A cheval ferré ou paré, toutes les questions

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 Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)

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odile
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Oct - 10:37

Aloors !! La suite !!

Moi, je te lis comme une personne lambda avec un roman. Et j'adore ce que je lis !! bien que ce soit ton histoire, et j'en ai consience, je me laisse prendre par le récit. Je visualise toutes les scénes dans ma petite tête, Parfois cela m'émeus à en pleurer, d'autre rire à gorges déployée !!
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mondoudou
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Oct - 15:02

c'est tout pareil pour moi...c'est comme un roman (je sais que c'est ta vie let...mais c'est tellement bien écrit...)!
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letback74
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Oct - 15:39

-"Tu vois, la route est totalement carrossable" me dit Jean d'un ton léger.

-"Moui...mais attention...freine ! Oups, là par contre, il y avait un sacré trou, hum...Tu as vu Jean, il n'y a plus de bitume et puis tiens, il y a plein de grosses racines là...attends, prend plutôt à gauche, là...et puis, redresse ! Reprends à droite..."

-"J'fais ce que je peux.." grommelle Jean.

Nous louvoyons de long en large, débrayant, embrayant, un vrai cross country, quoi !
Je tressaute sur mon siège comme une puce et m'accroche fermement aux poignées pour ne pas m'assommer la tête contre la portière ou le plafond.
Notre bus, handicapé par sa longueur, son poids et sa hauteur surélevée, penche sérieusement tantôt à gauche, tantôt à droite, les roues en équilibre entre deux ornières..

Je regarde Jean d'un air amusé :

-"Dis donc, tu crois que j'aurai été capable de piloter cet engin dans ces conditions ?"

-"Ben...pas vraiment à vrai dire. Ce n'est peut-être pas plus mal que je sois là finalement !"

-"C'est bien ce qu'il me semblait ! En tous cas, il avait raison le docteur, rien de tel pour provoquer vos règles ! Je ne te raconte pas comment je serres les fesses en ce moment !".

Jean, inquiet, me jette un coup d'oeil en biais, histoire de ne pas quitter la piste des yeux un seul instant :

-"Ca va, tu tiens le coup ?"

-"Ne t'inquiètes pas, tout va bien ! Oh, regardes là-bas, il y a plein de cavaliers, oh, c'est génial !"

Enfin, nous avons rejoint le groupe au pied d''une magnifique maison en grosses pierres, dont la terrasse surplombe une bonne partie de la vallée.
Fanny et Gillian sont enchantées de la première partie du périple à cheval et nous aidons maintenant à installer le campement pour la nuit, à tirer des cordes pour attacher la vingtaine de chevaux présents et à monter les tentes des participants.

Vers deux heures du matin, la fatigue gagne enfin peu à peu cette assemblée de gais lurons et un silence enveloppant imprègne totalement le pré.
Jean ne tarde pas à s'endormir lui aussi, ronflotant un air rythmé.
J'entends les cliquetis des mousquetons des licols coulissés aux longes et quelques hennissements de mise en garde destinés certainement à un voisin équidé empiétant d'un peu trop prêt l'espace d'un de ses congénères.

Plongée avec félicité dans ma douce abnégation de la vie, la tête me tourne légèrement, je ne me rends pas compte immédiatement que mon hémorragie s'est peu à peu calmée.
Toujours accroupie, ce sont mes genoux qui me rappellent à l'ordre ! Avec difficulté, je me redresse lentement et prise d'un vertige, je m'adosse contre le bus.
Je reste debout là, immobile, fixant toujours cet extraordinaire tableau céleste, si captivant par sa beauté qu'il m'a semblé un moment, que je dansais au milieu de toutes ses étoiles, plus de ligne d'horizon, point de cadre, mais une sphère bien ronde, d'un noir profond scintillant, plus d'apesanteur, la tête en haut, en bas, sentiment de calme plénitude, sensation de liberté.

Je dois prendre congé de vous toutes, petites étoiles, merci madame la nuit de m'avoir fait partagé ton espace magique.

Alors que j'ouvre la porte du bus dans un effroyable grincement de charnières, Jean me fait sursauter.
Couché sur le lit, appuyé sur un coude, il me fixe avec des yeux encore chargés de sommeil :

-"Où étais-tu passée ? Qu'est-ce qu'il y a ?"

-"Rien, rendors toi. J'ai eu une sacrée hémorragie, j'ai dû sortir, mais maintenant, tout va bien."

Il sursaute :

-"Quoi ? Mais tu aurais dû me réveiller ! Tu es sûre que tu ne veux pas redescendre ?"

-"Mais non, ça va, je vais dormir un peu."

-"Mais ça a duré longtemps ?"

Je lui réponds en baillant :

-"Euh...je pense oui." Je regarde ma montre, mon dieu, mais j'ai vraiment cotoyé les étoiles !

-Et bien en fait...près de trois heures...! Tu sais, j'ai bien cru que j'allais y rester, mais il en a été décidé autrement on dirait ! Ca coulait, ça coulait et puis tout à coup, plus rien ! Bizarre, non ?".

Jean quelque peu surpris par mon ton si calme et si serein, me borde et m'entoure de ses bras protecteurs :

-"Dors maintenant, Le matin est bientôt là"

Je ferme les yeux et retrouve bien vite toutes mes merveilleuses petites étoiles.


Dernière édition par letback74 le Mar 4 Oct - 23:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Oct - 16:43

Franchement Let !! Faus que tu édites tes écrits, c'est vraiment trop beau !!!
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gitane
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Oct - 17:37

un peu de mal à venir lire ces temps ci, mais promis, je rattraperais mon retard
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Oct - 23:55

CHAPITRE XV

Je pense "bébé".
Je dors, je mange, travaille, discute "bébé". J'additionne, soustrait, pèse, soupèse, affirme, refuse, positif, négatif, avance, recule, hésite, rêve; cauchemar, espoir, désillusion, pour, contre, grâce et à cause de "bébé".
Tantôt je me range du côté de Jean "...qui ne veut toujours pas entendre parler de bébé pour l'instant", tantôt je me dis qu'après tout, je ferai comme toutes les mères, j'aviserai lorsque le petit sera là.

Bon, pour l'instant, je veux bien la mettre en veilleuse, Jean est encore au chômage mais par contre, la maison avance bien.
Et puis de toute façon pour faire un bébé, il faut être deux. Or, nos relations de couple sont de plus en plus distantes, voir inexistantes.
Il y a bien un petit oasis là-bas tout au fond de la carte postale, mais je me perds de plus en plus dans les dunes du désert qui l'entourent.

La dissertation disséquée du sujet "bébé" occupe le le soixante pour cent de ma libido et les quarante pour cent qui pourraient rester disponibles sont ma foi, bien troublés par mes ovulations de dix jours et mes règles toujours aussi violentes de quinze jours.
En cherchant bien, je trouverai peut-être encore un petit dix pour cent de libre soustrait aux fameux soixante, pour autant que nous ne nous soyons pas disputés au sujet de Fanny, du manque d'argent, du ménage qu'il a ras le bol de passer et j'en oublie.

Bref, vie de couple bien tourmentée et étriquée. Et moi, je compte les mois.
Cela fait maintenant huit mois que j'ai été opérée, le bébé serait presque à terme. Soupir.

Le rêve de Jean est d'avoir des chevaux. Le mien, de fonder une famille. Encore un autre sujet de discussion quelque peu explosif.

Tout d'abord ces grandes bêtes, je les trouve certes très belles, mais de loin, elles me causent une peur bleue, à la limite de la panique.
Je suis montée deux fois à cheval avec Jean pour lui faire plaisir et de mes genoux ou de mes dents, je ne sais pas trop lesquels faisaient plus de bruit.

Nous avons un ami paysan qu possède quelque uns de ces specimen.
Jean et Fanny sont naturellement souvent chez lui et moi, je les regarde à distance.

Jean essaye de me convaincre :

-"Ecoute Let, de toute façon c'est mon but d'avoir un jour un ou plusieurs chevaux à la maison. J'ai passé toute mon enfance avec des chevaux. En Floride, je m'en occupais et en montais tous les jours. Et puis pour Fanny, ça serait très bien d'en avoir un à elle. Elle a l'air d'aimer l'équitation et si elle veut pouvoir progresser, il faut qu'elle puisse avoir sa propre monture. Et tu le sais, je te l'ai toujours dit, nous aurons des chevaux !".

Ma gorge se serre :

-"Alors, tu aurais des sous pour acheter et entretenir un cheval et pas pour élever un enfant ?!"

Avec véhémence, il reprend :

-"Mais tu ne peux pas comparer ! Un cheval, crois-moi, ne coûte presque rien. Un enfant, tu dois pouvoir assumer son éducation, le vêtir, le nourrir, lui trouver une nounou, être disponible le jour et la nuit, tu es responsable de lui !"

Je lui coupe la parole avec toute la violence que me confère ce hargneux sentiment d'injustice qui empoigne tout mon être, je lui hurle ces mots :

-"Ah bon ! Un cheval ne coûte rien...Avec toi, tant que tu as envie de quelque chose, cela ne coûte jamais rien ! Et les frais vétérinaires et les parcs, tu oublies que nous ne possédons que mille deux cents mètres carrés de terrain, et la paille et tout l'argent qu'il faut prévoir pour l'achat de clôtures, le grain et tout ça ! Ici on n'est pas en Floride, Jean ! Il lui faudra un abri pour l'hiver, et encore trouver de l'argent pour refaire l'écurie. Et puis, tu devras t'en occuper tout le temps, alors les travaux de la maison n'avanceront plus et cela t'arrange bien d'ailleurs, comme ça, on n'aura jamais de bébé, jamais !"

Tous les sanglots de la terre m'envahissent, explosants tels un champignon atomique.

L'égoïsme si sincère et enraciné des hommes. Leur carrière, leur but, leur vie.
Ensuite, les nôtres. Fatalement génétique, cruellement masculin.
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Sarah
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 5 Oct - 8:39

arfff...
ça me parle...
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 5 Oct - 14:41

Jean revient à l'attaque :

-"J'ai discuté avec Eddy (le copain paysan). Il aurait une pouliche à nous vendre et comme elle n'a pas de papier, elle n'est vraiment pas chère et une occasion comme celle-là, crois-moi, ne risque pas de se représenter de si tôt...Je te propose de la voir, ça n'engage à rien tu sais, on pourrait la laisser chez lui cet hiver sans frais de pension car il aimerait que je lui débourre une autre pouliche qu'il veut se garder car pleins papiers celle-ci; elles sont actuellement ensemble, tu viens la voir ?"

Une paire de mitraillettes le fusille sur place.
Encore une de ses fameuses occasions à ne manquer sous aucun prétexte. Je n'ai jamais compris pourquoi il ne s'était pas lancé dans la vente, celui-là.
D'un ton acide, sentant que de toute façon j'avais déjà perdu la partie, je lui rétorque :

-"Et les parcs ? Tu as l'intention de la mettre où exactement d'ici cet hiver ?"

Il m'agace, il a déjà toutes les réponses à la bouche, tout est planifié :

"-On pourrait la laisser dans notre petit verger et notre voisin va voir si on ne nous prêterait pas le grand pré à côté de notre terrain. Après, on verra si l'on peut mettre la main sur un deux morceaux de terres"

"-Donc,tu veux prendre un cheval, avant d'avoir les pâtures, c'est bien ça, n'est-ce pas ? Consacrer tout ton temps à la débourrer, ainsi que l'autre et de plus, continuer bien sûr les travaux de la maison comme si de rien n'était, c'est toujours bien ça je suppose ?"

Mon cynisme aiguisé en lame de scie ne lui plaît pas du tout et quelque peu excédé :

-"Ah, mais tu m'énerves à la fin ! Je m'y connais mieux que toi en chevaux, tout de même ! Je te dis qu'une pouliche comme celle-là, on n'aura jamais les moyens de nous l'offrir ! A un prix pareil, c'est une chance unique ! Tant pis si ce n'est pas le moment, je te jure qu'il faut sauter le pas et viens la voir, tu changeras d'avis. Plus tard, elle nous fera de magnifiques poulains et je pourrais enfin me lancer dans l'élevage, c'est mon but !"

-"Et notre bébé, tu l'oublies ?"

Impuissante, je vois mes projets d'avenir s'émietter comme une vulgaire biscotte se noyant dans une tasse de café. Noir.
Jean, comme toujours finalement, ne veut pas fermer totalement la porte à mes espérances et tente de me rassurer.

Je crois qu'il est sincère, mais il ne peut s'empêcher de suivre son instinct. A moi d'accepter ou non.
Impulsif, il se jette la tête la première sur ce qu'il sent être bien pour lui, peut-être pour nous aussi, je pense que le goût du risque le propulse en avant.

Il a pratiqué une multitude de métiers, la plupart du temps d'ailleurs avec succès et à chaque fois, il est prêt à s'investir corps et âme, à recommencer sa vie en suivant une autre voie, à fréquenter d'autres personnes, à vivre sous de nouveaux horizons. Et heureusement pour lui, cette passion de réadaptation l'a sauvé là où bien d'autres auraient plongé dans la dépression et le désespoir.

C'est bien ce qui me plait chez lui, moi qui n'ose pas m'investir totalement, qui préfère projeter ma vie au lieu de la vivre de peur de me tromper de direction, dans l'angoisse de blesser mon entourage ou je ne sais trop quoi encore.
Je suis une rêveuse, ma vie quotidienne, je dois l'affronter.

Oui, je lui en veux pour ce cheval, mais je sens bien aussi qu'un homme qui ne veut pas se résoudre à devenir père une seconde fois dans sa vie, ne pourra considérer cet enfant autrement que comme une gêne, une sorte de frein à son dynamisme et par là-même, à sa plénitude et à notre bonheur.
Alors et malgré cette blessure douloureuse de désillusion, je me convainc qu'il est préférable d'attendre encore un peu, du temps qu'il partage mon désir fervent d'enfanter, que nous nous retrouvions intimement petit à petit et gagnée par la curiosité, j'accepte de rencontrer cette fameuse pouliche si extraordinaire.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 5 Oct - 15:23

Octobre 1994, l'automne est magnifique.
Ciel bleu, grand soleil, couleurs rougeoyantes, toutes les épices propres à cette saison sont au rendez-vous.
Et quel rendez-vous !

Aujourd'hui, nous allons nous rendre en famille au pré où se trouve cette jument.
Fanny ne tient plus en place, n'a pas d'appétit et nous presse de partir rejoindre Eddy. Elle m'énerve.

Jean sentant mes nerfs lâchés, la calme tout net d'un ton sec et autoritaire :

-"Bon, Fanny maintenant tu te calmes, sinon nous irons voir cette pouliche sans toi, c'est clair ?"

Elle sait qu'il ne plaisante pas et préfère sortir dans le jardin, du temps que nous soyons prêts.

Quelques vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons aux abords du parc. Jean m'avertit :

-"Ecoutes, il faut te l'imaginer avec une bonne centaine de kilos en plus, parce que pour l'instant, elle ne paie pas de mine ! Elle n'a jamais du avoir de vermifuge de sa vie et le contact humain, ce n'est pas encore ça...Mais fais moi confiance, elle mérite qu'on la sorte de là, elle est vraiment typée Quarter Horse, c'est que qu'on appelle une "Half", croisée avec de l'arabe et dès qu'on pourra lui prodiguer quelques soins nutritionnels, tu verras, elle sera splendide !"

Ca promet ! Je m'attends donc à tout et à rien et de toute façon, je ne vois même pas de chevaux à l'horizon.

Jean appelle, siffle, personne ne vient montrer le bout de son nez :

-"Bon eh bien, il faut rentrer dans le pré et voir si elles ne sont pas dans la forêt, plus bas. Tu viens ?"

-"Euh...mais tu es sûr qu'il faille vraiment mettre les pieds sur leur territoire ?"

J'angoisse un peu là, à vrai dire..

-"Si, si, tu n'as qu'à rester derrière moi, ne crains rien, viens !"

Marchant très prudemment accrochée derrière ses talons, telle une tête d'ogive suiveuse, je m'aperçois tout à coup que j'ai parcouru la moitié du parc et que nous nous trouvons maintenant totalement à découvert.

-"Hum, je préfère t'attendre là, d'accord ? Mais dès qu'elles s'approchent, tu reviens devant moi, oh que je n'aime pas ça..."

A peine ai-je terminé ma phrase qu'un formidable grondement de sabots fait vibrer le sol sous mes pieds et quatre chevaux déboulent sur ma gauche, alors que Jean est parti sur la droite.
Horreur !
Je n'ose même plus bouger, mes pieds restent collés au sol et je ne peux m'empêcher de fixer une vieille jument blanche énorme qui fonce droit sur moi, toutes dents en avant !
Prenant alors les jambes à mon cou, je pique un sprint en direction d'une baignoire, mais la jument vraisemblablement cheftaine du troupeau, me menace toujours de ses longues dents jaunes !

Jean essaie de lui capter l'attention et de l'attirer vers lui, hélas cette dernière sentant sans doute ma panique, est franchement décidée de me chasser de sa pâture.
Avec un courage que je ne me connais pas, j'arrive à réunir toute ma dernière énergie dans un sursaut de terreur et parcoure enfin à toute vitesse les derniers mètres qui me séparent du muret de la clôture, que je saute prestement.
Toute essoufflée, mon corps tremblant comme une feuille, je maudis cette satanée journée.

-"Mais qu'est-ce que je fais là ?! Mais qu'est-ce que je fais là, moi hein ?!"

Et puis je visualise la scène que je viens de vivre. Un énorme rire vient remplacer le hurlement de terreur que j'aurais dû pousser : Let, poursuivie par un gigantesque monstre aux dents jaunes !
Que lui ai-je donc bien fait à cette matrone pour qu'elle m'en veuille autant ?
Elle me tient en garde derrière la clôture et à mon avis, je ne suis pas prête de remettre ne serait-ce qu'un orteil dans son herbe !
Jean est donc bien obligé d'attirer son joyau vers moi, suivi de près par une autre pouliche.

Je vois donc son rêve s'approcher d'un pas craintif.
Elle a une couleur de robe magnifiquement cuivrée, la crinière et la queue un peu plus foncées, "alezan" me dira Jean, avec une petite étoile blanche entre les yeux et une encore entre les naseaux.
Elle est maigre à pleurer, les côtes et le bassin saillants, de grands yeux sombres cernés de plis de tristesse et des membres aussi épais que des allumettes. Petite, frêle, malade.

Sa compagne ne la quitte pas d'un centimètre. Elle reste collée contre elle d'un air protecteur.
Bien plus grande, alezan "caramel", une raie de mulet sur le dos, elle est encore plus mal en point que la première.
Elle n'a plus de poils du tout sur l'encolure, une partie de la tête, sa crinière et sa queue sont parsemés de trous énormes et elle tient sa tête en bas d'un air soumis, acceptant le poids de toute l'imbécilité humaine sur ses épaules décharnées.

Soudain elle redresse la tête et son regard croise le mien. Deux amandes brunes me regardent intensément. Je ne peux m'empêcher de la fixer, subjuguée par une telle douceur, par cette tristesse profonde émanant du fond de ses prunelles, ses yeux sont si...sincères, jamais plus je ne pourrai les oublier.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 9 Oct - 15:12

Ma colère explose d'un coup et je m'adresse à Jean en criant :

-"Mais comment peut-on être si inhumain et laisser des bêtes dans un état pareil ?! Ce n'est pas possible Jean, oh mais quelle horreur ! Tu as vu comme elles sont tristes et elles sont malades ! Ce n'est pas croyable !"

Jean, doucement se rapproche :

-"Je ne voulais pas t'influencer Let, mais lorsque je les ai vues dans cet état, je me suis dit que nous ne pouvions les laisser ainsi. Je voulais aussi que tu en juges par toi-même, tu comprends ? Il n'y avait pas que le critère "bonne affaire à prendre" qui comptait..."

-"Et c'est la petite que tu veux acheter ? On ne peut pas prendre les deux ?"

-"Non, la grande elle restera chez nous juste quelque temps, Eddy ne veut pas la vendre, après il l'a reprendra mais au moins, la petite qui ne parait ne jamais avoir été séparée d'elle, ne se retrouvera pas tout de suite toute seule, c'est mieux."

-"D'accord, achètes la petite et au moins, on pourra remettre la grande en état !".

Il n'y a pas d'hésitation à avoir, je sens que ce serait un crime de ne pas le faire.

Et nous voilà flanqués de deux bébés, un en pensionnat, l'autre tout juste adopté. Tant pis, le nouveau-né bipède attendra, il y a plus urgent.

Les deux pouliches évoluent maintenant dans notre verger, clôturé par des fils barbelés, déjà existants lors de l'achat de notre ferme.
Encore méfiantes, elles restent littéralement collées l'une à l'autre, inspectant leur nouveau domicile avec minutie.
Elles se laissent approcher sans difficulté par Jean et Fanny et acceptent bien volontiers un bout de pain ou une carotte, accompagnés de caresses chaleureuses.

La petite encore très énervée par tous ces changements, est un peu fougueuse et imprévisible.
Elle sautille en tous sens, renâcle, galope, s'arrête tout net les naseaux dilatés par l'excitation, mais la grande bien plus calme, se montre nettement plus douce et câline.

Ce qui n'est pas le cas de Fanny.
Aujourd'hui, elle est parfaitement exécrable et n'a cesse de casser les pieds à son père pour qu'il lui accorde l'autorisation d'aller se promener avec la grande à la longe en main, dans les chemins avoisinants.
Et Jean qui tente de s'activer aux travaux de la maison tant bien que mal malgré son crampon suiveur, de lui répéter que non, pas maintenant, laisse-les tranquille, plus tard lorsqu'il aura le temps.

Et le plus tard est arrivé.
Jean veut responsabiliser sa fille, il lui explique donc qu'elle peut prendre la grande jument, quel tour il lui autorise de faire, lui explique comment procéder et que si la pouliche s'énerve, il ne faut surtout pas lâcher la corde bêtement, mais lui laisser du mou et lui parler et que bref, si d'ici un quart d'heure elle n'était pas de retour, il allait se fâcher tout rouge.
A la suite de quoi, confiant, il retourne à ses occupations.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 9 Oct - 15:30

Moi, au courant de rien, je m'affaire tranquillement à mon petit ménage, lorsque tout à coup, j'entends la petite jument hurler dans son parc.
Inquiète, je ne fais qu'un bond au dehors et ce que je vois alors me terrifie :
La pouliche, vraisemblablement paniquée de se retrouver séparée de sa copine, galope en tous sens la queue en panache, hennissant de toutes ses forces, se cabrant et ruant à la fois.
Elle s'excite de plus en plus, ses yeux roulants dans les orbites et le bel habit cuivré se transforme en véritable furie.
La bouche grande ouverte, j'assiste impuissante à cette métamorphose.
Subitement, la jument prend son élan et saute, hélas trop court, ses quatre membres atterrissant au beau milieu des barbelés.
Hennissant de douleur, elle s'agite en tout sens, tentant de se dégager, mais les fils se resserrent encore et encore autours de ses jambes, les pics lacérant violemment sa chair.

A mon tour de me mettre à hurler, atterrée et paniquée par cette scène atroce :

-"Jean, au secours, viens vite, Jean, Jean !".

Jean affairé auprès de la bétonnière à l'intérieur de la grande maison, m'entends enfin, lâche tout et sors d'un bond.
Visualisant le drame en un instant, il prend les choses en mains immédiatement et d'un ton autoritaire me coupe net :

-"Let, arrêtes, calmes-toi ! Arrêtes de crier tout de suite, elle est complètement affolée, il lui faut du calme !"

Alors que des larmes coulent tel un torrent sur mes joues, il s'approche doucement de la pouliche et tente de l'apaiser en lui parlant calmement, mais fermement.

Celle-ci, écumante de peur, lui fais pourtant confiance, s'accroche à sa voix, repère rassurant et s'arrête enfin de bouger.

Jean examine ses membres, il y a du sang partout. Blanc, sans lâcher la jument, il me parle à voix basse :

-"Va chercher la pince coupante, c'est grave !".

Je m'exécute prestement et d'une main tremblante, je commence à couper les fils qui emprisonnent ses canons.
Nous examinons ses plaies et décidons d'appeler immédiatement le vétérinaire.
L'angoisse de Jean, c'est que les tendons soient sectionnés, ce qui équivaudrait à devoir euthanasier l'animal.

Entre-temps, Fanny revient avec la grande et la ramène directement auprès de la jeune blessée.



Dernière édition par letback74 le Dim 9 Oct - 18:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 9 Oct - 16:17

Dans l'attente du vétérinaire, j'explose enfin, les nerfs à bout :

-"Mais tu es complètement fou, Jean ! Pourquoi as-tu permis à Fanny d'enlever la grande jument du parc ? On ne les connait pas assez, tu as vu la réaction de la petite ? C'était comme si tu l'avais privée de sa soeur ou de sa mère, c'est de la folie !"

Et Fanny de s'en mêler bien imprudemment :

-"Mais ce n'est pas de ma faute...je voulais juste..."

Mais qui d'abord a dit que c'était de sa faute, pourtant je lui coupe la parole en criant injustement toute ma colère et mon angoisse :

-"Toi, tais-toi Fanny ! Si on ne faisait pas toujours passer tous tes caprices, cela ne serait jamais arriver ! Ce ne sont pas des jouets Fanny, ce sont des chevaux qui ont souffert ! Si ça commence comme ça, moi je laisse tomber ! Et puis d'ailleurs maintenant, tu es bien avancée, si ça se trouve, on devra la faire endormir !"

Pleurant de rage, sur le coup je les déteste tous les deux, le père et la fille.

Fanny part en courant, sanglotante d'émotion et Jean de mettre le haut là :

-"Oh, Let ! C'est de ma faute et pas de la sienne ! J'aurais dû me douter que cela se passerait pas si facilement, alors maintenant on attend le vétérinaire et on stoppe !"

Et moi encore sous le choc, de rajouter lourdement :

-"Non ! On ne stoppe rien du tout ! Maintenant ça suffit ! Soit tu lui expliques qu'avec des bêtes, il y a bien trop de risques pour laisser la place à des caprices totalement idiots, soit moi, je ne veux plus rien entendre et il n'y aura plus jamais d'animaux ici, tant qu'elle ne sera pas capable de plus de discernement, et toi aussi d'ailleurs !".

Le vétérinaire arrive, coupant court à ma scène affreuse.

Hochements de tête soucieux, il tourne et retourne autours de la jument, examinant ses antérieurs avec minutie, les postérieurs quant à eux n'ayant que des coupures superficielles, puis il respire, nous aussi d'ailleurs :

-"Bon, vous avez eu de la chance...il aurait suffit d'un millimètre de plus et il n'y avait plus de tendons ! La cicatrisation sera difficile et longue, mais on devrait pouvoir s'en sortir avec patience..."

Tarif d'urgence, un dimanche, points de suture et anesthésie, coût de l'opération, mille six-cents-francs français...c'est clair...un cheval c'est bien connu, ne coûte rien, bienvenue à la maison !

Le soir venu, il n'y a plus de fils de fer barbelés, ils ont cédés leur place à un magnifique ruban en nylon blanc, glané chez un voisin.



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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Dim 9 Oct - 16:43

Autours de la table, nous dînons en silence.

Fanny va se coucher et nous restons là, tous les deux silencieux.
Je n'arrive pas à desserrer les dents. La crainte, l'affolement que je ressens encore, mais aussi la rage et la révolte m'en empêchent.
Je ne peux simplement pas admettre que l'on ait pu nous aussi faire souffrir une bête, parce que l'on a préféré céder aux quémandes sciantes d'un enfant.

Jean, doucement et peut-être prudemment, entame la discussion :

-"Tu sais, ce qui est arrivé aujourd'hui, vraiment je ne l'avais jamais vu. Je n'ai jamais connu des chevaux aussi...imprévisibles. Une telle réaction ne s'explique sans doute que par le fait que ces deux juments ont dû vivre des galères pas possibles. Et la petite considère finalement la grande comme sa mère, elle la protège des autres chevaux et certainement des hommes...".

Je respire un bon coup car ne ne veux pas m'énerver, mais j'aimerai pouvoir lui exprimer le fond de ma pensée, le plus exactement possible.

-"Ecoutes, Jean ! Je n'y connais rien en chevaux. Mais là, c'était complètement irresponsable de ta part. Fanny a eu énormément de chance que la jument qu'elle promenait en mains ne se soit pas autant excitée que celle qui s'est blessée ! Tu t'en rends compte ?! Tu as constaté pourtant leur état général lamentable, cicatrices sur les membres, cuir à nu, leurs regards si tristes, si vides...Tu ne peux pas prétendre que ces chevaux aient cotoyé le bonheur, ça se voit qu'elles sont fragiles, non ?!".

-"Oui, mais je ne pensais pas autant, franchement ! il y aura un sacré travail psychologique à réaliser avec la petite, j'espère que l'on y arrivera ! Un cheval aussi marqué, cela ne va pas être facile, mais elle est jeune, elle a encore des chances de s'en sortir. Tu sais, c'est moi le fautif, pas Fanny. Ne lui mets pas toute la responsabilité sur ses épaules, c'est encore une gamine..."

-"Je ne l'a considère pas fautive, Jean ! Mais je voudrai qu'elle prenne conscience qu'un animal, ce n'est pas un jouet.
C'est fragile et nous n'avons pas le droit de leur causer du mal par notre irresponsabilité et imbécilité."

Jean encaisse..mais me laisse toutefois terminer :

-"Il y a toujours eu des chiens chez mes parents, que nous avons récupéré ça et là et sorti de galères tout aussi incroyables. Ils nous l'ont toujours rendus au quintuple par leur fidélité et leur amour. Mais tous ont gardé des séquelles de leur passé, qu'il faut apprendre à gérer et à accepter.
C'est une responsabilité, Jean et si j'ai été d'accord d'accueillir ces deux pouliches, ce n'est pas pour faire n'importe quoi et les laisser tomber au moindre problème...J'aimerai que Fanny comprenne cela, qu'elle saisisse la gravité de l'accident d'aujourd'hui. Pour la jument, cela a été un drame de plus et il faudra également beaucoup de temps et de patience pour qu'elle oublie ce jour...
Je regrette ce que j'ai dit à Fanny.
Je sais que j'ai été injuste et brutale. Mais j'espère malgré tout, que mes paroles lui resteront gravées dans la cervelle !"

-"Je sais...Ces juments méritent que l'on y arrive. Je parlerai à Fanny, ne t'inquiètes pas."

Et nous voilà engagés à fond et de tout notre coeur dans l'éducation compliquée et surprenante d'une fillette, de deux jeunes damoiselles quadrupèdes et ma foi...de nous mêmes.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 10 Oct - 23:42

CHAPITRE XVI

Le vétérinaire est revenu l'autre jour.
Il est content, la jument se remet bien, la cicatrisation suit son cours.

L'air de rien, il ausculte du regard la plus grande des deux.
Soucieux, il nous regarde :

-"Vous ne l'avez pas achetée, l'autre ?"

-"Non, ce n'est pas la nôtre, pourquoi ?"

-"Vous avez vu son état ? Elle est si pleine de vers, qu'ils doivent lui avoir mangé tout son estomac ! Elle se gratte aux arbres, n'est-ce pas ?"

-"Oui, nous l'avons remarqué...Elle a l'air d'avoir pas mal de diarrhées aussi. Il faudrait nous donner des vermifuges pour les deux bêtes."

-"Je veux bien, mais la grande...ça m'étonnerait que vous arriviez à la sauver...A mon avis, elle a déjà un grave problème de gratte et certains chevaux deviennent fous à force...Ne vous y attachez pas de trop, elle sera un vrai crève coeur, pour moi, elle est irrécupérable, et..à mon avis ses poumons sont déjà touchés aussi !"

Nous nous regardons avec Jean, déjà fermement décidés à tout mettre en oeuvre pour la sauver.

Son regard si empli de reconnaissance, nous a conquis et nous savons maintenant qu'il sera très difficile de la rendre à son propriétaire.
Officiellement pour des raisons de commodités, en commun accord avec ce dernier, nous avons pris la décision de les garder toutes deux jusqu'au printemps, délai qui nous permettra de soigner la grande par tous les moyens ou du moins, lui éviter de mourir folle oubliée dans une stalle ou pire, dans un pré en plein soleil, exposée aux piqûres d'insectes.

Nous leur avons attribué un nom à chacune, la petite s'appelle Memphis Red, eu égard à ses origines américaines et de la couleur de sa robe et la grande, ce fut plus compliqué :

Son propriétaire nous ayant montré ses papiers, il s'avère qu'elle se nomme Bisou Dee Victoria. Lui, veut l'appeler Bisou...
normal, ici dans nos contrées, les lourds sont à l'honneur, toutes les comtoises répondent aux doux noms de "Bijou", "Choupette", "Marguerite" ou encore "Trésor"......aïe !

J'ai donc proposé à son propriétaire....Dee Dee.

-"Didi ? Ouais...c'est simple...mais pourquoi Didi ?"

-"Non..pas didi, mais Dee Dee, tu sais...le deuxième de ses prénoms...ou si tu préfères...le même prénom que porte l'actrice américaine qui joue dans la série "Hunter", tu sais..la petite brune pétillante...?"

-"Aaah ! Celle là...Elle est bien celle-là !! D'accord pour Dee Dee".

Donc, Dee Dee pour la grande.

Dee Dee.
Elle occupe toutes mes pensées et j'en oublie presque totalement mon cancer.

Dee Dee a un très fort caractère. Elle nous fait des câlins à sa manière : Brutale et tendre à la fois.
Croisée entre une sorte de gros bébé bûcheron et un hippopotame en tutu rose, elle ne connait pas sa force, vous marche sur les pieds avec amour, mais subit sans broncher toutes les injections intraveineuses vitales à son rétablissement inespéré ou avale patiemment et délicatement toutes les mixtures homéopathiques et recettes de grand-mère, que nous transmet une vieille dame pharmacienne avec qui nous avons lié connaissance.
Poudre de charbon diluée à lui faire avaler avec un poussoir à veau, eau de gaulterie à frictionner sur tout son corps contre les démangeaisons, huile de cade à appliquer directement sur ses plaies de grattage, drainage hépatique, renfort immunitaire, herbes à mélanger à sa nourriture et j'en passe...La cortisone, plus simple, nous l'avons abandonnée, ses intestins ne la supportant pas.

Petit à petit, ses diarrhées se calment et ses crins repoussent.
Renseignements pris, nous savons que la partie n'est pas gagnée pour autant, car les démangeaisons de la jument risquent de perdurer toute sa vie.
Nous condamnons donc tous les arbres du pré, pour l'empêcher de se gratter jusqu'au sang et essayons de la raisonner en distrayant son attention, lorsqu'elle est en box.
Une lourde tâche quotidienne, sans répit.



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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 11 Oct - 0:16

L'hiver touche à sa fin et malgré les prédilections du vétérinaire, Dee Dee est toujours vivante.

Elle a grandi, s'est musclée et parait bien dans sa tête.
Absolument matrone, elle accapare le rôle de cheftaine dans ce groupe de deux chevaux.
J'essaye de la prendre quelques fois à la longe, du bout des doigts, perdant petit à petit ce sentiment de peur panique qui m'envahissait les premières semaines.

D'autant plus que Dee Dee a su jauger très vite qui se tenait à l'autre bout de la corde.

Si c'est Jean, elle fait la folle, joue avec lui, le tire en avant, s'arrête, le pousse de la tête, tout en se gardant bien de ne pas lui manquer de respect.

Si c'est moi, elle me suit comme un gros chien, tirant au bout de sa "laisse" pour brouter quelques brins d'herbe le long du chemin, sachant que j'aurai toutes les peines du monde à lui faire relever la tête, m'aggripant à sa longe à l'aide de mes deux mains, les pieds solidement plantés dans le sol et poussant des "hmmm...mais bon dieu....tu veux bien venir là..." du haut de ma cinquantaine de kilos.
Elle tentera aussi de marcher un peu plus vite, histoire de voir si je ne lâche pas prise, mais toutefois sans grande brusquerie.

Quant à Memphis, je ne l'approche pas de trop prêt. Trop délurée.
Elle a peur de tout et de rien, part dans toutes les directions, se cabre, bref, une vraie furie. Heureusement, elle reste petite, fine et légère.
Jean, ça l'amuse. Il la domine sans aucune difficulté et rit de ses facéties.
Il prévoit un cheval rapide, nerveux et chatouilleux à l'extrême, mais franc et malgré tout, prévisible.
Du sport en perspective.

Dee Dee, il l'a voit endurante, courageuse, fort puissante, volontaire et très confortable.

Plus les jours passent, plus je la regarde, plus il me semble impensable que nous soyons obligés de nous en séparer.

Qui continuera à la soigner comme nous le faisons ? Je sais qu'il faudra encore des mois, voire des années pour pouvoir atténuer ses démangeaisons.
Certainement pas Eddy.
Il la vendra tôt ou tard aux plus offrants des maquignons et elle se laissera mourir de maladie et de tristesse.
Jean en est tout aussi conscient que moi, pourtant il la rendra quand même à son propriétaire en temps voulu.

Cela fait maintenant une année que j'ai subi ma dernière conisation, mes ovulations sont légèrement moins douloureuses, et j'ai repris du poids.
Je me sens sur le chemin de la guérison et Dee Dee aussi.
Nous avons parcouru ensemble une longue route contre la maladie.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 11 Oct - 8:41

Ca faisait un bail que je me demandais si y'avait un lien entre Rick Hunter et Dee Dee Mc Call et ta Dee Dee à toi... mdrrr... maintenant je sais !

Du coup j'ose un "ça marche pour moi" ! qui a été mon expression attitrée pendant des années ! lol !

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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mer 12 Oct - 23:13


Tellement de choses à dire au sujet de ce récit.......

Incroyable le chemin parcouru depuis 1994........ta première "course" pour te sauver du près à l'arrivé des chevaux.....et aujourd'hui cette complicité qui vous lie ....faut croire que vous étiez vraiment fait pour vous rencontrer !!!

Je t'embrasse très très fort ma Let'
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 17 Oct - 23:43

Parlons transfert.
Consciemment, je n'ai honnêtement pas le sentiment d'avoir établi un transfert "bébé-Dee Dee".

D'abord, d'un point de vue relationnel, vu la grandeur et la carrure de la jument, il parait difficile de la materner !
Ensuite, un cheval n'est vraiment pas comparable à un nouveau-né, en rien à vrai dire.
Même si nous devons lui apprendre à respecter certaines règles de cohabitation sociale que l'on serait tenté d'apparenter à celles inculquées à une jeune enfant, nous ne pouvons en aucun cas nous considérer comme son égal.

Nous nous permettons de jouer avec lui, mais devons immédiatement inculqué au poulain le respect, qu'il doit savoir nous témoigner à chaque instant.
Il ne peut pas vous considérer comme un compagnon de jeu à part entière, il doit prendre conscience de sa masse et du danger qu'il peut représenter pour un simple bipède de notre espèce.
De plus, nous n'avons pas le même langage.

Jean m'a tout appris sur le sujet et il m'a aidée à comprendre ce que Dee Dee voulait bien me communiquer.
J'ai du apprendre à lire sur ses oreilles, ses naseaux, ses coups de tête tendres ou colériques, sur sa queue et son hennissement.

M'imposer aussi.
Adopter un ton autoritaire mais sans crier, descendre ma voix d'un octave, ne pas accepter qu'elle me bouscule, lui mordre l'oreille si d'aventure elle me pince les doigts, bref, rien à voir avec un enfant.

Bien sûr, autant Jean que moi-même, nous nous sommes surpris plus d'une fois à lancer tout naturellement :

-"Je vais chercher les filles au parc" ou "-les filles ont tapés du pied toute la nuit", mais je pense sincèrement que nous parlons d'elles simplement avec notre coeur, sans pour autant bêtifier nos rapports.

Non, vraiment, il n'y a pas de transfert.

Par contre, je suis convaincue que Dee Dee représente pour moi une vraie thérapie, annihilant peu à peu mon cancer.

Elle me permet de m'affirmer tous les jours. L'aisance corporelle dont je fais preuve maintenant, m'étonne extraordinairement, moi qui avais gommé mon corps jusqu'à en oublier totalement mon physique, je redécouvre mes forces et mes formes.
Je me suis même prise en faute...je me regarde à nouveau dans un miroir, de la tête aux pieds, le matin en m'habillant.
Je ne l'avais plus fait..depuis si longtemps il me semble.

J'ai vaincu ma peur, en tous cas au sol, à côté d'elle. Je parle cheval, pense équin et plein de projets envahissent à nouveau mon cerveau.
Des vacances à cheval, de longues randonnées, du travail en carrière...

Le seul hic, c'est qu'elle ne nous appartient pas, qu'Eddy malgré mes nombreuses offres, ne veut toujours pas la vendre et que là, le printemps est arrivé.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 18 Oct - 0:29

Très nerveuse, irritable à l'excès, je m'attends à tout moment à voir débarquer mon cauchemar, Eddy.

Comme souvent le samedi, je vais chercher du pain et faire quelques courses.
Je me sens un peu fatiguée ce matin, sans énergie. Va savoir pourquoi !

Sur le chemin de retour, je mets la musique un peu plus fort dans ma voiture et pense distraitement au déroulement de la journée.
Il fait beau, nous irons certainement nous promener avec les chevaux en longe, continuer l'isolation de la toiture, faire un peu de ménage, bref, la routine.
Les bras chargés de paquets, je passe devant l'écurie sans vraiment regarder à l'intérieur et le silence qui y règne alors me surprend bizarrement :

-"Tiens, les juments ne sont pas là ! Jean et Fanny auraient pu attendre que je rentre pour aller se promener ! Décidément, ces deux-là, ils me prennent vraiment pour leur femme de ménage et toutes les activités cool, ils se les gardent pour eux, c'est toujours la même chose..!"

Déçue, je sens la mauvaise humeur me gagner et commence donc à ranger mes courses bien bruyamment, histoire de me passer les nerfs, claque les portes des armoires, jette les fruits dans leur coupe, lance le pain dans sa panière, en maugréant mon amertume, la sans-sourire en personne !

M'assied, me relève, creusant un sillon sur le carrelage, regardant au dehors ou la pendule, en m'appliquant à ronger les petites peaux nichées aux coins des ongles avec une minutie de maniaque.
Une, puis deux heures d'attente, mon coeur commence à faire mal à force de battre de grands coups dans ma poitrine.
Je sens qu'il se passe quelque chose d'inhabituel.

Tout à coup, j'aperçois la voiture d'Eddy qui ramène Jean et Fanny et qui repart en trombe.
Me ruant à l'extérieur, la porte de la maison volant avec éclats, je courre vers eux et n'aime pas leur visage.

Oh oui, je n'aime pas leur expression un peu figée et il me semble, empreinte d'une certaine gêne.

Jean s'avance vers moi, un peu hésitant, mais je ne lui laisse pas le temps d'ouvrir la bouche. Ma voix cingle tel un lancer de couteaux :

-"Mais qu'est-ce que vous faites ?! Je vous attendais, moi ! Vous auriez pu me laisser un mot ! Et puis vous venez d'où comme ça ? Où sont les juments ?"

Jean me regarde quelque peu désarçonné, l'air franchement pitoyable :

-"Euh...et bien...c'est fait, on les a emmenées chez Eddy.."

-"Comment ça emmenées chez Eddy..pour le week-end ? Tu vas les rechercher demain, c'est bien ça ?"

-"Non, Let, il est temps de commencer le débourrage à Memphis, alors elle va rester chez lui jusqu'à cet automne, comme c'était prévu..."

Sa voix douce se veut neutre et détachée, mais une grande tristesse à peine dissimulée résonne comme un glas au fond des syllabes qu'il prononce.

Alors, j'ai soudain l'impression que tout chavire autours de moi, un énorme noeud douloureux bloque ma gorge et ma voix est soudainement devenue presque inaudible :

-"Mais..mais...c'est trop tôt..pas maintenant, Jean ! Tu n'as pas pu...pourquoi aujourd'hui et puis tu ne m'as rien dit, Jean, ce n'est pas possible, tu n'as pas pu, je ne peux pas y croire !"

Mon cerveau n'arrive pas à emmagasiner la terrible nouvelle ou plus exactement, ne veut absolument pas enregistrer aucun des mots qui viennent d'être prononcés.

Tout à coup, un titanesque wagon de sanglots grimpe de mes entrailles, escalade mon tube digestif, écrase mes poumons au passage, saigne mon coeur et aboutit dans ma trachée, m'oppressant à en devenir livide, transparente.

J'aimerai pouvoir pleurer à en hurler, mais en lieu et place comme bien souvent, je hurle à ne pouvoir pleurer, tout mon être me fait mal et pire que tout, je me mets à la place de Dee Dee.
Pourquoi un animal doit-il accepter soudain un changement si brutal sans se plaindre, sans oser souffrir ?
Parque l'homme en a décidé ainsi ? De quel droit ?

Révoltée contre ma propre impuissance, je crie contre Jean :

-"Te rends tu compte qu'elle n'aura plus le droit à l'amour que nous lui témoignions, que plus personne ne lui prodiguera des câlins, la soignera, jouera avec elle, la sortira tous les jours...et...et...qu'elle ne sera même pas débourrée correctement, que plus personne ne pourra plus rien en faire d'ici quelques années, parce que se sera trop tard, trop vieille pour apprendre et qu'en plus, elle sera séparée de Memphis ! Mais c'est horrible, c'est de notre faute, Jean ! On a pas le droit de lui faire ça, c'est trop cruel ! Elle n'a rien demandé, rien fait de mal, elle doit croire que nous l'avons abandonnée..."

Consciente du mal que je suis entrain de causer à cette jument bien malgré moi, je me trouve complètement désemparée, plus rien n'a de sens, je ne trouve plus de bouée, de sortie de secours, ni pour elle, ni pour moi.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 18 Oct - 0:45

Jean se sent également très mal, il ne voit pas de solution, il sent déjà qu'Eddy ne nous la vendra pas et essaie tant bien que mal d'oublier son propre chagrin, afin de soulager le mien :

-"Ecoutes, j'irai la voir tous les jours, vu qu'il faudra que je m'occupe de Memphis et je veillerai à ce qu'elle soit bien traitée...et puis, sait-on jamais, la meilleure chose qu'il puisse lui arriver, c'est qu'elle soit achetée par une gentille famille, il n'y a pas que nous...Je vais essayer de la placer chez quelqu'un de bien qui se présentera chez Eddy, sans qu'il sache que le contact vienne de nous...Je peux aussi lui proposer de m'occuper de son débourrage, cela nous ferait gagner du temps, comme ça tu pourrais la revoir et continuer à essayer de convaincre Eddy..."

-"Et sa maladie, Jean ? Tu sais très bien que personne ne la soulagera !"

-"Oui, mais ce n'est pas encore l'été et durant ces prochaines semaines, elle ne devrait pas encore en souffrir. Par contre, il faut que tu t'en détaches, sinon, tu ne tiendras pas le coup ! Je pense qu'il est préférable que durant quelque temps tu n'ailles pas la voir.."

Je regarde Jean, tel un Saint-Bernard larmoyant.
Comment peut-il me demander cela, alors que je commence enfin à revivre ?
Evidemment, je sais qu'il a raison, mais rien ne peut soulager mon chagrin, à nouveau je dois faire face à un grand vide, me battre contre quelque chose, il n'y a jamais de répit.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 1 Nov - 0:18

Je me traîne comme une âme en peine.

Rien ne m'intéresse et je n'arrive plus à chasser Dee Dee de mes pensées. Je ne parle plus, ne mange plus, ne dors plus.

Cet affreux week-end est passé, je n'ai pas revu la jument depuis une semaine et mon chagrin est toujours là, aussi pesant, aussi puissant.
Tous les jours je demande à Jean comment va Dee Dee et il me répond quotidiennement du même ton monocorde :

-"Ca va, ça va...pas grand monde ne s'en occupe..mais ça va..."

N'y tenant plus, j'explose :

-"Bon, maintenant ça suffit ! Tout le monde et surtout Dee Dee souffre de cette situation, il faut que tu proposes à Eddy de la débourrer et moi, je vais encore essayer de le convaincre de nous la vendre !".

Jean a compris que je ne lâcherai pas, mais il s'inquiète :

-"Ecoute, viens avec moi aujourd'hui, essaie de lui parler, mais franchement, je ne pense pas qu'il voudra changer d'avis, alors réfléchis bien car sinon tu vas encore plus souffrir qu'actuellement, tu vas la revoir et je te connais, cela sera encore pire !".

Je verrouille mon bon sens à double tour et me bute encore plus fort :

-"Tu es d'accord de la débourrer, oui ou non ?! Parce que si elle est montée, à mon avis, dans le pire des cas, cela lui donnera quand même plus de chance pour atterrir chez des gens biens qu'en ne sachant rien faire, tu n'es pas de mon avis ?"

-"Oui, c'est vrai..mais toi, tu supporteras de la revoir en te disant que ce n'est pas la tienne, qu'elle risque de partir chez quelqu'un à tout moment ?"

-"Si je n'arrive pas à l'acheter, au moins j'aurai essayer de mettre toutes les chances de son côté, c'est la moindre des choses que je puisse lui offrir, non ?!".

Avec un grand soupir de résignation devant mon inébranlable volonté, Jean accepte, partagé entre le désir fervent d'y croire et le sentiment de se lancer dans une aventure qui risque fort de nous blesser tous les deux encore plus, ainsi que cette pauvre Dee Dee, mais il pose ses conditions :

-"On va essayer, mais laisse Eddy se débrouiller encore un peu tout seul car il est convaincu qu'il saura dresser cette jument, alors tant qu'il ne la tape pas, il faut qu'il se rende compte par lui-même que ce n'est pas si facile et comme on dit...laisse-le mariner dans son jus quelque temps, on aura plus de chance qu'il change peu à peu d'avis, d'accord ?"

Après réflexion, connaissant bien le bonhomme, je me range du côté de Jean.
Finalement, je ne sais déjà même pas pour quelle raison Eddy ne veut pas nous la vendre, alors il faudrait peut-être commencer par le bon bout de l'affaire, pour avoir les bons arguments en main.

Essayant de me montrer courageuse, je demande à Jean d'aller voir Dee Dee.

Le coeur serré, j'entre dans l'écurie.
A ma gauche une rangée de boxes, j'aperçois Memphis, qui hennit à mon arrivée.
A ma droite, quelques stalles étroites et sombres où il me semble distinguer une masse immobile et silencieuse.
Dee Dee.
Les larmes me montent aux yeux et Jean me laisse seule.
Je m'approche d'elle et lui caresse l'encolure, doucement, avec tendresse.

Attachée à une longe bien courte, elle tient tristement sa tête vers le bas et lorsqu'elle m'aperçoit, elle se contente de me jeter un regard vide de résignation.
Ses yeux si pétillants par habitude, sont ternes, inexpressifs, immensément las, elle ne comprend pas.

Alors je lui parle, presque silencieusement :

-"Oh, Dee Dee, ce n'est pas de ta faute, tu n'as rien fait, on ne voulait pas te punir, tu sais...je t'aime tellement ! Excuse-moi d'être si incapable de ne pouvoir te reprendre chez nous, oh Dee Dee...Je ne peux pas te laisser comme ça, ce n'est pas possible ! Je te jure que je ferai tout pour te sortir de là, tu verras, je ne peux pas te promettre que je réussirai, mais crois-moi, je vais tout essayer, tout ! S'il te plaît, il faut que tu y croies ! De toute façon, je ne sais pas comment je ferai, mais je mettrai tout en oeuvre, je te le promet !".

Jean m'a rejoint.

-"Ca va ?"

Essuyant mes larmes :

-"Ca va...tu sais, il faut qu'on la sorte de là, tu as vu comme elle se tient, et son regard, c'est horrible !".

-"Je sais, je n'ai pas voulu te le dire, cela n'aurait servi à rien...on va faire ce que l'on peut, elle le mérite."

J'étouffe. Mes cordes vocales se tendent si fort que je ne peux qu'opiner de la tête.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 1 Nov - 0:34

CHAPITRE XVII

Mai 1995.
Jean a réussi à convaincre Eddy de lui laisser débourrer Dee Dee.
Quant à moi, je ne parle plus à Eddy, plus un mot, parce qu'il ne veut toujours pas vendre cette jument.
Par principe. Sans doute pour un inexplicable besoin de me prouver qu'il est capable d'en faire quelque chose, de lancer un élevage et de se faire de l'argent avec de futurs poulains exceptionnels.

Mais je connais suffisamment Eddy pour savoir qu'hélas, Dee Dee sera promise tôt ou tard à un étalon du cru croisé comtois savoyard, saillies multiples et répétées à trois cents francs le coup, gageant sur la quantité, en préférant créer des produits aux mélanges sanguins douteux, croisements de races hybrides, jusqu'au jour inévitable où un maquignon peu scrupuleux convaincra Eddy de la lui vendre pour quelques billets ou l'échangera contre un troupeau de moutons.

Non, je ne veux et ne peux admettre cela, pas pour Dee Dee, elle mérite mieux.
Alors je ne desserre plus les dents, le croise tous les soirs sans le voir, m'occupe de Dee Dee car il a déjà oublié qu'une stalle se nettoye quotidiennement, qu'un animal boit et qu'il a besoin d'être sorti tous les jours, ce qu'il ne fait pas parce qu'il en a peur, et Jean continue le débourrage, tranquillement, histoire de gagner du temps.

D'ailleurs je ne parle en fait plus à personne, je crois bien que je craque, je désire toujours tomber enceinte et n'arrive pas à convaincre Jean, j'ai besoin de Dee Dee et Eddy met tout en oeuvre pour empêcher que nous puissions nous réunir un jour.

Alors je m'enferme petit à petit dans ma tristesse et ma solitude et m'interdit tout accès à l'amour, barricade mon coeur et mon corps contre toute envie, toute chaleur charnelle, toute tendresse, bref tout acte ou sentiment qui me semble-t-il pourrait exacerber ma sensibilité et me provoquer encore plus de souffrance.

Je suis maintenant devenue si froide, que je traverse la vie comme une aveugle sourde-muette, refusant le luxe de tenir une canne blanche et de porter un sonotone.

Plus aucun acte amoureux rythme nos nuits, n'ayant plus de corps, plus aucun dialogue nourrit notre couple, n'ayant simplement même plus de pensées.

Facile, lisse, glacial, destructeur. Vieux réflexes d'anorexique, sans nul doute.
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Lun 3 Sep - 23:00

Maintenant...je pense que je peux me remettre à écrire. Je pense qu'il est temps de terminer enfin mon récit. Je crois qu'il faut que j'aille jusqu'au bout, afin de pouvoir dire au revoir à mes chers disparus et...me re-ouvrir à la vie et au bonheur. pirat
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Sep - 16:20

c'est un grand pas à faire, mais nécessaire pour pouvoir continuer Wink
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   Mar 4 Sep - 17:57

Vi...comme tu dis...
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MessageSujet: Re: Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)   

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Via (même si le titre ne fait pas 10 caractères !!)
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