père.
Mon second amour ne veut plus d'enfant, parce qu'il craint un second échec au sein du couple.

Est-ce donc cela mon destin, de n'être jamais là au bon moment, de ne pas vivre le bon instant, où n'ai-je finalement pas encore suivi le bon chemin en tenant la bonne main ?

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 14 Sep - 15:27

Petite fêlure, à peine perceptible, la première en sept ans de vie commune.

A chaque fois que j'élabore des projets familiaux, cherchant à solutionner au mieux la vie avec un bébé, concilier le travail avec la garde de l'enfant, lui bâtir son nid douillet, organiser notre emploi du temps en conséquence, à chaque fois Jean, il est vrai peut-être plus réaliste que moi, se charge de me démontrer point par point, qu'il n'est pas pensable pour l'instant d'accueillir un nouveau-né.

Oui, notre maison n'est pas encore habitable, oui effectivement je sais que Jean risque bien de se retrouver au chômage d'ici peu, parce qu'une grave crise immobilière sévit actuellement à Genève et en sa qualité de petit entrepreneur en travaux du second-oeuvre, il n'a presque plus de mandats en cours.
Oui, il me serait difficile d'emmener le bébé au bureau, à côté de l'atelier de mécanique, petit être qui se verrait bercer au doux son des machines, humant l'odeur de l'huile de coupe.
Oui, je sais bien qu'en Suisse il n'y a pas ou si peu d'aide pour les femmes célibataires et que la garderie est chère et que notre budget est consacré exclusivement à l'achat des matériaux pour la ferme.

Pourtant, je veux avoir le droit de rêver comme n'importe quelle femme, alors je me torture l'esprit quotidiennement, à chercher des solutions, à proposer des plans peut-être extravagants, plans ensuite disséqués, démontés méthodiquement, broyés puis balayés par Jean et sa lucidité, sens devenu chez lui, particulièrement exacerbé par une subtile volonté de tiédeur.

Oh que je vénère l'irresponsabilité du haut de ma plus sincère mauvaise foi, du bas de ma plus profonde frustration.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 14 Sep - 16:54

CHAPITRE X

17 février 1994. A mon tour de passer au laser.

Cette fois-ci, nous avons choisi une petite clinique charmante, qui ressemble plutôt à un hôtel.
Les chambres donnent toutes sur une sorte de patio, garni de quelques plantes vertes.
Il n'y a pas d'agitation et curieusement, le personnel médical se montre si discret qu'il semble qu'il n'y ait en fait pas d'infirmières et encore moins de médecins.

Une de mes amies, infirmière à l'hôpital cantonal universitaire de notre ville, lorsqu'elle sut que j'allais dans cet établissement, se charge de me rassurer immédiatement :

-"Oh alors là, Let, ne t'inquiètes surtout pas ! Si le Dr Storm a prévu de t'opérer là-bas, cela veut dire que cette intervention est vraiment sans risque ! Tu y restes un jour ou deux et c'est tout. Cette clinique n'est prévue que pour des cas ambulatoires et d'ailleurs, elle est réputée pour s'être spécialisée en IVG, pour te dire, les femmes viennent de toute l'Europe pour subir une interruption de grossesse !"

C'est la meilleur celle-là ! Je fais tout pour avoir un enfant et j'atterris dans un haut lieu de la pratique d'IVG, quelle ironie !

Je secoue la tête de consternation.

-"Mais...s'il devait m'arriver quelque chose, à tout hasard, ils font comment ?"

Mon air faussement dégagé ne la trompe pas et avec un petit sourire :

-"Et bien, tu serais dirigée en urgence à deux pas de là, dans mon service, aux soins intensifs de chirurgie, alors dans tous les cas, tu seras entre de bonnes mains !".

Je ne peux pas dire que cette perspective me réjouisse, mais au moins, cela me soulage quelque peu.

Je m'apprête donc à y passer ma première nuit, sachant d'avance que les heures qui vont suivre ne me laisseront point de répit, donc nulle place à l'angoisse et puis, dans un lieu pareil, il est difficile de se sentir stressé.
Paisible, ce n'est pas peu dire. La nuit est maintenant totalement tombée sur la ville et aucun bruit ne me parvient des couloirs, tout est si silencieux que je me demande tout à coup si la clinique n'a pas été désertée de toute âme qui vive.

Un virus mortel ravageur ? Je regarde trop de films !
Curieuse de nature, j'ouvre ma porte discrètement et glisse timidement ma tête au dehors. Personne ne bouge, personne ne parle, en fait, personne n'apparaît.

Je referme alors la porte avec un gros soupir, le bruit emplit la tête, distrait, le silence parfois assourdi de par son strident abîme de vide.

Et je tombe dedans, d'un coup. Des larmes commencent à couler, elles aussi silencieuses, sur mes joues, des pleurs que je n'ai pas senti venir, véritables traîtresses qui ont toujours été là et qui n'attendaient qu'un instant d'inattention pour se libérer de je ne sais où, de mon âme peut-être, de mon coeur, je ne sais pas, de mon être, ça c'est sûr.

Je me sens si pleine de rien, que j'ai le sentiment de n'être plus rien du tout, d'être là juste bonne à souffrir, comme ça, parce qu'un jour il a été décidé que Let devait vivre ainsi, suspendue telle une marionnette à son bout de destin.

Enfanter, devenir mère, lorsque l'on n'est rien, comment peut-on donner la vie ?
J'en ai assez de me battre contre ce fantôme sournois et pour une vie qui s'est décidée de toute façon sans moi.

Assise parterre, dos contre le mur, genoux sous le menton, je regarde mes larmes tombés sur mes bras et alors que dans ma tête des cris hurlent dans le vide, de mes lèvres ne franchit qu'un misérable murmure de gargouillis plaintifs et sans force.
Je m'adresse à Dieu et je lui dit qu'il peut me prendre s'il le veut, que je n'ai peur ni de l'opération, ni de la souffrance et encore moins de la mort. A Lui de décider, moi je n'ai plus envie, plus de rien.

Calmement je me relève, fais ma toilette et me couche. Inerte et vide, c'est sans mal que je m'endors abruptement.

Il est six heures du matin et je me réveille dans un sursaut.
Pendant quelques secondes, je ne sais pas si l'intervention a déjà eu lieu ou non. Hélas, les yeux maintenant tout à fait ouverts, je me rends compte que je n'ai pas encore vécu mon futur.
Flûte ! Encore plusieurs heures à devoir patienter lamentablement dans mon coin.

Une douleur sourde provenant de mon bas ventre capte soudainement mon attention.
Non, ce n'est pas vrai ça ! Mais j'ai mes règles, oh non, non, ce n'est pas possible, pas aujourd'hui ! Au secours !
Je m'imagine déjà arriver en salle d'opération couchée sur un drap rouge de sang, de devoir subir une césarienne, que sais-je encore !
Génial le tableau !

Trop tôt pour téléphoner au Dr Storm et d'ici là, ne pas céder à l'angoisse, respirer profondément, parler à haute voix, me raconter des histoires, n'importe lesquelles, marcher de la salle de bains au lit et vice-versa, en rond, en diagonale.
Evidemment, plus je bouge, plus le flux sanguin s'accélère.
Bon, soyons zen ! Je décide de prendre ma douche, de me badigeonner de ce liquide désinfectant orange et visqueux, je me brosse les dents une à une, et me démêle les cheveux si longuement qu'ils ont du se rallonger de quelques centimètres.

Une heure est passée. Je me recouche en lissant mes draps avec une application de maniaque et m'apprête à joindre le Dr Storm à son domicile,sur sa ligne directe.

-"Bonjour, ici le Dr Storm".

Ben tiens, j'espère bien que c'est lui, parce que son concierge, franchement cela m'aurait fait une belle jambe !

-"Bonjour Dr Storm, Let G. à l'appareil, comment allez-vous ?"

Annonce du style "salut mon pote ! tu as passé de bonnes vacances ?", parfois j'ai la nette sensation d'être en parfait décalage avec moi-même.

-"Euh...moi ça va, mais vous, que vous arrive-t-il donc ?!"

-"Et bien...moi...ça va...mais que fait-on lorsqu'on doit subir une intervention gynécologique et que l'on a ses règles...?"

-"Quoi...qu'est-ce que vous dites ? Ce n'est pas vrai !"

Il hurle, non aboie à l'autre bout du combiné, il s'est peut-être même un peu étranglé.

-"Bah, si ! J'ai le sens de l'humour, mais pas à ce point tout de même ! Je n'aurai dû les avoir que la semaine prochaine et en plus, j'ai un débit plus qu'important ! Je suis vraiment désolée, mais...mais" et j'éclate de rire, tellement cette situation me parait loufoque.

-"Ecoutez docteur, dites moi tout de suite si l'opération peut avoir lieu ou non, mais je vous préviens, je ne reviendrai pas dans trois jours, ah ça non alors ! Je n'apprécie pas vraiment ce genre d'hôtel vous savez !"





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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 14 Sep - 17:13

Chaques grosses émotions ou gros stress ont toujours déclenché les règles chez moi... que ce soit du positif ou du négatif, ça marche à tous les coups... même quand j'suis plus sensée en avoir depuis 3 ans...


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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 14 Sep - 23:31

"sensée ne plus avoir ses règles depuis trois ans".....si tu as toujours ton utérus ma belle...règles il y aura, jusqu'à ta parfaite ménopause; ça c'est comme un peu le coup du "le beurre, l'argent du beurre et la crémière" faut pas rêver.. albino
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 15 Sep - 0:21

aller, j'avoue...j'ai ri... mais aussi je suis extrêmement émue par tes écrits Let...

peut-être parce que moi aussi j'utilise l'humour dans les moments les plus durs..
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 15 Sep - 0:36

je sais flo... Wink il faut toujours rire, même si cela ne sauve pas forcément des vies, cela souvent sauve la tienne...et c'est déjà pas mal !! clown

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 15 Sep - 0:37

Finalement le Dr Storm se détend lui aussi. Mon rire sans doute.

Il faut dire que même après avoir parcouru une sacrée carrière médicale, l'on peut toujours être confronté à un petit incident totalement inouï, provoqué simplement par Mère Nature. Un juste retour à l'appréciation de la valeur humaine, devoir laisser dans son programme hyperchargé de chirurgien, entouré et assisté par une technologie des plus sophistiquées, une petite place au corps humain qui accomplit certaines fonctions vitales de base, tâches qu'il ne peut réaliser qu'à son propre rythme.
Alors, il faut s'adapter, humblement.

-"Bon et bien, cela devrait pouvoir se faire..je ne vois pas finalement pourquoi je ne pourrais vous opérer au laser, l'écoulement ne devrait pas me gêner la vue et de plus, vous êtes si étroite, que j'aurai d'autant plus de place pour travailler pour une fois que vous serez dilatée..alors on y va comme prévu !"

Son ton autoritaire et sûr de lui me ravit, je vous embrasse cher docteur.

Je sais que le laser peut provoquer des lésions irréversibles, un petit "dérapage" dû à une mauvaise vision et hop, c'est raté.
Mais je m'en fiche, je suis partante et mon sens de combativité se réveille enfin, agrémenté d'une pointe de goût du risque.

Je sonne l'infirmière et m'adresse à elle, toute souriante :

-"Bonjour, j'ai mes règles depuis ce matin, elles sont plutôt abondantes, mais je n'ai pas trop mal. J'ai appelé le Dr Storm et il est tout à fait d'accord pour m'opérer à l'heure prévue. Dites, vous n'auriez pas une serviette hygiénique que je puisse mettre juste avant de descendre au bloc, parce que j'aimerai m'y présenter toute propre !"

La bouche grande ouverte, cette dernière me regarde incrédule :

-"Euh oui...je vous en donnerai une au dernier moment...je pense que vous avez ce qu'il vous faut jusque là..oui ?!...Ben vous alors, on ne peut pas dire que vous preniez mal les choses ! Et...la douche, c'est déjà fait je suppose ?"

Devant mon signe de tête affirmatif et face à un certain sourire volontaire fiché aux coins de mes lèvres, elle éclate de rire :

-"Heureusement que les patientes ne sont pas toutes comme vous, sinon je ne retrouverai vite au chômage !".

Il est enfin l'heure. Je n'ai plus qu'à m'en remettre à mon fichu destin, à une paire de mains, au rayon de la guerre des étoiles et à tout le savoir faire d'une équipe médicale.
Moi, je ne m'applique plus qu'à bien serrer mes jambes pour éviter toute fuite intempestive du temps d'arriver au bloc, et c'est tout, rien d'autre n'est pour l'instant plus important.

J'ouvre les yeux dans un sursaut.
J'ai déjà vécu cette scène, l'opération n'a pas eu lieu, pas encore, il me semble que je n'ai pas dormi. Zut, à nouveau un faux espoir !

Pourtant je rouvre les yeux. Ce n'est pas la nuit, il n'y a pas de couleur, ni de blanc, ni de noir. C'est étrange, je me vois dans une pièce,
couchée, sans meuble à part mon lit étroit et pire, sans mur autour de moi, un vide immatériel.

Tiens, cependant il y a quelqu'un. A ma tête, l'anesthésiste, deux autres personnes et à mes pieds, le Dr Storm.

Non...ce n'est pas vrai...ils ne sont pas entrain de....si !

Humour noir quand tu nous tiens, trop tentant, il faut que je leur fasse une farce :

-"Et alors, c'est bientôt fini ?!" dis-je d'une voix sonore et cinglante.

Le Dr Storm sursaute violemment, les autres gens également et il me regarde, d'un air me semble-t-il partagé entre la frayeur que j'ai pu lui causer, un étonnement ébahi et une certaine mauvaise humeur, puis il grommelle :

-"Oui, oui, j'ai presque terminé ! Dis donc monsieur l'anesthésiste..si vous lui en rajoutiez une dose là ?"

Je crois que je me mets à rire franchement, tant leurs têtes incrédules me paraissent comiques, puis plus rien, le temps s'arrête enfin.

Un peu de bruit, des voix peut-être, je sens la présence de quelqu'un près de moi, mais n'ose plus ouvrir les yeux, de peur de déranger à nouveau le Dr Storm.
Allez, je me lance et risque un demi-soulèvement de paupières.
A ma grande surprise, je me trouve dans la chambre, mon père est assis en face de moi.

Messieurs les chirurgiens vous êtes des violeurs de mémoire, mais ce coup-ci, je ne me suis pas laissée faire.
Cette anecdote là, pour sûr, je m'en souviendrai toute ma vie, avec un sourire revanchard en prime.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 15 Sep - 8:51

letback74 a écrit:
"sensée ne plus avoir ses règles depuis trois ans".....si tu as toujours ton utérus ma belle...règles il y aura, jusqu'à ta parfaite ménopause; ça c'est comme un peu le coup du "le beurre, l'argent du beurre et la crémière" faut pas rêver.. albino

j'ai toujours...
un peu plus d'une année avant la conisation, j'étais déjà passée sur le bloc, en raison d'une endométriose envahissante et très douloureuse... pour éviter que les adhérences ne se reforment trop vite, on m'a donné une pilule "non-stop", d'où l'arrêt "médicamenté" des saignements...
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 15 Sep - 16:59

compris, donc là ton inquiétude parce qu'à nouveau tes règles : déséquilibre hormonal tu penses ? ce qui parait assez logique, au bout d'un moment plus adaptée au dosage, non ?
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 15 Sep - 17:12

non non pas d'inquiétude, c'était juste pour illustrer que le fait d'avoir un gros stress, une grosse émotion ou un choc émotionnel peut faire démarrer la machine même si "médicalement" ça devrait pas marcher... alors sans médicament, ça m'étonne pas du tout que ça se soit déclencher en avance...

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Sam 17 Sep - 1:47

CHAPITRE XI

Fin mars 1994. Lecture et visite postopératoire.

Je ne tremble même plus, cela devient presque banal.
J'ai entendu parler de cette petite dépression post-op caractéristique et il semble bien que j'ai mis un pied dedans par inadvertance, sans doute.

Poussant un gros soupir de lassitude mêlé d'une pointe d'air blasé, j'attends patiemment mon tour dans la salle d'attente.
L'assistante vient enfin me chercher et me glisse à l'oreille :

-"Ne vous inquiétez pas, aujourd'hui cela ne sera pas douloureux, pas de biopsie, juste un petit contrôle et lecture des analyses, d'accord ?"

-"Oh, vous savez, je ne me pose même plus de questions, on verra bien..".

Et me voilà à nouveau étendue, fixant cette magnifique rosace au plafond.

Le Dr Storm arrive alors, rayonnant sous sa splendide crinière blanche assortie à sa blouse, et papote gaiement les yeux fixés à son espèce de microscope connecté en direct dans les tréfonds de mon auguste anatomie.

-"Alors, mademoiselle G., pas de douleurs ?"

-"Non, pas particulièrement...j'ai un peu mal aux ovaires, c'est tout".

-"Vous avez eu vos règles, des saignements ?"

-"Non, rien du tout, d'ailleurs pour l'instant, c'est le seul point agréable que je puisse vous relater !"

Mon ton est monocorde, désintéressé, lisse de toute émotion. Mais le Dr Storm n'y prête pas attention et poursuit :

-"Tout est bien cicatrisé, ah je suis content ! Les parois sont parfaites, tout est bien propre là-dedans...bon, je vais faire un petit toucher des ovaires et ensuite on discutera du résultat des analyses".

Alors qu'il s'exécute, je sursaute et serres les dents; se faire palper les ovaires...quel délice !

Cette sensation profonde et sourde que l'on ressent là, tout au fond de son bas ventre, comme si l'on avait reçu un léger coup de poing dans le diaphragme, juste assez douloureux pour vous écourter le souffle l'espace d'une ou deux secondes.

Le Dr Storm me gratifie d'un sourire moqueur et désabusé :

-"Allons mademoiselle G, cela ne vous fait pas mal, voyons ! Ce n'est rien du tout !".

Mais qu'est-ce qu'il en sait d'abord lui ! Permettez-moi de vous dire cher docteur, que ça fait mal, point à la ligne !
Je ne suis pas d'humeur là.


En fait, je ne lui dit rien du tout, mais mon regard lui jette un sort, du genre de la petite poupée que l'on pique avec des aiguilles, à l'endroit que l'on a judicieusement choisi, là, précisément.
Hélas, ne détectant aucun signe de douleur chez le Dr Storm, je me résigne alors piteusement à me classer au rang des sorcières complètement nulles.

-"Bon, rhabillez-vous, je vous attends à côté. En tous cas, je suis très content, les suites opératoires sont excellentes".

Il y a au moins quelqu'un de content dans la pièce, c'est déjà pas mal.
J'ironise et me sens en colère, mais pourquoi cette révolte, réellement contre qui en fait ?

Maintenant assise en face du Dr Storm, j'attends qu'il ait terminé de tracer à main levée son toujours aussi superbe croquis de mon intérieur, le fameux rond ovalisé, coupé comme un camembert.

Il commence, plus sérieux que tout à l'heure :

-"J'ai reçu les résultats du laboratoire. La tranche que j'ai supprimé au laser laisse apparaître en son centre, des tissus malades. Mais les bords sont absolument sains. Cette fois-ci, j'ai vraiment pu enlever tout élément douteux. Il n'y a plus rien de cancéreux, alors allez-y, vous pouvez tomber enceinte sans problème !"

Je le regarde, partagée entre la joie, le soulagement, la méfiance et un sentiment terrible de culpabilité et d'impuissance :

-"Je..je ne le peux pas !"

-"Comment ça, vous ne le pouvez pas ? Pourquoi ?"

Le Dr Storm ne comprend pas. Pour quelle raison est-ce que j'aurai subi ces deux interventions et encore deux biopsies si je ne voulais pas d'enfant, impossible !

Je reprend avec un réel effort de justification, les mots sont si pesants que j'ai peine à les articuler :

-"Je ne le peux pas...maintenant. Jean doit fermer son entreprise et se retrouvera sans ressource financière. En attendant qu'il trouve une place de travail, il va profiter d'avancer les travaux de la maison, car de toute manière, nous ne pourrions actuellement pas accueillir un bébé...vous comprenez ?"

Le Dr Storm est en colère, il me répond avec véhémence :

"Non, non ! C'est une raison secondaire ! Vous ne mesurez pas l'ampleur de votre problème, mademoiselle G ! Vous ne pouvez pas attendre et décider quand vous aurez un bébé, c'est simplement impensable !"

Je réagis enfin et lui coupe la parole avec révolte :

-"Dr Storm ! Nous ne pouvons assumer la responsabilité d'élever un enfant sachant d'avance que nous ne serons pas en mesure d'assumer son existence ! Ce n'es pas secondaire, c'est vital !"
Et je n'ose pas lui dire pour Jean.

La jouxte bat son plein. Les deux joueurs s'affrontent avec passion légitime, presque féroce.

L'un détient la vérité médicale, brute, froide, calculée à la cellule prêt, qui ne peut se permettre de prendre en compte tous risques dus au hasard ou aux aléas de la vie.

L'autre détient la vérité d'un couple, du quotidien, confronté au monde implacable du travail, aux mesquines tracasseries bassement matérielles qu'il faut pourtant affronter un jour après l'autre.

Je ne trouve pas le lien pouvant réunir ces deux mondes et pourtant, il y a la vie, mais ce n'est pas la même, non, il y a la vie mécanique et biologique et il y a la vie, à vivre.
Et il y a Jean, et son refus.

J'ajoute, ruant désespérément dans les brancards, dénigrant intentionnellement tout sens rationnel :

-"Et puis vous venez de m'apprendre que je n'ai plus rien, donc cela peut attendre encore quelques mois, de toute façon, on...je n'ai pas le choix !".

J'ai failli le lui dire.
En lieu et place, je passe pour une parfaite imbécile qui n'aurait rien compris.

La réaction ne se fait pas attendre :

-"Ah, non ! Je n'ai pas dit que vous n'aviez plus rien, j'ai dit que je vous avais enlevé les tissus cancéreux, ce n'est pas la même chose ! Pourtant je vous l'ai déjà dit mademoiselle ! Je vous ai prévenue, vous portez toujours ce virus en vous et au stade où vous en êtes, ce n'est que lorsque que j'aurai effectué une hystérectomie que nous pourrons considérer avoir écarté tout risque de cancer, pas avant !"

Son flot de paroles énergiques et énervées me percute violemment.
Choc frontal. La calandre d'un énorme camion m'écrasant, en pleine vitesse.
Ses mots viennent heurter de plein fouet ma boîte crânienne, cisaillent lentement mes organes, les consonnes et les voyelles se mélangent et déchirent ma chair et tout au fond, tout au fond de moi, il n'y a plus qu'un grand vide, une marée de néant au milieu duquel toutefois, se dresse un rocher sombre et menaçant : Toujours ce monstre, gluant et tentaculaire, invincible, inébranlable.

Anéantie, je prends conscience que je hoche la tête, elle fait non, non, obstinément, mon menton tremble et j'ai peine à remonter à la surface. Mes yeux sont fichés dans ceux du Dr Storm, et dans mon regard, il y a Jean.
Je ne peux plus articuler un seul mot.

Le Dr Storm continue lui aussi à me fixer, à fouiller mon regard afin d'y lire ce que je ne dis pas.
J'ai du le troubler car il reprend la parole maintenant d'une voix douce, encourageante et presque paternelle :

-"Bon...on va tenter la chose suivante..je vous revois dans deux mois et on fera une biopsie. Si tout va bien, on continue comme ça, avec des contrôles stricts et réguliers, et on verra bien. On limite les risques, d'accord ? Et ainsi, vous me tiendrez au courant au fur et à mesure de votre décision. Ca vous va comme ça ?".

Telle une petite fille qui vient de sécher ses yeux après avoir subi un gros chagrin, je lui répond d'une toute petite voix :

-"D'accord, je vais prendre rendez-vous auprès de votre assistante. Docteur...?"

-"Oui ?"

-"Merci."

Il me tapote alors l'épaule avec un petit sourire, l'air un peu gêné.

Je n'ai pas gagné la partie contre mes deux redoutables adversaires, mais je m'en suis retournée, portant un gage précieusement enfermé dans mes mains, deux mois de sursis durant lesquels, sait-on jamais, sait-on jamais.






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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 22 Sep - 1:02

CHAPITRE XII


De deux mois en deux mois. Drôle de rythme de vie. On dirait un jeu de marelle.

Je jette mon petit caillou et hop, je saute deux cases à cloche pied.
Une fois tout droit, une fois à gauche. Un, deux, un, deux et là bas au fond, il y a la case du ciel.
Mais celle-là, je ne suis pas pressée d'y arriver.

Avril, mai, retour à la case départ. Dring ! Je sonne à la porte du Dr Storm.
Biopsie, ô délice, puis attente du résultat.

Pas mal d'ailleurs. Nous ne détectons aucun tissu cancéreux et pas de condylomes.
En commun accord avec le Dr Storm, nous décidons de m'accorder une gratification de délai.
Je peux prendre mon élan et sauter jusqu'à la case septembre. Un souci de moins, en tout cas temporairement.
J'aurai le temps d'aller me racheter des craies.

Jean s'est inscrit au chômage et chaque semaine, nous envoyons des piles de curriculum vitae.
Il n'a pas de certificat, ni de brevet professionnel, pourtant, il est jugé à chaque fois trop qualifié, trop expérimenté, trop âgé ou trop jeune, bref, ce qui est sûr c'est qu'il ne correspond pas assez aux normes. Là, c'est certain.

Alors il avance dans les travaux de la maison, mais nous n'en sommes encore qu'au gros oeuvre en ce qui concerne le grand bâtiment et la chambre du bébé théorique ne figure pas pour l'instant au cahier des charges.

Par contre la petite maison mitoyenne bien que spartiate est maintenant habitable et pas seulement pour le week-end, bon, il faut que nous posions le carrelage sur la chape du rez, mais au rez inférieur, la salle de bains a enfin fait place au poulailler avec, pardon du peu, le luxe d'avoir enfin de vraies toilettes !

N'y tenant plus, nous réunissons quelques affaires, rendons nos clefs à mes parents et déménageons au matin du 04 juin 1994.

Le soir à l'heure du souper, réunis autour de notre petite table de camping, le repas frémissant doucement sur le butagaz, je contemple notre domaine avec fierté.

Pour une fois dans ma vie, un de mes rêves se réalise. Un bon gros et énorme rêve.

Nous habitons enfin chez nous, pour tous les jours.
Nous dinons dans notre ferme, entre nos murs à nous, nous ne sommes plus ici en visite, nous allons y dormir tous les soirs, y boire notre café le matin, y faire notre toilette, lire, papoter, rire et se disputer, y recevoir des amis, finalement, simplement vivre.

Jean me regarde d'un oeil franchement amusé :

-"Alors Louise, contente ?"

Je me pelotonne confortablement au fond de ma chaise pliante, toute emplie d'un bonheur tout neuf.
Le vieux tapis cachant la dalle nue me ravit, le coin télé coincé entre l'étagère de rangement bondée, le lit en planches et rondins fait maison et la penderie composée d'une branche d'arbre à peu près droite me comblent de satisfaction et enfin la pièce centrale de ce domaine fabuleux, soit la cuisine, remplie comme un métro aux heures de pointe par deux chaises, un canapé-lit pour Fanny, une table, un agencement de cuisine en bois made in les petites mimines à Jean, une cuisinière et un fourneau à bois, m'émerveille littéralement.
Je m'appelle Esmeralda et je vis dans ma cour des miracles à moi.

-"Mouiiii ! Je suis contente, contente ! Oh Jean, tu ne peux pas savoir combien je suis contente !"

-"Et lundi, tu seras toujours aussi contente après avoir parcouru entre trente et quarante-cinq minutes de trajet pour aller travailler, rentrer plus tard le soir, et mardi, et mercredi, et durant les soirs de brouillard en automne, et sur la neige en hiver ?"

-"Mais je m'en fiche, on est chez nous, Jean ! Tu comprends, chez nous ! C'est si génial, rhoo que je suis contente !".

Deux ans que nous attendions cet instant.
Vingt-quatre mois de travail acharné, de gravats, de maçonnerie, de menuiserie, de plomberie, de fumisterie, croyez moi, lorsqu'on en arrive à la peinture, ce n'est plus qu'un régal !
Les meubles du camping bus sont retournés dans leur véhicule et c'est dans un vrai évier que nous lavons prestement notre petite vaisselle.

Nous nous jetons sous la couette et honorons cette toute première soirée de notre amour le plus fervent, le plus sincère.

En plein ébats amoureux, le fantôme de bébé vient me hanter. Vite, je chasse cette apparition de ma cervelle, je veux m'imprégner pleinement de cet instant de plénitude, je remettrai à demain cette satanée torture de l'esprit et du corps.
Alors qu'une larme traitresse et furtive coule silencieusement sur ma joue, j'étreins encore plus fort Jean, je veux qu'il me protège de mes pensées sombres, de mon virus, de mon cancer, je me fiche qu'il n'ait pas de travail, nous avons un toit, notre nid et notre amour.

Contrairement à Armstrong, nous n'avons rien fait pour l'humanité, mais cette fois-ci nous avons franchi un grand pas pour notre propre avenir. Merci qu'il nous soit donné de vivre déjà cela, chaque évènement doit trouver sa place en temps voulu. J'en suis convaincue.

Avant de m'endormir, j'ai une pensée pour ma mémé, ma petite visiteuse dans mes nuits difficiles :

-"Mémé, je t'aime ! Tu vois, je suis heureuse, là tout de suite, je suis heureuse...mais je serres quand même les pouces pour qu'un jour, je puisse t'offrir une descendance. Bonne nuit mémé, à bientôt"

Et Morphée vient me prendre doucement, caressant mes paupières et m'entourant chaleureusement de ses bras.


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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 22 Sep - 1:32

Lundi matin, six heures debout !
Droits comme des "i", nous sursautons dans un bond et nous jetons hors du lit, de peur que j'arrive en retard à mon travail.

Puis, au tour du soir.
Alors je prépare le souper, tandis que Jean me relate sa journée bien remplie, tant de mètres de bardage peints, finitions de la salle de bains, labourage de l'ancien jardin potager qui va d'ici peu reprendre du service, bref un vrai gentleman farmer et homme d'intérieur à tout faire.

Et moi, parfaite jeune femme active, qui s'en va tous les jours gagner l'argent du ménage, gratifiant mon homme d'une rapide bise matinale avant de prendre la route.
Femme qui se transforme tout de même le week-end en "pousse brouette" sous les ordres du maître d'oeuvre, troquant ses habits de ville contre une paire de vieux jeans, un pull miteux, des gants de travail et une casquette pour poncer des poutres, décrépir des murs ou poser des parpaings en béton.
Notre rythme de croisière s'installe enfin et je me surprend à rêver silencieusement.

Une petite voix entremetteuse et dangereusement tentatrice me susurre :

-"Toc, toc ! Dis moi, est-ce que cela te dérangerait beaucoup que ton homme reste à la maison et que toi, tu continues à travailler à l'extérieur ?"

-"Non......"

-"Oui, mais réfléchis bien...tu devrais descendre à Genève tous les matins et remonter ici tous les soirs, quelque soit l'état des routes. Toute seule, en voiture. Toi seule subiras des horaires. Tu n'auras pas grand chose de trépidant à raconter le soir, tu seras stressée par ta longue journée, alors que lui, organisera ses tâches à sa guise, iras rencontrer des voisins, modulera son travail varié selon son désir...ne seras-tu pas envieuse, ne te sentiras tu pas un peu exclue, bêtement routinière...?"

-"Non...je ne crois pas.."

-"Alors, pourquoi ne pas lui en parler, il pourrait peut-être accepter de rester à la maison, pourquoi pas ?"

-"Rester à la maison..oui...Pourquoi pas après tout ? Comme ça, nous pourrions envisager à tout hasard..de.."

-"De...quoi par exemple ?"

-"Eh bien..d'avoir un bébé, non ?! Nous n'aurions plus besoin de nounou; d'ailleurs, le seul dans cette maison à savoir comment s'occuper d'un nouveau-né, c'est bien lui après tout !"

Petite voix tu es bien trop pressée.
Voilà tout juste un mois que nous avons emménagé, posé nos marques, non, non, je ne veux pas t'écouter pour l'instant.
Il est bien trop tôt. Attendons encore.Partons deux semaines en vacances dans les Hautes-Alpes en bus camping et nous lui soumettrons l'idée à notre retour.

D'autant plus que nous partons comme une vraie famille avec Fanny et Gillian sa nièce, qui ne manqueraient pour rien au monde ces vacances, deux ans que nous attendons tous de pouvoir y retourner.
Car précisons le, nous nous rendons dans une ferme, oui, mais une ferme équestre et le cheval est une véritable passion pour eux trois.
Alors oui, pendant ou après ces vacances, cela sera plus propice, j'en suis certaine.

Et me voilà, échafaudant mon plan, pièce par pièce, métré après métré. Je bâtis une seconde maison dans le labyrinthe de ma raison.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 22 Sep - 2:31

CHAPITRE XVIII

J'ai volé une famille qui n'est pas la mienne, glissé dans une peau qui ne m'appartient pas et je me plais à tenir le rôle magique et extraordinaire de fausse mère partant en vacances en couple avec ses deux enfants. La félicité mensongère la plus parfaite.
Nous naviguons à bord de notre bus tout emplis de joie et d'excitation, qui caractérisent si bien nos départs estivaux, surtout pour l'excitation.

Le soir précédent notre petit périple, nous avons installé notre nouveau frigidaire à taille lilliputienne.
Crise en la demeure, pas moyen de le mettre en marche, jusqu'à que nous ayons la lumineuse idée de le mettre de niveau !
Puis il a fallu vider notre somptueuse cuisine pour l'installer dans le véhicule et enfin embarquer notre literie au grand complet, sans compter les bagages, les tentes de camping, butagaz et ne pas oublier les filles.

Les traits tirés mais heureux, nous voilà enfin parcourant la route qui doit nous mener à la fameuse ferme nichée au beau milieu d'un nulle part sauvage, entouré de majestueuses montagnes rocheuses, de collines rougeoyantes de coquelicots et d'un grand lac mystérieux, au fond duquel le vieux village de cette vallée est condamné à vivre à tout jamais en l'état de fantôme.

Enfin, voici le dernier lacet de route d'une série qui semble interminable, et voilà les premières balles de foin attendant sagement qu'un tracteur veuille bien les emmener dans une grange, maintenant juste devant nous.
A gauche, l'écurie voûtée et la grande place, le vieux marronnier, l'imposant gîte de la tante Iris, avec ce grand toit gris qui caractérise si bien les bâtisses de montagne et plus haut, la maison de Jeannette et de Paul, construite dans un style qui rappelle les régions situées plus au sud.

Tous nous accueillent avec le sourire, nous les premiers helvètes à avoir découvert leur domaine, surtout Jeannette, de quinze ans mon aînée, avec qui de réels liens d'amitié se sont noués au fil des ans et des évènements de la vie, simplement.

Leur fils Patrick est là aussi, juché sur sa jument espagnole fougueuse et piaffante comme à son habitude, entouré d'un cercle de touristes, ma foi tremblants d'anxiété, tout à coup plus aussi sûrs de vouloir partir en ballade sur ces monstres, dont les oreilles se pointent en tous sens, frappant leur ventre de leurs membres postérieurs pour chasser les mouches, ils découvrent avec horreur que les chevaux...bougent !

Ce dernier, il est vrai par conscience professionnelle, mais également par un certain goût de malice, leur assène le coup de grâce lorsqu'il énumère le nombre incroyable de chutes que peut subir tout cavalier si d'aventure, il n'écoutait pas assidûment toutes les directives et recommandations d'usage.

En riant, nous lui faisant un signe de la main :

-"Hééé, voilàààà les Suiiisses" en imitant notre accent, "de retour chez nous ?" Puis, s'adressant à l'assistance :

-"Vous voyez eux, ils ont bien écouté et ma foi, ils sont encore en vie ! Et ils reviennent !"

Les client rient à leur tour, légèrement plus détendus et toute la troupe s'en va pour une heure ou deux.

Gillian et Fanny s'excitent comme des puces, tournant autour des chevaux telles des mouches, jacassant à tort et à travers :

-"Ah ! Tu as vu, Fleur est toujours là..oooh, celui-là il est beau et là Sarrachita, Bella, Bobet..."

-"Ben moi, je monterai celui-ci, oh la la, qu'est qu'il a l'air bien et puis celui là...et puis, et puis..."

Laissant les filles à leur légère crise d'hystérie, nous nous dirigeons vers Jeannette, qui ne nous a pas encore aperçu.
Lorsqu'elle se retourne, elle s'écrie de tous ses mots si chaudement empreints de soleil et de cricri des cigales :

-"Oh, bonté divineu ! Voilà Jean et Let, oh mon dieu, mon dieu tu n'as pas grossi Let et comme tu es pâleu, bé Jean, qu'est-ce que tu lui as fait subireu alors ?"

Jeannette attend avec impatience que je lui raconte tous nos derniers périples, que Jean lui explique où il en est avec les travaux de la maison et nous, nous avons également hâte de connaître les dernières anecdotes de la région, des nouvelles de leur famille et ce, en complément aux quelques communications téléphoniques échangées durant l'année.
Et la tante Iris arrive elle aussi, toute émue de nous revoir, pressée d'embrasser Fanny la "..petite qui avait si peur de Fleur" et qui grandit si vite.
Je me sens bien auprès de ces deux femmes et mes angoisses s'estompent peu à peu.

Alors que nous installons notre campement, un sentiment de paix m'envahit petit à petit.
Nous ne disposons pas de d'installations sanitaires luxueuses, cette ferme équestre n'a finalement rien d'extraordinaire, hormis les chevaux, mais ce vallon campagnard nous a séduit depuis bien longtemps déjà.
Le repas pris sous une voûte céleste cristalline, l'eau qu'il faut aller chercher à la fontaine, toutes ces petites choses me permettent de me ressourcer enfin, de faire mon plein d'énergie, surtout de me transplanter dans un autre monde, sans blouses blanches, dans une autre vie.









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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 22 Sep - 3:35

Béatitude champêtre, les petits oiseaux sifflent une jolie ritournelle, les papillons virevoltent dans le ciel azur.

Baignée d'un aura des plus romantique, je m'affaire à ranger quelque peu le bus camping et aperçois mes trois amours avancer vers moi tout sourire, ils ont l'air heureux-ravis.

Couvrant un peu le son de ma fameuse béatitude champêtre et des petits oiseaux sifflotant gaiement, ils commencent à parler tous en même temps :

-"Let, il va y avoir un super truc tout à l'heure. On va tous aller au Mont Colombis à cheval, tous les cavaliers de la région, faire bénir les bêtes par un prêtre, c'est génial" me dit Jean, entre parenthèse, non pratiquant et protestant.

Fanny rajoute, réellement illuminée par l'excitation :

-"Oui, c'est super et puis c'est sur deux jours et on va dormir là-bas avec les chevaux et il y aura aussi des vaches !"

Et Gillian de terminer :

-"Toi aussi, il faudra que tu viennes avec le bus, pour l'assistance et les petits déjeuners, oh on sera facilement cinquante cavaliers, au moins !".

Le trente trois tour sur lequel tournait ma jolie béatitude champêtre au doux chants des petits oiseaux, crisse tout à coup atrocement, une raye, une grosse, le "cui-cui" roucoulant en devient...agaçant.

Prise quelque peu de court donc, je les regarde les yeux écarquillés, la seule chose que j'arrive à retenir dans l'immédiat, ce sont les cinquante petits déjeuners !

-"Qu'est-ce que c'est que ça ?! Ca se fait bénir les bêtes ? Mais il n'y a pas de routes carrossables pour monter au Mont Colombis ! Vous me voyez vraiment faire du cross country avec le bus, vous ? Eh, oh !!"

Très inquiète de ne pas savoir ce qui m'attend exactement, mon visage des mauvais jours se fige, dans l'attente de recevoir une explication un peu plus détaillée.

Jean, vraisemblablement nommé ambassadeur par les deux filles, prend prestement les choses en main, en minimisant bien sûr les points épiques de mon rôle, tout en soulignant l'importance primordiale de ma participation dans cet espèce de raid équestre.
Donc, d'une voix des plus charmeuse, il me présente l'affaire à sa manière :

-"Oh, les filles, stop ! On me laisse parler ! Premièrement, oui en effet, ça se fait bénir les troupeaux et cela doit être vraiment intéressant d'assister à ce genre d'évènement une fois dans sa vie; deuxièmement, non, tu n'auras pas à préparer cinquante petits déjeuners, mais juste à en transporter une dizaine, destinés à Patrick et à ses copains, ainsi que les nôtres; troisièmement, il faut bien que nous dormions à quelque part, donc dans le bus et finalement, tu seras tout à fait capable de le conduire dans les petits chemins, d'ailleurs en très bon état, étant donné que l'on peut monter au Mont en voiture de tourisme !".

Hum...je demande à voir. Méfiante, je les scrute tous trois d'un air incrédule.

Fanny sans doute déçue par ma réaction, pauvre petite innocente qui pensait me voir sauter de joie, rue déjà dans les brancards comme à son habitude lorsqu'elle sent que la cause n'est pas gagnée d'avance et me lance d'un ton criseux à peine dissimulé, mettant le feu aux poudres :

-"Oh, de toute façon, si tu ne viens pas, on s'arrangera sans toi ! Mais tu pourrais penser à papa pour une fois, car lui, il a vraiment envie de s'y rendre ".

Ce soudain élan de de tendresse profonde, désintéressée et toute neuve envers son père m'agace au plus haut point et c'est d'un ton tranchant que je lui ferme son clapet :

-" Oh dis donc toi, il faudra d'abord m'expliquer comment tu feras pour tenir à cheval aussi longtemps, alors que tu n'en as jamais fait plus de deux heures à la filée !"

Piquée au vif, mademoiselle crise cette fois-ci tout à fait officiellement et pour ma part, j'ai la soudaine envie d'effectuer un échange standard à l'agence de location d'enfants.

Franchement irrité par nos sempiternelles passes de ping-pong, Jean se fâche :

-"De toute façon Let, tu n'es jamais partante pour rien. Alors, fais ce que tu veux, mais moi, j'y vais, avec ou sans toi !".

Les larmes aux yeux je ne réponds rien, de peur de perdre la face devant sa fille et je me ficherai en plus des gifles, tant ce subit excès d'idiote sensibilité m'énerve.
Moi qui d'habitude adore l'aventure, me voilà presque entrain d'éclater en sanglots, quoique la tirade de Jean m'ait semblé franchement injuste, lui qui a plutôt tendance à me retenir par mes baskets à chacune de mes envies de péripéties loufoques.

Il faut dire que depuis hier déjà, des douleurs bien caractéristiques se manifestent au niveau de mon bas ventre, annonçant des règles toute prochaines.
Or depuis ma dernière conisation, les quarante huit heures précédents l'apparition de la première goutte de sang, sont franchement à la limite du supportable, me causant de véritables spasmes abdominaux comparables, parait-il, à ceux que subiraient une femme qui accouche.
A tel point que j'ai pris l'habitude de pratiquer la respiration par halètements, pour me soulager un peu. Comble d'ironie.

Afin de ne pas gâcher les vacances de ma petite troupe, je n'ai évidemment rien dit et me suis bourrée de cachets.
Pour l'instant, la douleur n'a pas l'air de progresser.
Mais, mon sale caractère du moment et cette sensibilité brusque et aiguë, ont vite fait de me trahir.

Jean m'observant se calme alors et me propose d'un ton si prévenant, qu'il me faut faire des efforts titanesques pour ne pas éclater en pleurs ridicules :

-"Bon, on se calme..je vais partir tout à l'heure en reconnaissance en moto avec Patrick, pour me rendre compte de l'état réel du chemin. D'ici là, on va voir Jeannette qui elle, nous dira si oui ou non, nous pouvons y aller avec le bus, d'accord ?".

La gorge serrée mais reconnaissante, j'acquiesce, soulagée par cette proposition raisonnable.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Jeu 22 Sep - 15:32

Jeannette me rassure :

-"Oh oui, oui ! Moi je monte jusqu'en haut avec ma voiture, té, ce n'est pas peu dire, alors il n'y a pas de souci !".

A moitié convaincue, sa voiture étant légère et courte, alors que notre bus est plutôt lourd, surélevé et franchement long, je décide d'aller me reposer, du temps que Jean fasse sa reconnaissance.

Quelques heures plus tard, Jeannette qui m'avait trouvé grise mine, s'inquiète de ne pas me revoir apparaître et demande à Fanny de bien vouloir jeter un coup d'oeil à notre campement.
Cette dernière m'y trouve recroquevillée sur le matelas, hurlant ma douleur en silence.

Je dois maintenant faire face à de véritables contractions, dont la fréquence ne me laisse à peine le temps de reprendre mon souffle.
Je pousse énergiquement à chacune d'entre elles, dans l'espoir qu'un peu de sang libérateur arrive enfin, mais en vain.
La sueur me détrempe de la tête aux pieds et pourtant, je claque des dents, tellement j'ai froid.
Je hais cette douleur. Vive et sournoise, elle me fouille gratuitement mes entrailles, et encore, et encore, sans aucune pudeur.
Elle m'assaille tout entière, ne me laissant vicieusement que l'empreinte de l'accouchement et non son fruit.

Fanny, courageusement du haut de ses douze ans courre chercher Jeannette, qui se précipite à l'intérieur de notre bus.
Lorsqu'elle me voit dans cet état, elle crie d'affolement :

-"Oh mon dieu, mon dieu ! Vite, vite, tu ne vas pas rester comme ça, je vais appeler une ambulance et tu descends à l'hôpital de Gap ! Oh la la, mais qu'est-ce que tu nous fait là, dis ma Let, alors ?!".

Avec une hargne que je ne me connais pas, je lui coupe la parole :

-"Ah, ça non, jamais, n'y comptes pas ! Il faudra que je leur raconte toute ma vie et puis cet hôpital...j'ai pas confiance ! Non, non, il n'y a rien à faire et puis d'abord, tous les mois c'est comme cela !".

Je mens un petit peu car c'est bien la première fois que cela se passe aussi mal, mais bon, les deux autres mois n'étaient pas tristes non plus.
Je reprends mon souffle, plutôt mal que bien et lui lance :

-"Appelle un médecin, qu'il me fasse une injection de calmants".

Jeannette devenue maintenant aussi blanche que moi ne discute plus, mon ton ne lui laisse aucun choix de toute façon, elle charge ma pauvre Fanny de veiller sur moi, tandis qu'elle se précipite pour contacter un praticien.

La tête sur les épaules, de marbre, Fanny s'installe alors sur un strapontin, face à l'entrée du véhicule, ne me quittant pas des yeux.
J'essaye de dédramatiser la situation, histoire qu'elle ne soit pas trop choquée et tente de paraître un peu moins mal, lui expliquant peu clairement que ce genre d'incident n'arrive pas à toutes les femmes et que je suis plus un cas en la matière, qu'une généralité.

Enfin le médecin arrive et je l'accueille d'une façon des plus sincèrement désagréable, ressentant le besoin inouï de me décharger de cette insupportable douleur sur le premier présumé coupable se trouvant à ma portée, le pauvre homme !

D'un ton revêche :

-"Ah ben dis donc ! On a le temps de mourir trois fois dans votre patelin perdu ! J'espère au moins que vous êtes gynécologue !".

Imperturbable et ne se laissant pas impressionné, ce dernier me rétorque tout net :

-"D'abord, vous n'êtes pas ma seule patiente du jour, ensuite je ne suis pas gynécologue mais médecin de campagne et si vous ne voulez pas de moi, et bien je m'en vais !".

Il avait trouvé les mots justes, ceux-là mêmes qui vous font redescendre de votre spirale infernale engendrée par tant de souffrances aiguës.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 28 Sep - 16:41

J'avais maintenant rejoint la réalité et mon esprit affolé était à nouveau apte à raisonner avec bon sens.
Constatant certainement cette métamorphose sur mon visage, il reprend d'un ton plus doux :

-"Alors, vous pourriez peut-être m'expliquer calmement ce qu'il vous arrive, d'accord ?"

J'entreprends donc de lui exposer mon parcours médical et arrive même à lui dresser une liste des substances auxquelles je suis allergique.
Pendant ce temps, il tente tant bien que mal de s'installer dans notre bus, se tapant le front plusieurs fois contre les meubles du véhicule et s'assied enfin à côté de moi, muni d'une seringue emplie à ras bord d'un liquide jaune foncé et à l'aiguille ma foi, fort imposante.
Inquiète, je le regarde s'approcher de mon bras :

-"Qu'est-ce que c'est que ça ?"

-"Je vais vous faire une intraveineuse à base de morphine pour vous calmer, sinon avec vos spasmes, on n'arrivera à rien...restée couchée car l'effet va être ultra rapide. C'est juste pour vous calmer la douleur...vous ne dormirez pas du tout. Allons-y..."

A peine a-t-il commencé à m'injecter cette substance que je sens une énorme nausée m'envahir, mais alors, titanesque !
Plaçant prestement la main contre ma bouche, je lui chuchote dans un souffle :

-"Viiiite, je vais vomir !"

-"Eh, attendez ! Je n'en suis qu'à la moitié..."

-"Non, je vais vomiiiir..."

J'ai juste le temps de me dresser comme un ressort, le pousser d'un coup sec et me jeter accroupie jusqu'à l'entrée du bus.
Alors que je vomis des litres et des litres de bile, je l'entends crier :

-"Mais faites attention, la seringue est toujours plantée dans votre bras !"

Pour ma part, continuant à vomir atrocement, j'espère que Fanny a pu éviter le cataclysme à temps et je sens le médecin me retirer l'aiguille.
Enfin vidée de tout le liquide qu'un corps peut contenir, je le regarde, parfaitement navrée :

-"Désolée, mais là, j'ai vraiment senti que ça venait tout seul ! Excusez-moi pour le coup que je vous ai mis, mais j'ai surtout cherché à éviter de vomir tout ça sur vous..."

Très digne, se frottant le bras, il me répond d'un air détaché :

-"Bah, au moins maintenant, vous savez que vous ne supportez pas la morphine.."

Recouchée et épuisée, il me prend soudain une fulgurante envie de rire, visualisant cette scène totalement loufoque .
Il me regarde, un léger sourire flottant au bord des lèvres :

-"C'est embêtant, mais c'était ma dernière ampoule. Note qu'après ça, je pense que vous êtes beaucoup plus détendue...Alors, je vous explique la suite : Votre gynécologue vous a dit que votre col était très petit. De plus, après avoir subi deux conisations, on peut considérer qu'il a encore plus de difficultés à se dilater.
Par conséquent, on va lui donner un petit coup de pouce...enfin, si je peux m'exprimer ainsi, je vais vous retourner l'utérus, cela vous fera un peu mal et dans les heures qui suivent vous allez avoir vos règles, votre musculature utérine étant réveillée par cette manipulation".
Je le regarde, incrédule :

-"Vous avez déjà fait ça ?"

-"Oui, mais sur des vaches..."

Dans un sursaut d'inquiétude légitime :

-"Quoi ?! Vous ne m'aviez pas dit que vous étiez vétérinaire !"

Il éclate de rire :

-"Mais non, je ne suis pas vétérinaire ! Mais vous savez, à la campagne, lorsqu'une bête n'arrive pas à se libérer, on appelle d'abord le vétérinaire et s'il n'est pas disponible, on s'adresse ensuite au médecin de campagne. C'est une question de survie, c'est tout !"

Et ma vie alors ! D'abord, est-ce que les vaches ont un utérus comme les femmes ? Le mien en comparaison doit être tout, tout petit...
Je scrute son visage d'un air farouche.
Dilemne, que faire ?

Lui, les mains gantées, assis en tailleur coinçé entre le frigo et la porte d'entrée, attend patiemment que je me décide.
Je réfléchis, misère, là je réfléchis.
L'autre médecin du coin est en vacances, l'hôpital de Gap ne m'inspire pas du tout et puis, si j'étais en pleine forêt amazonienne, je prierai à genoux le vétérinaire ou le médecin de s'exécuter. Alors...
Je ne me vois pas du tout, mais pas du tout, du tout revivre les prochaines heures de ma vie avec de telles douleurs.
Dans un soupir résigné, me mordant les lèvres, je ferme les yeux et m'installe docilement. Bonne bête.

Il me pénètre très délicatement et de sa main, saisi mon utérus et hop, me le retourne.

Hormis le fait que j'ai la nette impression que ses doigts sont remontés jusqu'à mes amygdales, à peine ai-je le temps de ressentir une douleur sourde et tout est déjà terminé.

-"Ca va, pas trop pénible ?"

Je lui répond, soulagée :

-"Et la vache, elle, elle se porte comment aujourd'hui ?"

Impassible, il répond :

-"Très bien, je l'ai revue il n'y a pas longtemps ! Bien, vous allez rester étendue et vous reposer jusqu'à que vous ayez vos règles, puis tout rentrera dans l'ordre. Votre flux sanguin risque d'être abondant, mais ne vous inquiétez pas, c'est normal."

-"Oh de toute façon, depuis mes opérations, c'est toujours la croix et la bannière pour qu'elles se déclenchent, mais une fois qu'elles sont là, ce sont les vraies chutes du Niagara ! A tel point que j'ai en permanence des anti hémorragiques sur moi !"

Tout à coup je me souviens qu'en fin d'après-midi, je suis censée réaliser mon cross-country-convoi assistance !
Aïe ! Comment vais-je annoncer à Jean que je ne peux m'y engager ?
Sait-on jamais, posons tout de même la question au praticien :

-"Heu..j'ai encore un petit problème à régler..."

Rangeant ses affaires et préparant sa note d'honoraires, le médecin relève à peine la tête :

-"Oui, qu'est-ce que c'est ?"

-"Eh bien ce soir, je devais piloter ce bus à flan de montagne en convoi assistance pour rejoindre le groupe de cavaliers qui vont faire bénir les bêtes au Mont Colombis...Vous pensez que je puisse m'y rendre..ou pas ?"

-"Conduire ce véhicule là au Mont Colombis..." me répète-il quelque peu ironique, mais il rajoute à ma grande surprise :

-"Conduire, il n'en est pas question, vous êtes bien trop fatiguée, mais y aller accompagnée, pourquoi pas ? Et puis les bosses et les ornières de la route ne feront que favoriser le passage du flux sanguin, je ne suis pas contre !"

Ouf, cela est moins pire que je ne l'imaginais, il me faut donc trouver un chauffeur et la partie est gagnée.

D'un coup d'un seul, je me sent si fatiguée, qu'après avoir pris congé du médecin, je m'endors à poings fermés, rêvant d'une jolie vachette rouquine trottant dans un pré.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Ven 30 Sep - 15:01

CHAPITRE XIV

Un caquètement de moto et des bruits de voix me réveillent en sursaut.
Jeannette, Fanny, Jean, Gillian et Patrick entourent le bus :

-"Coucou...ça va mieux ?"

Jean que je sens tout de même un tantinet contrarié se veut attentionné.

Moi, calmement comme si rien ne s'était passé, lui répond sereine :

-"Oui, merci, j'ai bien dormi. Maintenant ça va, je n'ai plus mal, je crois bien que j'ai mes règles...tout va bien ! Il faut juste que je trouve un chauffeur pour tout à l'heure"

Tout ce petit monde me regarde d'un air éberlué. J'ai semblé être à l'article de la mort pour Jeannette et Fanny, Jean a été mis au courant de ma mésaventure dès son retour et très inquiet, a accouru vers notre bus et moi tranquillement, je suis entrain de planifier notre départ prévu dans une heure ou deux !

Jean est presque fâché. Il s'était préparé au pire en quelques secondes et il me retrouve parfaitement détendue, l'ai léger.
Il faut qu'il passe sa colère émotionnelle sur quelqu'un et d'un ton presque rogneux, il me lance :

-"Bon ! Vu que je ne peux plus aller à cheval, puisque tu n'es même pas en mesure de conduire, on montra tous les deux en bus, parce qu'en tous cas, moi, je ne veux pas rater ça !".

Patrick, sentant l'ambiance se gâter, file en douce et de son côté, Fanny prend ma défense en narrant à son père toute la scène de cet après-midi avec force détails, surtout ceux concernant mon horrible vomi et Jeannette appuie encore sur la frayeur que je lui ai causé.

Je ne veux gâcher les vacances de personne...encore moins les miennes. Je me rends tout à fait compte que cela n'est pas drôle pour Jean d'avoir une compagne malade.
Et puis je les connais tellement bien, lui et ses colères, qui reflètent ses anxiétés, ses peurs, son mal être.
Me mordillant les lèvres, je prends le parti d'enfouir la petite pointe de rancoeur furtivement ressentie et prends mon bonhomme par le bras, en faisant quelques pas, m'excusant encore de lui faire rater une telle expédition équestre.

Bourru, peut-être légèrement honteux il me répond :

-"Bof, tant pis, c'est comme ça ! Ca aurait pu être pire finalement, mais reconnais que tu me les auras toutes faites !".

Reconnaître, pour moi ce terme équivaut à établir une culpabilité, mais je ne suis pas fautive, Jean. Moi non plus je n'ai pas demandé à être malade. Pourtant je me tais, le silence fait barrage à toutes scènes, à tous cris.
Impuissante et un peu lasse, du bout du pied, je shoote les petits cailloux du chemin.

Jean rompt enfin ce silence :

-"Tu es vraiment sûre de vouloir venir ? Ce n'est peut-être pas très prudent..."

-"Ne t'inquiètes pas, j'ai le feu vert du médecin, le pire est passé je t'assure. Cette fois-ci, c'était juste un peu plus difficile, c'est tout..maintenant que j'ai mes règles, tout va bien !".

-"Oui, mais on va attendre encore un moment pour être tout à fait sûrs, je préfère. Parce que là-haut, à mon avis, tu ne pourras pas être secourue à temps en cas de problème...et Jeannette m'a dit que tu pouvais rester chez elle pour cette nuit, vous pourriez nous rejoindre tranquillement demain ?"

-"Oh non Jean ! J'ai envie d'y aller avec toi. Et puis tu sais, au cas où, il y aura bien un vétérinaire qui pourra s'occuper de moi !"

Devant son air incrédule, je lui relate le chapitre de la manipulation de mon utérus et il éclate de rire :

-"Bon et bien, c'est toi qui voit ! Tu es la mieux placée pour juger".

Et nous voilà partis dans un tintamarre de bruit de casseroles, s'entrechoquant entre elles à l'intérieur des petites armoires de rangement de notre véhicule.

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 3 Oct - 15:20

"la vache est toujours là... elle se porte bien"...

ça met en confiance moi j'dis.... sacrée Let... quel courage...
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   

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